Retour vers le TURFU, le rendez-vous annuel des sciences et des recherches participatives

Par Vincent Poisson

Lecture  min.

Mis à jour le 29/04/2026

Actu
29/04/2026

Retour vers le TURFU, le rendez-vous annuel des sciences et des recherches participatives

Pour la troisième année consécutive, l’ANR, était partenaire du festival TURFU qui se déroulait du 7 au 11 avril 2026 à Caen et ailleurs en Normandie. Au fil d’un programme riche en expériences et échanges, ce festival de science, d’innovation et de recherche participative a dénombré plus de 4 100 participations aux ateliers et animations, placés sous le signe de la curiosité et de l’envie de produire collectivement des connaissances nouvelles.

« Comment savoir si je suis aphantasique ? » était une des questions qu’on pouvait entendre au festival TURFU. Ce festival de recherche participative, le seul en son genre en Europe, fêtait cette année ses dix ans d’existence. Deux projets ANR projets soutenus dans le cadre des appels « Recherches participatives » du programme science avec et pour la société (SAPS) étaient représentés.

Au TURFU, tout un chacun est invité à devenir cochercheur et à faire avancer une multitude de projets scientifiques. Scolaires, professionnels mais aussi le grand public de manière générale : les curieux de tous âges, tous milieux social, tous niveaux d’études sont les bienvenus. La recherche participative passe d’ailleurs par la vulgarisation et la médiation scientifique pour ne laisser personne au bord de la route.

L’aphantasie, c’est l’incapacité à visualiser mentalement des images, ou tout simplement la difficulté à se replonger dans des sensations passées, comme une odeur familière ou le goût d’un aliment pourtant apprécié. Aucune pathologie derrière ce phénomène rare, mais une neurodivergence parfois difficile à détecter car peu connue. Un atelier du Festival, joliment intitulé « Je vois des éléphants roses » rassemblait une cinquantaine de personnes, dont un seul aphantasique autodéclaré, autour de l’amélioration d’un questionnaire destiné à identifier l’aphantasie chez ceux et celles qui l’ignorent parfois jusque tard dans leur vie. Pour cela, l’équipe d’animateurs constitués de Florent Lebon professeur à  l’Université Claude Bernard Lyon 1 dont le projet COVACT est financé par l’ANR, de Prany Wantzen  maîtresse de conférences à l’Université de Bourgogne et spécialiste de la mémoire autobiographique, tous deux accompagnés de Matthieu Munoz, cofondateur de l’association Aphantasia Club et partie prenante du projet, prennent le temps d’expliquer leur démarche et de répondre aux interrogations. Ensuite, une fois le questionnaire distribué, les participants sont amenés à le tester, le commenter, le critiquer jusqu’à aboutir à une version compréhensible de tous et exploitable par les porteurs de projets lors d’une prochaine étape, celle de la diffusion du questionnaire, qui permettra plus tard d’en tirer des données et conclusions. Pour aller plus loin, l’expérience est poussée jusqu’à laisser les participants évaluer la pertinence de l’atelier, pour aussi faire progresser la façon dont les citoyens sont amenés à tutoyer la recherche participative.


Matthieu Munoz (association Aphantasia Club) et Florent Lebon (membre du projet participatif A-QUEST) mènent les discussions avec le public, le 10 avril au Dôme, à Caen.

Autre salle, autre ambiance, une quinzaine de collégiens trient des kilogrammes de déchets sur une table du Pavillon, à Caen, lieu publique de réflexion sur l’architecture, l’urbanisme et le paysage, situé à deux pas du Dôme, tiers-lieu culturel dédié au dialogue entre science et société, aussi épicentre du Festival. Ces élèves de 4ème venus en bus d’Avranches (Manche) passent eux aussi la journée à contribuer activement à des projets scientifiques, bien loin des quatre murs de leur classe. Quentin Czerwiec, membre des projets CREP et SURE-BA, financés par l’ANR et Anne Pallarès enseignante-chercheuse de l’Université de Haute-Alsace – Laboratoire ICube), animent cet atelier sur deux demi-journées. Ils ont traversé la France d’Est en Ouest, depuis Haguenau (Haut-Rhin). Ils appartiennent tous les deux à l’association alsacienne Savoirs Vivants, où leurs compétences sont mises à profit tout au long de l’année auprès des citoyens dans le cadre d’initiatives de médiation scientifique. Ils ont été sollicités par le Festival, toujours à la recherche d’initiatives nouvelles au niveau national voire international.

