Retour sur la 18e édition du WISG à EuraTechnologies Lille
Cette année pour sa 18e édition, le WISG a fait une halte réussie à EuraTechnologies Lille. Cet incubateur de start-up est situé au croisement de l’innovation technologique et de la formation en cybersécurité (label « Campus Cyber National en juin 2022) dans une ville dont le rôle stratégique a récemment été renforcé avec l’obtention du statut d’Autorité douanière européenne à l’issue du vote du 25 mars 2026, confirmant son importance croissante dans les enjeux de sécurité globale.
Transformations géopolitiques, mutations technologiques, intensification des risques climatiques et de la cybercriminalité…la préoccupation pour la sécurité globale est marquée par une temporalité qui s’accélère : une nouvelle réalité qui incombe aussi bien aux acteurs de la recherche qu’aux décideurs publics et aux opérateurs d’usage. Un challenge qui a traversé les discussions de ces deux journées : celui « d’accélérer le passage de la recherche à l’opérationnel, de renforcer le passage de la recherche scientifique à la décision publique », dont l’importance a été soulignée dès l’ouverture par Claire Giry, PDG de l’ANR. Le Préfet Xavier Brunetière, Directeur de la protection et de la sécurité de l’Etat (SGDSN) a rappelé le rôle de « l’excellence scientifique et technique [comme] levier majeur pour la sécurité nationale sur le moyen et long terme ». Julie Mercier, Directrice des entreprises et partenariats de sécurité et des armes (DEPSA) du ministère de l’Intérieur, a salué l’importance de ces espaces d’échanges pour « trouver des solutions collectivement » et rappelé le rôle clé de la composante humaine et sociale de la recherche en sécurité : tant sur le plan du droit, de l’accompagnement aux dispositifs d’innovation, de l’étude des comportements.
Comme chaque année le WISG a su réunir un panel d’acteurs issus de tous ces horizons (chercheurs, représentants de collectivités, industriels, représentants de programmes européens) venus échanger retours d’expérience, opportunités et perspectives. C’est dans cet esprit de réflexion collective, de co-construction et de positionnement transversal sur le plan disciplinaire que l’ANR et le SGDSN travaillent à animer la communauté de recherche en sécurité et à faire évoluer l’axe scientifique Sécurité globale, résilience et gestion de crise, cybersécurité de l’AAPG qui soutient les projets de recherche fondamentale et finalisée en sur des enjeux transverses situés à la croisée des défis de société.

Claire GIRY, PDG de l’ANR et le préfet Xavier Brunetière, Directeur de la protection et de la sécurité de l’Etat, SGDSN lors de l’ouverture de la dernière édition du WISG.
ANR et SGDSN collaborent depuis 20 ans sur l’organisation annuelle du WISG et sur la programmation scientifique de l’axe H.17 « Sécurité globale, résilience et gestion de crise, cybersécurité », qui reçoit également le soutien financier du SGDSN depuis 2013.
© Nicolas Detrez
Les échanges ont mis en évidence plusieurs défis majeurs en matière de sécurité globale. D’abord, la hausse continue des cybermenaces, de plus en plus complexes et organisées, imposant de renforcer et d’adapter en permanence les outils de réponse, qu’ils soient technologiques, juridiques ou judiciaires. Ensuite, un décalage persistant entre le temps long de la recherche fondamentale et les besoins immédiats des acteurs publics et des professionnels de terrain, rendant nécessaire une meilleure articulation entre production de connaissances et action opérationnelle. Les discussions ont également souligné l’importance d’accélérer et de fluidifier les cycles d’innovation afin de transformer plus rapidement les avancées scientifiques en solutions concrètes. La structuration de la recherche en sécurité est apparue comme un enjeu central dans un environnement européen marqué par une gouvernance multi-niveaux et par la diversité des acteurs impliqués, qu’ils soient institutionnels, académiques ou privés.
