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10/12/2023

Santé mentale des étudiants : prévenir pour mieux guérir

Particulièrement vulnérables aux problèmes de santé mentale, les étudiants ont vu leur état psychologique se dégrader durant la pandémie de la Covid-19. Sur le campus de l’Université de Nîmes, face à l’augmentation de la détresse psychologique, des troubles anxieux et dépressifs de leurs étudiants, des chercheurs ont suivi leur évolution psychologique et mis en place différents programmes pour les accompagner au quotidien. Des résultats à découvrir dans le cadre de la Journée mondiale de la santé mentale 2023.

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Directrice du Laboratoire APSY-V, maîtresse de Conférences en psychologie clinique et psychopathologie à l’Université de Nîmes, Elodie Charbonnier a coordonné le projet COV’Etu qui visait à étudier les « Conséquences de la COVID-19 sur la santé des étudiants : effets sur leur mode de vie et leur état psychologique », mené dans le cadre de l’Appel Résilience de l’ANR.

Comment en êtes-vous venue à travailler sur ce sujet de recherche ?

Elodie Charbonnier : Les étudiants constituent une population particulièrement vulnérable aux problèmes de santé mentale, en comparaison, par exemple, à de jeunes adultes du même âge mais déjà entrés dans la vie active. Les conditions de vie, les difficultés financières, l’éloignement familial, l’isolement affectif et les incertitudes du milieu du travail sont autant de facteurs pouvant générer stress et mal-être chez ce public, ayant de plusun faible recours aux soins. Par ailleurs, si la pandémie a permis une petite révolution numérique dans l’enseignement, elle a aussi entraîné des modes de vie plus délétères, marqués par une baisse de l’activité physique, une augmentation de la consommation d’alcool et de psychotropes, et une moins bonne alimentation. L’enseignement à distance qui s’est progressivement généralisé sur cette période a ainsi engendré de nouveaux obstacles : épuisement, stress, problèmes de sommeil, déprime, solitude ou isolement chez les étudiants. Globalement, la crise sanitaire et les confinements successifs ont affecté leurs liens et leurs lieux de sociabilisation. Aussi, dès le début de la crise sanitaire, à l’Université de Nîmes, nous nous sommes aperçus que nos étudiants semblaient en grande difficulté. Si notre rôle était d’assurer la continuité pédagogique, nous ne pouvions pas ne pas nous pencher sur leur souffrance psychique.

Pourriez-vous revenir sur les deux axes de recherche que vous avez étudiés dans ce projet et les méthodologies utilisées ? En quoi consistaient les programmes que vous avez déployés ?

E. C. : Nous souhaitions, d’une part, comprendre les conséquences à long terme et à différents moments de la pandémie sur l’état psychologique et le mode de vie des étudiants. Dès avril 2020 et à trois reprises, nous avons mis en place des questionnaires, lors des périodes de confinement et en sortie notamment. Le constat était sans appel : leur santé mentale s’est plus gravement dégradée pendant les confinements avec des niveaux d’anxiété élevés mais surtout une augmentation marquée de troubles anxieux et dépressifs, et plus fortement au cours de la deuxième année de la pandémie : 42% des étudiants présentaient de possibles symptômes dépressifs et 54% de possibles symptômes anxieux. Il apparaît ainsi que les symptômes dépressifs étaient étroitement liés au fait d’être confinés, et non dépendants du fait d’être en cours ou non. D’autre part, avec le financement de l’ANR, nous avons pu mettre en place deux études interventionnelles pour prévenir ces détériorations de santé. Avec des chercheurs en Psychologie et en Staps d’Unîmes, nous avons ainsi élaboré des dispositifs en collaboration avec des étudiants : Etu’Zen, qui pouvait être suivi sous deux formats, en groupe ou en pratique autonome en ligne. Une centaine d’étudiants y ont participé. L’objectif était d’aider les étudiants à développer des ressources favorisant leur bien-être et d’améliorer l’apprentissage des étudiants. Etu’Zen regroupe désormais 9 modules de gestion du stress et des apprentissages disponibles en ligne et un livret téléchargeable ; et Univ’en Forme qui proposait huit semaines d’activités physiques. Un peu plus de 40 étudiants ont intégré ce programme. Pour ce dernier, nous avons pu observer chez ceux qui en ont bénéficié une image corporelle plus positive - sans pour autant d’avoir un effet sur leur IMC -, plus de motivation autodéterminée à réaliser une activité physique, plus de souplesse, et plus de pauses dites « actives » correspondant à des cassures des temps sédentaires au quotidien. A noter que ces étudiants ont montré une forte adhésion au programme.

Les 9 modules de gestion du stress et des apprentissages d’Etu’Zen sur YouTube

Au-delà de cette période de crise sanitaire, comment mieux prendre en charge (et en compte) la santé mentale des étudiants ?

E. C. : Notre projet a pu mettre en lumière différentes détériorations de santé et altérations du mode de vie des étudiants français au cours la pandémie, ainsi que le maintien de ces détériorations au cours du temps, même en l’absence de confinement. Il rend compte de la nécessité pour les universités d’y accorder une attention particulière et de renforcer les stratégies de prévention des risques psychologiques. Nous avons pu également mettre en évidence que des interventions visant à réduire les détériorations de santé mentale des étudiants et/ou à améliorer leur mode de vie pouvaient être efficaces et mériteraient d’être généralisées dans les établissements de l’enseignement supérieur. Par ailleurs, les études montrent que seulement 24 % des étudiants utilisent les équipements ou centres sportifs de proximité, 56 % ne les utilisent pas et 20 % déclarent n’avoir aucun équipement à disposition. La mise en place d’actions et de prévention co-construites avec les étudiants est sans conteste un facteur de réussite dans la conduite, l’engagement et le suivi des programmes. Ainsi, il apparaît prioritaire à la fois d’augmenter l’offre proposée aux étudiants, mais aussi et surtout de réfléchir aux activités proposées, afin que ces dernières viennent répondre à leurs besoins et enfin de développer des programmes innovants correspondants à leurs attentes, tout en s’adaptant à leurs contraintes.

Vous vous intéressez également dans vos travaux de recherche aux stéréotypes, aux discriminations ou encore à la stigmatisation qui touchent les patient(e)s atteint(e)s de pathologie mentale. Que pensez-vous de l’axe retenu cette année pour la Journée mondiale de la santé mentale 2023 « un droit universel humain » ?

E. C. : Il y a de véritables enjeux à lutter contre la stigmatisation qui touchent les maladies psychiatriques. Les stéréotypes, plus ou moins négatifs, associés aux pathologies mentales sont très ancrés dans nos sociétés. Une personne schizophrène sera perçue comme dangereuse, imprévisible. Des préjugés renforcés par ce que l’on peut lire dans la presse à travers des drames qui font parfois la Une de l’actualité. A contrario, lorsqu’une personnalité publique révèle sa bipolarité, cela soulève davantage de compassion, voire du soutien. Face aux maladies mentales, la plupart des actions de prévention ou de sensibilisation sont surtout axées sur des informations très factuelles. Cela parle peu. Il faudrait mettre en œuvre des stratégies de contact, c'est-à-dire mettre des visages sur ces troubles, pouvoir les incarner, au-delà, par exemple, des seuls échanges qui peuvent exister pour les pairs aidants, et permettre ainsi d’élargir l’accès aux soins.

En savoir plus

Le projet Cov’Etu

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Last updated on 11 January 2024
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