CE41 - Les sociétés contemporaines : états, dynamiques et transformations 2024

Mécanique et Obsolescence des moteurs Thermiques. Entretien, Usages des voitures et Rapports Sociaux – MOTEURS

MOTEURS

Mécanique et Obsolescence des moteurs Thermiques. Entretien, Usages des voitures et Rapports Sociaux

Comprendre les effets sociaux des transformations technologiques et économiques du monde de l'automobile sur les ménages : logiques d'achat, usages, entretien, culture technique.

L'objectif de la recherche MOTEURS est de comprendre les conséquences des transformations technologiques liées à l'automobile (électrification du parc, complexification technique) sur le rapport que les ménages entretiennent avec leur(s) voiture(s). Un premier volet porte sur la dimension budgétaire : il s'agit de comprendre comment les ménages, en particulier ceux appartenant aux catégories populaires, parviennent à se déplacer au quotidien avec des véhicules d'occasion souvent âgés de plus de 10 ans : comment : par quels biais ces automobilistes se renseignent, quel est le poids du réseau de sociabilité pour acheter "hors prix de marché", pour entretenir ou faire entretenir le véhicule parfois en dehors des réseaux de professionnels. A l'inverse, comment est-ce que les ménages plus éloignés de la culture automobile accèdent aux moyens de mobilité jugés "propres" et malgré tout accessibles financièrement, en particulier par le leasing. Un second volet se centre sur l'analyse du rapport quotidien et matériel que les ménages entretiennent avec leur(s)s voiture(s) et vise à éclairer les effets sociaux et politiques des transformations techniques des voitures : difficultés accrues pour les entretenir soi-même, accroissement des contrôles environnementaux et de sécurité (via les contrôles techniques notamment) mais aussi transformations des catégories esthétiques liées à l'usure aux réparations et à l'entretien quotidien. L'enjeu de ce second volet est de mieux comprendre comment les transformations du monde automobile, en déstabilisant tout un ensemble de pratiques quotidiennes axées sur l'entretien (au sens large) des voitures thermiques, structurent les rapports sociaux de classes, de genre, de territoires mais aussi des rapports générationnels pouvant conduire à des résistances institutionnelles et politiques. Un troisième volet de la recherche MOTEURS se centre sur les modalités contemporaines de transmission et de transformation de la culture technique automobile auprès des particuliers. Elle se centre notamment sur l'observation, chez les adolescents, de l'apprentissage des pratiques de bricolage qui s'opèrent en marge de l'apprentissage des métiers de la maintenance automobile et vise à comprendre comment les savoirs techniques liés au diagnostic ou à l'électrification parviennent à circuler entre sphère professionnelle et sphère privée. Les modalités d'apprentissage de ces savoirs techniques est également observée chez des automobilistes plus âgés qui apprennent, de manière autodidacte, les techniques d'entretien de véhicules récents.

La recherche MOTEURS se centre sur trois principales méthodes.

 

La première tient en une série d'entretiens approfondis menés avec des automobilistes, entretiens menés dans la mesure du possible en couple pour confronter les points de vue et pour susciter des effets de mémoire sur les aspects budgétaires, sur les pannes éventuelles ou sur le partage des tâches au sein du couple. Ces entretiens visent à retracer la trajectoire biographique automobile des ménages et des individus à travers leur cycle de vie mais aussi à objectiver les pratiques économiques (marchandes ou non) et les pratiques quotidiennes en termes d'achat, d'entretien et de revente. Ils visent également à objectiver les catégories d'appréciation du parc automobile et les marqueurs de respectabilité qui transitent par la voiture. Ces entretiens, menés par les différents membres de l'équipe MOTEURS,

 

Le second volet méthodologique consiste à ethnographier, par le biais d'une série d'observations menées sur le long cours (deux ans), les usages de la voiture dans un bourg rural et les communes alentours. L'ancrage durable sur le terrain permet de comprendre comment les réseaux de sociabilité mais aussi les usages de l'habitat rural (pavillons, garages, jardins) peuvent expliquer la nette sur-représentation des véhicules âgés dans les mondes ruraux. Ce travail ethnographique permet ainsi de comprendre comment les rapports sociaux autour de l'automobile s'actualisent dans un contexte spécifique marqué par la sur-représentation des classes populaires, une faible mobilité géographique et un usage quotidien et obligatoire de la voiture. Ce volet de l'enquête ne se centre pas uniquement sur les observations : il permet de mener des entretiens approfondis avec les automobilistes.

Un autre terrain d'observation, mené au sein d'un centre de formation par apprentissage, permet d'accéder au modalités de transmission des gestes techniques, de mener des entretiens avec des apprentis et de comprendre les logiques de circulation des savoirs techniques entre sphère professionnelle et sphère privée.

