CE41 - Les sociétés contemporaines : états, dynamiques et transformations 2024

Architectes, urbanistes et paysagistes face aux défis du XXIème siècle – ProMetUrba21

ProMétUrba21. Architectes, urbanistes et paysagistes face aux défis du XXIème siècle.

Les trois groupes professionnels princeps de la fabrication de la ville (architectes, urbanistes, paysagistes) sont soumis à une transformation sans précédent sous l'effet des transitions socio-environnementales. Trois axes : 1) La « fabrique » des professionnels, dans un contexte qui bouscule les savoirs institués, 2) le parcours des individus pour s’adapter à un contexte professionnel nouveau, 3) les nouvelles "doxa" produites par les entités professionnelles collectives.

Une recherche articulée aux enjeux contemporains majeurs et destinée à accompagner les politiques publiques et les groupes professionnels oeuvrant à la fabrication et la gestion des espaces habités.

La part prépondérante que prennent le bâti et les espaces urbains dans l’émission de gaz à effet de serre, l’imperméabilisation des sols, l’entrave à la biodiversité ou encore la consommation de ressources non renouvelables dans les activités humaines est désormais attestée. Il est donc primordial, pour la lutte contre le changement climatique notamment, que tous les acteurs impliqués dans la fabrication et la gestion de la ville soient conscients de cette responsabilité qui est la leur et formés à l’exercer. Pour les politiques publiques, l’enjeu de ce projet est fort, tant en termes d’ajustement de la pédagogie dans ses formes et ses contenus qu’en termes de mobilisation des groupes professionnels face aux profondes transformations à l’œuvre dans leur champ d’expertise. Les impacts recensés ici sont de 4 ordres et se rapprochent des modalités de la recherche-intervention : 1) Impact académique. Les travaux feront l’objet de publications scientifiques dans les quatre disciplines convoquées (la sociologie, l’architecture, l’urbanisme et le paysage) ce qui leur assure une assez large diffusion. Un carnet d’Hypothèses sera créé afin de communiquer sur les recherches en train de se faire et des ouvrages collectifs présenteront les résultats. Des séminaires seront organisés dans le cadre du réseau RAMAU afin d’ouvrir à un large public les débats sur les questions ouvertes par la recherche. 2) Impact sociétal. Cette recherche sur les architectes, urbanistes et paysagistes au défi des transitions apportera des éclairages dont pourront se saisir les tutelles de ces groupes professionnels (ministères de la Culture, de l’Écologie, de l’Enseignement Supérieur) en matière de formation initiale et continue et d’accompagnement des professionnel·le·s au changement. La recherche pourra ainsi soutenir l’orientation des politiques publiques et les projets portés actuellement comme les AMI Compétences et métiers d’avenir de France 2030. 3) Impact pédagogique à l’échelle des établissements. Les « terrains » enquêtés bénéficieront également des retombées de la recherche en termes de réflexivité sur les formations, les formats pédagogiques et les effets sur les modes de socialisation des étudiant·e·s. De nouveaux enseignements pourraient découler des résultats de la recherche. 4) Impact sur les milieux professionnels concernés. L’un des enjeux de ce projet est de rapprocher des mondes qui se côtoient mais se connaissent peu : ceux des professionnel·e·s, ceux de la recherche en architecture, urbanisme et paysage, et ceux des formations et des établissements dans lesquels elles se développent. À travers le réseau RAMAU les relations avec les milieux professionnels et les formations, pourront être renforcées afin de mieux travailler à la réception des travaux de recherche et à leur mise en discussion.

1) Nous associons une approche inductive et une approche déductive. En effet, les processus évoqués par l’expression « les défis du 21e siècle » sont nombreux, hétérogènes et sans doute inégalement pris en considération par les individus et les groupes professionnels analysés. Pour ne pas inférer nos présupposés de chercheur·e·s sur les processus à l’œuvre, leur genèse, leur impact sur les formations et pratiques professionnelles, nous adopterons une posture inductive. A tous les moments de l’enquête, nous laisserons ouverte la désignation par nos enquêté·e·s de ce qui est à mettre au rang des « transitions et défis » et la représentation qu’ils ont des enjeux que cela recouvre.

 

2) Nous nous fondons sur le dialogue entre des approches qualitatives et des approches quantitatives. Sur les questions qui nous intéressent, des sources statistiques et des bases de données existent, souvent sous-exploitées, rarement croisées. Ce sont des statistiques socio-démographiques sur les membres de ces trois groupes, des données d’observatoires (observatoires économiques, observatoires de l’insertion professionnelle, …) produites par des organismes nationaux comme l’INSEE, le CEREQ, l’OMPL (Observatoire des Métiers dans les Professions Libérales) ou les administrations de tutelle de ces domaines professionnels ; par des organisations professionnelles (Ordre des Architectes, Conseil Français des Urbanistes, Collectif National des Jeunes Urbanistes, Fédération Française du Paysage…) ; par des établissements et des chercheur·e·s. Nous en ferons une analyse secondaire et nous y adjoindrons des enquêtes par questionnaires, ciblées sur nos questions. Parce que notre approche donne de l’importance aux représentations et identités professionnelles ainsi qu’aux stratégies d’apprentissage et de positionnement professionnel, le volet qualitatif s’impose pour approcher les ressorts profonds de ces dynamiques. Le programme de travail propose des campagnes d’entretiens, des observations de situations-clés, ou encore du travail documentaire sur des archives et de la littérature grise.Toutes les grilles de questionnaires, d’entretiens et d’observations seront pensées collectivement, avec les responsables des axes 1, 2 et 3 et de l’axe transversal.

