Aminata Touré - #monANR

Aminata Touré, directrice de recherche au CNRS, Institut pour l’Avancée des Biosciences à Grenoble

 

Aminata Touré : Vers une meilleure compréhension de la fertilité humaine

Aminata Touré est directrice de recherche au CNRS. Elle dirige aujourd’hui une équipe à l’Institut pour l’Avancée des Biosciences à Grenoble, après quinze années passées à l’Institut Cochin à Paris. Biologiste de formation, elle consacre depuis plus de 20 ans ses travaux à la compréhension du fonctionnement du spermatozoïde humain, dans des conditions normales et pathologiques, telle que l’absence de mobilité des spermatozoïdes. Identifier les mécanismes à l'œuvre dans certaines formes de stérilité masculine, notamment génétiques, pourrait ainsi améliorer la prise en charge des couples infertiles dans leur parcours de procréation.

« Nous avons réussi à déposer un brevet portant sur de nouvelles pistes de traitement pour l'infertilité masculine et un nouveau financement a été obtenu pour poursuivre la recherche vers une preuve de concept thérapeutique. »

En quoi consiste votre projet de recherche ?

Mon projet SPERMetabo, financé par l’ANR depuis 2021, vise à comprendre les mécanismes qui régissent la mobilité des spermatozoïdes et leurs dysfonctionnements responsables d’infertilité masculine. Nous avons étudié des patients dont les spermatozoïdes présentent une mobilité réduite, appelée asthénozoospermie. A partir de ces observations, nous avons identifié plusieurs gènes impliqués dans ce processus et dont les mutations entraînent une stérilité masculine. Nous avons ensuite développé des modèles de souris porteurs de ces mutations pour mieux comprendre les mécanismes et explorer des pistes de thérapie ciblant la mobilité des spermatozoïdes, un domaine pour lequel il n’existe actuellement aucun traitement. Notre ambition est de pouvoir, à terme, proposer un traitement ciblé aux hommes infertiles.

Quelle a été la genèse de ce programme ?

Après un stage postdoctoral en Angleterre, où j'ai travaillé sur la spermatogenèse et le chromosome Y, j'ai développé plus d'intérêt pour la physiologie de la reproduction. A mon retour en France, lors de mon recrutement au CNRS en 2004, j’ai développé un programme sur l’infertilité masculine dont les causes étaient très peu connues. En 2007, j’ai obtenu mon tout premier financement ‘Jeunes chercheurs-Jeunes chercheuses’ pour le projet TAT1/SLC26A8 qui portait sur une protéine spécifique des spermatozoïdes et impliquée dans les échanges ioniques. Nos résultats ont notamment montré que cette protéine est essentielle à la fertilité des souris mâles et qu’elle contrôle les processus de mobilité et d’hyperactivation flagellaire. Depuis, avec mon équipe et mes collaborateurs, nous avons découvert plusieurs autres gènes essentiels à la mobilité des spermatozoïdes chez la souris et chez l’homme.

Qu’a permis le financement de l’ANR ?

Le soutien financier de l’ANR a permis le déploiement du projet et surtout la collaboration avec des partenaires ayant des expertises complémentaires dont le Dr Carina Prip-Buus qui travaille à l'Institut Cochin à Paris. Ce financement a été un levier de valorisation scientifique et technologique. Nous avons réussi à déposer un brevet portant sur de nouvelles pistes de traitement pour l'infertilité masculine et un nouveau financement a été obtenu pour poursuivre la recherche vers une preuve de concept thérapeutique.

Quel impact ce projet peut-il avoir sur la société ?

L’enjeu est majeur : aujourd’hui, la moitié des causes d’infertilité des couples est d’origine masculine, et la seule solution reste la fécondation in vitro, procédure lourde, coûteuse et portée par la femme qui subit aujourd’hui toute la charge médicale et psychologique du parcours de procréation médicale assistée (PMA). Mon objectif est de pouvoir traiter directement l’homme infertile en rétablissant la mobilité de ses spermatozoïdes. Au-delà du seul volet clinique, ce projet contribue ainsi à une meilleure compréhension de la fertilité humaine et à la reconnaissance d’un enjeu de santé publique.

A-t-il eu un impact sur le plan professionnel et personnel ?

Oui, profondément. Chaque financement influe sur la trajectoire de nos recherches. Sans ce projet, certaines découvertes auraient certainement nécessité davantage de temps. Sur le plan personnel, j’ai ressenti une vraie joie de voir ce travail collectif aboutir à des résultats concrets.

L’ANR fête ses 20 ans : que lui souhaitez-vous pour les 20 prochaines années ?

Je lui souhaite plus de moyens, car trop d’excellents projets ne sont pas financés, faute de budget. La recherche française regorge de talents et d’idées prometteuses. Il faudrait pouvoir plus financer la recherche. Et, en un mot, si je devais qualifier l’ANR, ce serait « sélectif », dans le sens « exigeant et structurant ». Dans ce cadre, le professionnalisme et la rigueur de l’agence sont bien reconnus : les processus de sélection sont justes même si la compétition est rude.

 

En savoir plus

Le projet SPERMetabo 

Le projet TAT1/SLC26A8   

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