 

Le troisième volet de la recherche consiste à exploiter quelques enquêtes nationales (Emploi du temps et Budgets de famille de l'Insee, Enquêtes emploi, Parc auto) en suivant trois objectifs. Le premier est de produire des données de cadrage sur la morphologie du parc ancien (supérieur à 15 ans) et de comprendre les trajectoires de vie de ces véhicules âgés. Le second objectif est de saisir, de manière longitudinale, les pratiques budgétaires d'achat, de revente et d'entretien des véhicules des années 1980 au milieu des années 2010. Enfin, il s'agit de comprendre les configurations familiales qui autorisent ou au contraire rendent plus difficile la transmission de connaissances automobiles permettant de se dispenser du recours aux professionnels.

A six mois du lancement du projet, les différents chantiers sont en cours de réalisation. Il a malgré tout été possible de présenter des conclusions d'étape dans le cadre du congrès de l'Association Française de Sociologie (AFS) en juillet 2025 sur la thématique de l'environnement. En particulier, l'observation ethnographique en monde rural a permis de montrer comment l'ancienneté de l'ancrage résidentiel, couplé à une certaine stabilité relationnelle et professionnelle, permet aux fractions stabilisées des classes populaires de contourner les prix de marché (en termes d'achat et d'entretien) alors qu'à l'inverse, la faiblesse des liens de sociabilité ou l'instabilité dans l'emploi constituent une "double contrainte" conduisant certains ménages précaires à devoir acheter des voitures au "prix du marché", à la fois chères et usagées pour se déplacer au quotidien, sans pouvoir compter sur des ressources techniques, sociales ou résidentielles pour entretenir ces véhicules.

D'autres résultats seront présentés dans le cadre d'un colloque sur le "fait automobile" fin 2025 et un article est soumis sur cette thématique en fin d'année 2025 également.

Outre la production de connaissances académiques sur la culture technique, les styles de vie des ménages de classes populaires et intermédiaires, sur les mondes ruraux et sur les effets politiques et sociaux des transformations techniques du monde automobile, la recherche MOTEURS vise à diffuser ses conclusions auprès des acteurs socio-économiques du secteur automobile : Observatoire de l'ANFA (Association nationale pour la Formation Automobile), organisations syndicales, patronales et salariées mais aussi organismes de financement du leasing social. L'objectif est de fournir un éclairage sur les pratiques automobiles des ménages modestes qui n'est pas centré sur les pratiques de mobilité mais bien sur les dimensions budgétaires et techniques ou matérielles du rapport à la voiture.

Le projet MOTEURS porte sur les effets sociaux de la fin programmée des moteurs du point de vue des usagers. L’hypothèse est la suivante : pour comprendre comment cette transition peut s’opérer, il faut comprendre les conséquences économiques mais aussi sociales et symboliques de la fin des voitures thermiques pour les ménages et en particulier pour les ménages modestes, comprendre comment ils s’adaptent et s’approprient ces transformations et, dans certains cas, les détournent ou résistent en maintenant des pratiques permettant de « faire tenir » un parc automobile ancien coexistant avec les voitures électriques.
La recherche portera sur trois objets empiriques. Une série de monographies menée auprès de ménages situés dans les fractions médianes des classes populaires permettra dans un premier temps d’appréhender les aspects budgétaires et symboliques du rapport à l’automobile. Une analyse des transformations de la formation professionnelle permettra ensuite de comprendre comment les savoirs mécaniques se transforment ou se maintiennent face à l’arrivée de l’électrique d’une part et la nécessité de maintenir un parc ancien d’autre part. Enfin la recherche interrogera les conséquences du passage à l’électrique sur la transformation des ressources formelles et informelles des ménages : mécanique domestique, recours aux petits garagistes, négociation ou transgression de la norme technique, environnementale, administrative.
Ce projet planifié sur quatre ans est porté par une équipe de recherche à dominante sociologique. L’équipe est constituée de membres du Gresco (UR15075) ou de l'Université de Limoges et de deux membres extérieurs sollicités pour leur expertise sur le budget des ménages et sur la sociologie de l’automobile. L’équipe sera complétée par un contrat doctoral orienté sur la transition des ménages vers les voitures électriques et par un contrat post-doctoral consacré à l’analyse du travail dans les centres de contrôle technique automobile.

Coordination du projet

Stéphane Vaquero (Université Limoges)

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenariat

Université de Lille
LISE Conservatoire National des Arts et Métiers Paris
FrED Université Limoges
GRESCO Université Limoges

Aide de l'ANR 296 121 euros
Début et durée du projet scientifique : septembre 2024 - 48 Mois

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