La science et l’innovation au service de l’action publique
Les communes sont plus que jamais exposées à des crises sanitaires, climatiques (inondations à Cannes en septembre 2019, tempête Alex en 2020-2021), terroristes (attentats) ainsi qu’à des actions de sabotage (coupures d’électricité par exemple). L’action en temps de crise suppose de « prendre une décision en temps contraint avec des données souvent partielles » a rappelé le Colonel Jouassard, adjoint au chef du Centre opérationnel de gestion interministérielle des crises et porte-parole de la Sécurité civile au ministère de l’Intérieur. Dans un contexte d’accélération de la communication, de diffusion de l’information en temps réel, ce dernier a tenu à rappeler le rôle de la recherche pour fournir « des outils d’aide à l’objectivation des situations en vue d’une aide la décision en temps rapide ». Réduire le temps de la décision en contexte de crise est une question sur laquelle la recherche travaille activement : « outils de suivi, d’analyse et de mesure numérique, partagés entre différents services opérationnels peuvent être mobilisés pour aider la décision en période d’incertitude majeure et peuvent aider à structurer l’action publique ». Plusieurs projets soutenus par l’ANR dans le cadre de son axe Sécurité globale, résilience et gestion de crise, cybersécurité, proposent des outils opérationnels pour la gestion de crise pour améliorer la réponse en situation complexe comme les projets RESCUE (2021) et ATest. Le projet ReSoCIO (2020) par exemple, se propose d’exploiter les données des réseaux sociaux pour fournir des informations aux gestionnaires de crise pour éclairer la décision.

Table ronde « Face aux crises : comment mettre la science et l’innovation au service de l’action publique ? »
Simon MARSOL, directeur technique (CTO) Défense et Sécurité Europe, Sopra Steria ; Colonel Alexandre JOUASSARD, adjoint au chef du Centre opérationnel de gestion interministérielle des crises (COGIC) et porte-parole de la Sécurité civile au ministère de l’Intérieur ; Yannick FERRAND, Directeur des risques majeurs, Ville de Cannes ; Maud DEVÈS, maîtresse de conférences en géophysique et psychosociologie, risques et catastrophes, IPGP, Université Paris Cité ;
© Nicolas Detrez
Directeur des risques majeurs de la Ville de Cannes, Yannick Ferrand, a insisté sur le besoin de « renforcer l’anticipation et l’approche systémique pour passer d’une logique réactive à une logique proactive ». La recherche permet d’étudier des crises passées ou ayant cours sur des terrains éloignés, là où le rythme des services publics et opérateurs d’usage est davantage dicté par l’urgence du terrain. Les orateurs ont souligné l’importance de pouvoir bénéficier de retours d’expérience post-crises, permettant d’anticiper les besoins futurs. C’est tout le sens du travail effectué par Maud Devès, maîtresse de conférences en géophysique et psychosociologie à l’Université Paris Cité qui a travaillé sur le moment post-crise dans une perspective sociale, politique et communicationnelle. Présidente du comité Ouragans 2017 (Appel Flash ANR), Maud Devès a démontré l’importance déterminante de la manière dont l’information circule, est interprété et partagée et comment elle influençait directement la reconstruction et la façon de se préparer aux crises futures.
Autre écueil soulevé lors de ces discussions : la question de la disjonction entre temps long de la recherche et urgence de la réponse opérationnelle et la nécessité de bénéficier de cycles courts d’innovation entre chercheurs, industriels et opérateurs. Une question dont s’est saisie l’ANR par souci d’aligner le temps de réponse de la recherche avec les besoins opérationnels, en décidant notamment de raccourcir les délais d’instruction pour certains projets collaboratifs avec entreprises (PRCE), évalués en une seule étape et contractualisés au bout de 6 mois (plus d’informations).
Quelles réponses face à la recrudescence de la cybercriminalité ?