De leur côté, le groupe de scolaires et leur professeur de physique-chimie viennent au Festival chercher les clés pour approfondir des sujets à la fois scolaires mais également sociétaux. C’est dans la rue qu’on les retrouve en pleine exploration urbaine, alors qu’ils ramassent un par un les déchets plastiques abandonnés ici et là sur les trottoirs. Un peu plus tôt ils découvraient pour certains ou révisaient pour d’autres la durée et la nocivité de la dégradation du plastique dans la nature. Ou plutôt des plastiques, car on dénombre des centaines de polymères qui forment cette grande famille dont la dégradation en milieu naturel peut prendre jusqu’à plusieurs décennies, parfois même beaucoup plus. Sans compter que seuls 9% des déchets plastiques dans le monde sont aujourd’hui recyclés, ce qui impressionne peu des enfants déjà familiers du septième continent de plastique.


Collégiens en exploration urbaine à la recherche de déchets plastiques qui seront ensuite analysés dans le cadre de l’atelier, le 9 avril, à Caen. Photo Quentin Czerwiec.

Les collégiens de 13 ou 14 ans, pas mécontents de découper plus d’une centaine d’échantillons de déchets, s’initient à la détermination des plastiques en les plongeant un par un dans des bains d’eau, d’alcool médical, d’eau bouillante, pour le bonheur des chercheurs et animateurs qui les assistent. Là où l’expérience prend tout son sens, c’est dans l’analyse des déchets et le recensement de ces derniers, pour finir la journée avec un grand tableau Excel rempli de noms barbares (PEBD, PEHC, PVC…) qui donneront une idée de l’ampleur des problématiques de pollution, tri et recyclage et laissent apercevoir un aspect parfois délaissé de la pollution urbaine, trop souvent réduite à la qualité de l’air, tandis que les déchets infusent aussi l’eau et l’environnement dans son ensemble.

Pendant ces cinq jours, le Festival aura aussi donné l’occasion aux participants de réfléchir à des pistes pour décarboner l’automobile, faire entrer l’écologie dans la fête, s’adapter à vivre chez soi en temps de canicule, créer de nouveaux matériaux à base de champignons, ou encore identifier les zones particulièrement problématiques pour la circulation des animaux et ainsi lutter contre les collisions avec les voitures.

Le Turfu se vit chaque année en avril, rendez-vous l’année prochaine pour poser votre pierre à l’édifice, découvrir de nouveaux sujets d’études, participer à des projets citoyens et pourquoi pas prendre part à des expériences de plus long terme.


Le Dôme, centre de sciences de Caen Normandie, et point névralgique du Festival TURFU, à Caen.

L’ANR et SAPS

Depuis 2021, à la faveur de la Loi de programmation de la recherche, l’ANR soutient dans le cadre du programme Sciences avec et pour la société des recherches participatives. Quatre appels ont permis le financement de 109 projets, couvrant des thématiques aussi diverses que la transition écologique, l’évolution des territoires, la place du discours scientifique dans la démocratie, la santé, le handicap, l’alimentation, le travail, l’éducation. Ces appels à projet rapprochent disciplines et pratiques, savoirs académiques et savoirs d’usage, ouvrent la voie à de nouvelles formes de collaboration et la mise en œuvre des solutions partagées. Ils ont également contribué à professionnaliser le champ des recherches participatives et à consolider un réseau d’acteurs engagés dans la médiation scientifique, la diffusion des connaissances et le dialogue citoyen.

Le dernier appel financé dans le cadre du programme SAPS est en cours. Il s’intitule « co-construire les politiques publiques par l’expertise scientifique ». Cet appel concerne tous les domaines scientifiques et toutes les politiques publiques liées aux grandes transitions environnementales et sociales, et ce à toutes les échelles territoriales.

Les projets SAPS financés par l’ANR et présents au Festival TURFU cette année

  • PARTICIP'MALIN - Co-construction d’un programme de PARTICIPation à la recherche avec des Voisins MALINs : identification des leviers et freins et processus d’empowerment de personnes vivant en situation de précarité.
  • AutiSenCité - Autisme et sensorialité dans la ville

Et ces chercheurs financés par l’ANR dans le cadre d’autres projets SAPS

  • Quentin Czerwiec et Anne Pallarès, partenaire du projet SURE-BA dans le cadre des ateliers « Plastiques ! Identifie-les tous ! » et « L’Orne est-elle propre ? »
  • Florent Lebon, membre du projet Aphantasia

En savoir plus

Le site web du Festival

Le premier bilan du programme « Science avec et pour la société de l’ANR, édité en octobre 2025 

Inscrivez-vous à notre newsletter
pour recevoir nos actualités
S'inscrire à notre newsletter