Socialisation politique de citoyens minorisés ethniquement en France, au Royaume-Uni et en Allemagne : trois générations en perspective – SoPoem
Dans une Europe de l’Ouest de plus en plus diversifiée ethniquement et où la troisième génération extra-européenne arrive à l’âge adulte, une question s’impose : les descendants d’immigrés appartenant à une minorité ethnique – et donc exposés à des discriminations (Beauchemin et al. 2016) – ont-ils des comportements électoraux similaires à la population majoritaire ou se distinguent-ils par des choix partisans spécifiques ? Cette question est d’autant plus importante que les minorités ethniques possèdent un poids électoral grandissant susceptible d’orienter le résultat des urnes et notamment de freiner l’essor des partis d’extrême droite dont ils se détournent largement. Il s’agit de se demander comment l’ascendance migratoire, la position sociale dans le pays d’accueil et l’expérience de discriminations s’articulent au fil des générations pour expliquer le vote. Ce projet entend répondre à ces questions sous-étudiées en Europe d’une façon novatrice à trois égards : il interroge les comportements et attitudes politiques des minorités ethniques sur trois générations, en les comparant activement et en se focalisant sur la troisième génération encore à peine étudiée. Il se saisit de ces questions à partir d’une approche renouvelée de la socialisation politique, celle-ci se penchant sur les dynamiques qui façonnent les identifications, les valeurs, et donc les opinions politiques et le vote tout au long de la vie (Wasburn et Covert 2018).
Ce projet défend l’idée que les positions sociales, les identifications et les discriminations – trois dimensions imbriquées qui influent conjointement sur le vote – diffèrent selon que l’on est immigré, enfant ou petit-enfant d’immigrés (Schneider et Lang 2014; Nandi et Platt 2020). Le projet interroge trois dimensions. Premièrement, il examine la dimension générationnelle à partir de la transmission politique en famille, entre grands-parents, parents, enfants. Il se demande en quoi cette socialisation politique est liée à une socialisation en tant que membre d’un groupe stigmatisé (Druez et Durand 2023) mais aussi à une stratégie d’ascension sociale. Deuxièmement, le projet questionne la socialisation politique secondaire en considérant conjointement le rôle des trajectoires scolaire, universitaire et professionnelle. Il entend ainsi comparer des logiques d’ascension (Shahrokni 2020), de mobilité descendante (Ponzo 2018; Vallot 2020) ou de reproduction sociale des individus (Eckert 2011) en s’interrogeant sur leurs effets politiques. Troisièmement, ce projet examine l’incidence du contexte national sur les comportements politiques des minorités ethniques (Lamont et Thévenot 2000). Il considère le rôle des structures politiques et économiques dans la mobilité intergénérationnelle des minorités ethniques (Kesler et Safi 2018). Pour ce faire, il compare trois pays qui se distinguent fortement du point de vue de leur modèle d’intégration (Bleich 2003; Brubaker 1994 ; Heckmann et Schnapper 2016) et de leur histoire (post)coloniale et migratoire (Jones et al. 2016) : la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne.
Cette recherche repose sur des méthodes mixtes, innovantes et ambitieuses, mais dont je pourrai surmonter les difficultés grâce aux compétences de mon réseau professionnel et à celles que j’ai pu acquérir au fil de mon parcours : une enquête statistique inédite, centrée sur les minorités ethniques dans les trois pays considérés, des entretiens qualitatifs semi-directifs approfondis et des entretiens collectifs avec des membres d’une même famille, sur trois générations. Ce projet s’inscrit parfaitement dans l’axe « Imbrication des rapports sociaux – genre, classe, race » du CMH, fera l’objet d’échanges avec des collègues britanniques et allemands et contribuera à l’étude des minorités ethniques et à la sociologie électorale qui manquent de travaux sur les comportements politiques des minorités ethniques en Europe – et a fortiori d’enquêtes par méthodes mixtes.
Coordination du projet
Elodie DRUEZ (Centre Maurice Halbwachs)
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Partenariat
CMH Centre Maurice Halbwachs
Aide de l'ANR 209 975 euros
Début et durée du projet scientifique :
- 24 Mois