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01/30/2020

Une première météorite retrouvée en Italie dans le cadre des projets FRIPON et Vigie-Ciel

De quels corps du système solaire proviennent les météorites ? En vue de déterminer la trajectoire, l’orbite et la zone d’origine des météorites qui tombent sur Terre, et pouvoir à terme y répondre, le projet ANR FRIPON a mis en place un réseau de surveillance en temps réel couvrant tout le territoire français. Le réseau a été étendu à l’Europe notamment en Italie, avec le réseau PRISMA, où un bolide a été détecté le 1er janvier 2020. L’analyse des données a permis de déterminer la zone probable de chute et de retrouver, suite à un appel lancé à la population, deux fragments d’une masse totale de 55g à 200m de la zone calculée. Le point sur cette découverte.

Observer les chutes de météorites est essentiel pour déterminer leur orbite et leur zone de provenance, dans l’objectif à terme, de pouvoir les associer à un corps parent parmi les 740 000 astéroïdes et 500 comètes périodiques connues. Ces événements sont cependant très rares : on estime entre 5 et 15 chutes de météorites par an en France, dont environ un centième seulement sont retrouvées. C’est pourquoi le projet ANR FRIPON (2014-2019), coordonné par Jean-François Colas (Institut de Mécanique Céleste et de Calcul des Ephémérides), a développé sur l’ensemble du territoire français un réseau de détection d’événements lumineux provoqués par l’entrée d’un météore dans l’atmosphère.

FRIPON : un réseau vidéo et radio couplé à un logiciel d’acquisition et détection

Les chercheurs ont tout d’abord mis au point une caméra FishEye spécifique, étanche et robuste pour résister à des contraintes thermiques extrêmes (températures de -30° à +50° C, vents, pluies), en collaboration avec la société Shelyak. Ils ont également développé un logiciel nommé Freeture, de lecture et détection des météores, ainsi qu’un récepteur radio pour enregistrer les échos du radar militaire Graves (sur le plasma entourant le bolide en mouvement ou sur la trainée ionisée créée). Au total, 100 caméras vidéo raccordées chacune à un ordinateur muni du logiciel sont opérationnelles en France. Les données visuelles sont stockées et analysées par l’équipe du projet à Marseille (OSU Pythéas), en complément d’observations radio qui offrent une meilleure qualité de mesures de la vitesse du bolide (presque deux ordres de grandeur). Ces mesures sont cruciales pour reconstituer la trajectoire du bolide qui, extrapolée vers l’arrière, permet de déterminer l’orbite de l’objet et de remonter à sa zone d’origine.

Environ 1000 orbites sont obtenues chaque année grâce aux données du réseau. En deux ans, trois évènements probablement producteurs de météorites ont été détectés par le réseau français, mais les conditions étant peu favorables à la recherche, aucune météorite n’a été retrouvée au sol.

Du projet FRIPON au programme de sciences participatives Vigie-Ciel

En parallèle de l’organisation du réseau, un programme piloté par le Muséum national d'histoire naturelle (MNHM) visant à former des équipes de bénévoles pour aider les chercheurs lors des recherches sur le terrain, a été financé dans le cadre des Programmes d’Investissements d’avenir (PIA). Les deux projets sont complémentaires : lorsque le réseau FRIPON détecte un bolide et détermine une zone de chute probable, Vigie-Ciel prend le relais pour organiser les campagnes de recherches.

La détection d’un bolide par le réseau italien PRISMA/FRIPON

Pour maximiser les chances d’observer des bolides et retrouver des météorites au sol, le réseau FRIPON a été élargi à l’Europe (Italie, Roumanie, Royaume-Uni, Hollande, etc.). Grâce à ces collaborations, une première météorite a été retrouvée début janvier 2020 près de Cavezzo en Émilie-Romagne (Italie). Une cinquantaine de témoins visuels ont signalé l’événement sur le site de l’IMO (International Meteor Organisation), permettant d’estimer la trajectoire du météroïde. Les observations vidéo et radio du réseau PRISMA/FRIPON ont alors confirmé cette trajectoire et précisé l’orbite de l’objet dont l’aphélie (le point le plus éloigné du Soleil) « se trouve dans la ceinture des astéroïdes intérieure dont l’objet est originaire ». Ces observations ont également permis de déterminer la zone de chute.

« Avant son entrée atmosphérique, le météoroïde à l’origine du bolide avait une masse d’environ 8 kg et il est rentré dans l’atmosphère avec une vitesse d’environ 12 km/s » indique le site du projet. « Le bolide est devenu lumineux à environ 75 km d’altitude, et s’est éteint plus de 6 secondes plus tard, alors qu’il était à moins de 20 km au-dessus du sol. », permettant aux chercheurs de déduire qu’un ou plusieurs objets auraient survécus.

Deux fragments de météorites de 55 g au total ont été retrouvés par un habitant suite à l’appel lancé à la population. Cette découverte souligne la plus-value de la collaboration au sein du réseau européen e-FRIPON, et des sciences participatives, pour obtenir des résultats rapidement. De futurs travaux sont nécessaires pour identifier des familles d’orbites pouvant mener à la désignation de corps parents, objectif ultime du projet FRIPON et de plusieurs missions spatiales telles que OsirisREx de la NASA.

En savoir plus :

La météorite italienne du nouvel an a été retrouvée !

Le site internet des projets FRIPON Vigie-Ciel

Le projet FRIPON