Effets d'une exposition long-terme à un mélange chimique typique de l'exposome inorganique alimentaire sur les axes microbiote-système immunitaire et -cerveau et la sensibilité aux maladies chroniques – Food-Inorg
Le risque sanitaire lié à l’exposome chimique alimentaire est surtout abordé pour les polluants organiques (dioxines, pesticides, furanes), quand la part inorganique est peu explorée, souvent limitée aux métaux lourds (plomb, mercure, arsenic, cadmium, nickel). Pourtant, nous avons rapporté une accumulation récurrente de particules d’aluminium (Al), de silice (Si), de titane (Ti), de cuivre (Cu) et de fer (Fe) dans le placenta humain et le méconium, témoin d’une contamination in utero. Ces particules sont aussi retrouvées dans le foie, la rate et l’intestin chez l’enfant et l’adulte. Elles sont suspectées issues d’additifs utilisés quantum satis dans de nombreux aliments, comme le dioxyde de Ti (TiO2, E171) et de Si (SiO2, E551), le silicate alumino-sodique (Al2O3+SiO2, E554), les complexes Cu-chlorophylles (E141(i)) et Cu-chlorophyllines (E141(ii)) ainsi que les oxydes et hydroxydes de Fe (E172). Ces colorants et antiagglomérants sont composés de micro- et nanoparticules qui traversent facilement les barrières biologiques et s'accumulent dans les organes, posant des problèmes de santé publique. Toutefois, les avis de l'ANSES et de l'EFSA ont conclu que les données toxicologiques sur ces additifs étaient limitées, et que leurs effets sur le développement devraient être aussi réévalués en mélange du fait des mêmes éléments présents dans le foie et le cerveau de rongeurs exposés in utero. L’ingestion quotidienne d’agents inorganiques aux propriétés immunotoxiques et/ou antibactériennes peut altérer la barrière intestinale et les fonctions immunitaires, métaboliques et cérébrales ainsi que leurs dialogues avec le microbiote intestinal, avec des effets santé. Cependant, ces études ont été réalisées avec des nanomodèles ou des additifs administrés seuls, et à fortes doses, non représentatif du mélange complexe de micro- et nanoparticules métalliques/minérales auquel l’homme est quotidiennement exposé à faibles doses. Nos données préliminaires chez la souris montrent qu’une exposition au E171 ou E551, à des doses pertinentes pour l’homme et dès la gestation, perturbe l'immunité intestinale et systémique, et prédispose aux sensibilités alimentaires (allergie ou intolérance). Ces expositions induisent aussi de façon sexe-dépendante une micro-inflammation et une dysbiose intestinales, avec des désordres métaboliques (intolérance au glucose et hyperinsulinémie à jeun). Le microbiote joue un rôle central dans ces effets puisque le transfert de microbiote fécal de souris exposées au E171 dans des souris axéniques récapitule ces troubles métaboliques. Ces données suggèrent qu’une exposition à long terme à un mélange de particules inorganiques pourrait perturber la maturation des fonctions intestinales, immunitaires et métaboliques, aussi induire des symptômes de l’intestin irritable en réponse à une perturbation du dialogue intestin-cerveau. Ces effets pourraient être dus à une dysbiose et prédisposer les individus à des maladies chroniques. Toutefois, parce que ces données s’appuient sur des substances testées individuellement, plutôt qu’en cocktail tel que les consommateurs y sont exposés, ce projet propose d’exposer des souris, de la conception à l’âge adulte, à un mélange de E141/E171/E172/E551/E554 riche en métaux/minéraux pour l’organisme. L’objectif est d’évaluer les dangers liés à ce mélange représentatif d’une partie de l’exposome inorganique alimentaire humain sur le développement des axes microbiote intestinal-immunité-métabolisme et intestin-cerveau, et de déterminer si cela favorise le risque de développer des maladies liées à l’immunité, telles que des maladies inflammatoires de l'intestin, des allergies alimentaires, le syndrome de l'intestin irritable et des troubles métaboliques.
Coordination du projet
Bruno LAMAS (INSTITUT NATIONAL DE RECHERCHE POUR L'AGRICULTURE, L'ALIMENTATION ET L'ENVIRONNEMENT)
L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.
Partenariat
TOXALIM INSTITUT NATIONAL DE RECHERCHE POUR L'AGRICULTURE, L'ALIMENTATION ET L'ENVIRONNEMENT
NEURO-DOL UNIVERSITÉ CLERMONT AUVERGNE (EPE)
MTS COMMISSARIAT À L'ÉNERGIE ATOMIQUE ET AUX ÉNERGIES ALTERNATIVES
IP INSTITUT PASTEUR
GPM UNIVERSITÉ ROUEN
Aide de l'ANR 894 993 euros
Début et durée du projet scientifique :
février 2026
- 48 Mois