 

3) Nous veillons à articuler une réelle prise en compte de la diversité des filières et, en leur sein, de diversités locales, avec une approche ciblée évitant la dispersion de nos moyens. Ainsi, un panel de formations a-t-il été retenu pour unifier les enquêtes méso- (entre le niveau macro- des cadrages nationaux et le niveau micro- des approches individualisées). Ces formations sont réparties sur quelques villes telles Bordeaux, Grenoble, Nantes, Paris et Rennes. Ce choix repose tant sur une variété de configurations locales de formation que sur des critères d’accès aux terrains par la présence de membres de l’équipe.

 

Un grand nombre des transitions, voire des bouleversements, qui touchent nos sociétés depuis une vingtaine d’années, au premier chef desquels la lutte contre le changement climatique, ont un impact massif et direct sur la conception et la gestion des espaces habités. De ce fait, les métiers de la fabrique de la ville et des territoires sont soumis à un défi majeur d’adaptation de leurs compétences et de leurs pratiques.
Le projet s’attache aux groupes professionnels des architectes, des urbanistes et des paysagistes comme des « écologies liées » (Abbott, 2003), engagées dans une même dynamique de réajustement au contexte socio-environnemental. Il considère cette dynamique par trois entrées :
1) La socialisation aux métiers, à la lumière des nouveaux enjeux sociétaux, au cours des formations initiales.
Ce questionnement en termes de socialisation professionnelle (Hughes, 1955 ; Dubar, 1991) s’attache au double mouvement d'une évolution de l’offre de formation et de modèles d'identification issus des formateurs d’une part, et d’une construction active par les étudiants de leur stratégie d'apprentissage et de leurs référents identitaires d’autre part. Les hypothèses sont que la réponse à l’incertitude des savoirs et à l’inflexion des pratiques conduit les uns et les autres à tendre vers des cursus à la carte et vers l’ouverture pluridisciplinaire (a), et que les évolutions des contenus des trois filières étudiées présentent des similitudes (b). Le projet vérifie et qualifie ces hypothèses.
2) Les continuités et ruptures dans les trajectoires, face à un contexte d’exercice en recomposition.
La définition interactionniste de la notion de carrière (Hughes, 1958 ; Strauss, 1992), nous porte à mettre en regard les changements intervenant dans les situations professionnelles et le sens qu’ils recouvrent pour les praticiens des groupes étudiés. Notre hypothèse est que les trajectoires à l’œuvre s’articulent autour de trois processus : une primo-insertion, des ajustements progressifs au contexte d’exercice au cours des carrières et parfois des bifurcations radicales.
3) Les groupes professionnels à l’épreuve des réajustements aux transitions.
Les travaux récents en recherche urbaine mettent en exergue diverses dynamiques d’évolution des pratiques professionnelles : l’inscription accrue des architectes, urbanistes et paysagistes dans les activités situées en amont et en aval de la conception ; la généralisation des enjeux socio-écologiques dans leurs discours et pratiques ; le décloisonnement de leur intervention par diverses formes de démocratie participative. Notre hypothèse est que ces trois dynamiques produisent des redécoupages au sein des trois groupes professionnels pris comme objets mais aussi des rapprochements entre eux, sur des segments nouveaux.
Les effets de la féminisation de ces milieux professionnels, les effets de génération et du rapport au savoir et à l’expérience traversent l’ensemble de ces dynamiques.

Dans ce projet, l’équipe de recherche composée d’un réseau de chercheurs fondé en 1999 (le RAMAU, ramau.archi.fr) mobilise sa pluridisciplinarité, son accès à une diversité d’établissements d’enseignement dans ces trois domaines, ainsi que les partenariats qu’elle a construits avec les tutelles administratives et les organisations représentatives de ces groupes professionnels. Pour saisir les dynamiques sous l’angle de leurs effets objectifs et sous celui des représentations qui les accompagnent, la méthodologie déployée est mixte : des enquêtes par questionnaire et des analyses secondaires de données d’enquêtes existantes pour l’approche quantitative ; des enquêtes par entretiens, des focus groups, de l’analyse documentaire et des observations de scènes significatives pour l’approche qualitative.

Coordination du projet

Véronique BIAU (Laboratoire espaces travail)

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenariat

ESO-Rennes 2 ESPACES ET SOCIETES
LET Laboratoire espaces travail
GRIEF Groupe de Recherche sur l'Invention et l'Evolution des Formes
PASSAGES UMR 5319 PASSAGES
AAU-CRENAU Ambiances Architecture Urbanités-Equipe CRENAU
ESO-Angers Espaces et sociétés

Aide de l'ANR 363 427 euros
Début et durée du projet scientifique : septembre 2024 - 36 Mois

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