"Ianua cum [...] transpectum praebet" : rendre visible l'insaisissable des ports romains – Trans-Portus
Un port est comparable à un organisme urbain, en perpétuelle transformation depuis son état initial, dont la vie est faite d'ajouts, de restaurations, d'ajustements et d'aménagements. Le projet Trans-Portus propose d’élaborer une nouvelle approche reposant sur un changement conceptuel du modèle portuaire. Traditionnellement, les ports sont définis comme l’association de deux composantes : le contenant (les structures portuaires d’interface) et le contenu (volume de sédiments, d’eau, niveau marin), auxquels s’ajoutent les lieux de chargement/déchargement, de stockage et de gestion. L’originalité de ce projet réside dans l’idée de transpicere ("voir à travers") l’objet portuaire, en recréant le lien conceptuel entre ces deux composantes avant de les intégrer dans leur espace géographique (aire d’approvisionnement en matériaux, paysages littoraux, etc.). Pour ce faire, il s’appuie sur un consortium transdisciplinaire et sur une étude à échelles emboîtées, permettant de répondre à des questions restées sans réponse quant à l’histoire technique, architecturale et environnementale des ports. L’approche géohistorique vise à restituer la spatialité des ports antiques en relation avec leur paysage (logiques d’implantation, contraintes et potentialités environnementales, etc.) ainsi que les évolutions environnementales postérieures à leur aménagement. L’approche historique repose sur une relecture des données textuelles et archéologiques concernant les entrepôts de stockage. L’approche géoarchéologique, quant à elle, se base sur des carottages profonds dans les structures et le remplissage sédimentaire des bassins, étudiés à très haute résolution chronostratigraphique. Afin de surmonter certains verrous méthodologiques, de nouveaux transferts de savoir-faire entre les sciences humaines et les géosciences seront mis en place. Le projet a deux objectifs principaux : (1) Restituer les contraintes logistiques spécifiques auxquelles les constructeurs étaient confrontés. (2) Intégrer la variabilité temporelle de ces objets archéologiques dans leur complexité, via une modélisation en 4D. Le projet Trans-Portus applique cette approche aux ports antiques de Portus et de Carthage, en raison des connaissances déjà acquises sur ces sites, qui en font des terrains idéaux pour tester de nouvelles méthodes. Malgré des recherches approfondies, de nombreuses questions restent néanmoins en suspens. Portus, le port impérial de Rome, constitue l'exemple le plus monumental de l’usage du béton hydraulique et des infrastructures portuaires artificielles dans le monde romain. Sa topographie initiale reste toutefois mal connue. Il a été largement étudié grâce à des carottages, des analyses géophysiques et des fouilles ciblées. Carthage, plus grand port punique de l'Antiquité, avait un système portuaire complexe. Aujourd'hui, le port commercial rectangulaire (fin IVe - début IIIe s. av. J.-C.) et le port militaire circulaire (milieu IIe s. av. J.-C.) sont encore visibles. Après la destruction de la ville puis sa reconstruction, ces ports furent réutilisés, avec des dragages et des modifications structurelles. Les interventions romaines permirent notamment de repositionner l’entrée du port et de la renforcer avec du béton hydraulique. Enfin, le projet ambitionne de changer d’échelle dans l’étude des ports antiques, en examinant les sédiments et les structures portuaires de Portus et Carthage, tout en intégrant ces données dans un contexte géospatial plus large et diachronique. Une étude parallèle portera sur le môle sur arches attesté de Centumcellae (Civitavecchia), servant de référence pour évaluer la présence éventuelle d’arches similaires à Portus. Le projet Trans-Portus réunit des équipes françaises et suisses ayant une solide expérience commune dans l’étude des paléoenvironnements étrusques. Ce consortium solide permettra de relever un nouveau défi : enrichir nos connaissances sur les savoir-faire portuaires des civilisations romaine et punique.
Coordination du projet
Jean Philippe Goiran (Environnements et sociétés de l'orient ancien - CNRS)
L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.
Partenariat
Archéorient Environnements et sociétés de l'orient ancien - CNRS
University of Lausanne, Institute of Earth Surface Dynamics - Institute of Earth Sciences
LIVE Laboratoire Image, Ville, Environnement
ArAr Archéologie et archéométrie - CNRS
MAP-Aria Laboratoire d'Applications et de Recherches en Informatique pour l'Architecture
Aide de l'ANR 652 756 euros
Début et durée du projet scientifique :
décembre 2025
- 48 Mois