Au cœur de cette 18e édition, la recrudescence de la cybercriminalité, enjeu majeur des politiques en sécurité globale actuelles. Le général Hervé Pétry, commandant de l’unité nationale Cyber de la Gendarmerie nationale, a dressé un bilan marqué par la massification des menaces (une croissance de 87% de cyberattaques a été observée sur les 5 dernières années), une industrialisation des cyberattaques, la professionnalisation de ses réseaux ainsi qu’une prolifération des outils d’attaque et un rapport à la violence décomplexé. Une réalité à laquelle l’innovation technologique comme le droit tentent de s’adapter comme l’a rappelé la magistrate Myriam Quemener venue apporter son éclairage sur les mesures législatives et judiciaires à disposition pour lutter contre ces menaces hybrides. Aujourd’hui la résilience numérique et cyber se construit autour de la Directive européenne NIS 2 (Network and Information Security 2) visant à moderniser le cadre juridique pour s’adapter à la digitalisation croissante des menaces. Une directive qui renforce la coopération entre les Etats membres de l’UE et harmonise les normes de sécurité entre pays européens (règles et contrôles communs). Plus récemment encore, l’initiative du Digital Omnmibus à l’échelle européenne cherche à simplifier les règlements pour éviter une surcharge normative et complexité excessives.
Quelle recherche en sécurité pour l’Union Européenne ?
Fort de son ancrage européen, le WISG a consacré une table ronde aux enjeux spécifiques de la politique de recherche en sécurité en Europe, réunissant un panel de représentants de la Commission européenne issus de cinq Etats membres (France, Autriche, Allemagne, Suède, Espagne).

Table ronde « Quelle recherche en sécurité pour l’union européenne ? » © Nicolas Detrez
La recherche communautaire en sécurité est aujourd’hui portée à par les programmes Horizon Europe dont le Cluster 3 – Sécurité civile pour la société couvrant la lutte contre « le crime et le terrorisme, la cybersécurité, la gestion des frontières, la résilience des infrastructures critiques ». Les discussions ont mis en évidence la structuration croissante du cadre européen en matière d’arsenal législatif et judiciaire (avec l’adoption de directives et règlements contraignants en matière d’IA, de cybersécurité, de gestion des drones), tout en soulignant défis et écueils auxquels sont confrontés les acteurs de la sécurité globale : besoin d’approfondissement de la réflexion collective, meilleure articulation stratégique des niveaux d’action, clarification des rôles. Les échanges ont aussi porté sur les différents écueils liés à une concurrence élevée (ne permettant pas toujours à d’excellents projets d’être financés) et à des ruptures en matière de développement technologique (le phénomène de « vallée de la mort » a été souvent évoqué). Si l’UE finance la recherche jusqu’au prototype (TRL6) le déploiement opérationnel et l’industrialisation doivent être améliorés. A cet égard, les discussions ont permis d’évoquer les perspectives offertes par le futur Fonds européen pour la compétitivité (censé améliorer le déploiement technologique et réduire les ruptures de financement) et le rôle essentiel de réseau comme Europol ou la plateforme CERIS (Community for European Research and Innovation for Security), qui mettent en relation chercheurs, industriels, décisionnaires, end-users pour accélérer le transfert de résultats.
La discussion a réuni les représentants de cinq Etats-membres de l’UE, venus partager leurs modèles nationaux de soutien à la recherche en matière de sécurité civile et militaire et la manière dont ceux-ci s’articulent avec les programmes communautaires et s’adaptent aux besoins des praticiens et utilisateurs finaux. Un représentant du ministère fédéral des finances autrichien est venu présenter le modèle de la « Safety Pin » (« l’épingle de sécurité autrichienne ») finançant des recherches à TRL élevé sur le moyen terme (7 ans) sur des sujets de recherche en sécurité civile et militaire. Une approche unique dans l’UE qui suppose la coopération entre les membres de la société civile, les utilisateurs finaux, compagnie et, institutions de recherches (etc) sans se superposer aux programmes européens. Pour contourner le problème de « vallée de la mort », l’Autriche a notamment mis en place l’Innovation AKUT, fond de déploiement permettant le financement du passage de prototype à démonstrateur.
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Retour sur l’édition 2026, site du WISG
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