Peste urbaine : une approche interdisciplinaire à Madagascar – PLAY-MAD
Bien que considérée à Madagascar comme une maladie rurale, des cas récents de peste bubonique humaine à Antananarivo, y compris lors de l’épidémie majeure de 2017, suggèrent l’existence d’un cycle urbain de la maladie, ce qui pourrait ouvrir la porte à de futures épidémies difficilement contrôlables. Pourtant, les études sur l’écologie de la peste urbaine sont rares, ce qui limite dangereusement les capacités de prévention et de riposte sanitaire en cas d’émergence.
Plusieurs facteurs suspectés d’influencer fortement la persistance et l’émergence de la peste dans les campagnes malgaches, tels que la diversité des communautés de réservoirs et de vecteurs, la résistance de certains réservoirs à la peste et la structure des populations de réservoirs sensibles, n’ont jamais été explorés en contexte urbain. De plus, la possibilité que des réservoirs et/ou des vecteurs infectés soient importés en ville au gré des flux de marchandises et de personnes n’a jamais été explorée. Enfin, bien qu’ils puissent grandement influencer la détection précoce des épidémies et la mise en place d’une riposte efficace, la connaissance, les usages et les croyances socio-culturels sur la peste sont peu documentés en milieu urbain.
En prenant la capitale malgache comme contexte d’étude, le projet PLAY-MAD vise à tester les hypothèses suivantes :
(1) les assemblages de réservoirs et de vecteurs diffèrent entre socio-écosystèmes urbains ;
(2) les flux de gènes (donc les connexions par migration) sont substantiels entre populations de réservoirs et de vecteurs au sein de la ville, tandis qu’ils sont limités entre la ville et sa périphérie ;
(3) contrairement à ce qui est observé en zone rurale, les populations d’hôtes et de vecteurs présentent des variations saisonnières largement atténuées ;
(4) la susceptibilité à Yersinia pestis varie grandement entre espèces et/ou populations de réservoirs urbains, ce qui permet le maintien à long terme de la peste en ville, et sa transmission sporadique à l’homme ;
(5) dans les zones urbaines les plus défavorisées, les usages des habitants et les contraintes socio-environnementales sous-tendent la production d’espaces qui sont favorables aux hôtes et aux vecteurs de la peste, ce qui exacerbe la vulnérabilité des gens.
Pour cela, notre consortium d’écologues, de généticiens, d’immunologistes et de géographes de la santé (CBGP, IP Paris, TETIS et SESSTIM en France, et deux unités de l’IP Madagascar) mettra ses expertises des zoonoses urbaines en général, et du « système peste » en particulier, pour (i) analyser les structures génomiques des hôtes et des vecteurs, et comparer les souches de Y. pestis au sein de la ville, ainsi qu’entre la ville et sa périphérie ; (ii) décrire la diversité spatio-temporelle des communautés d’hôtes, de vecteurs et de bacilles dans trois sites observatoires emblématiques du paysage de la ville ; (iii) évaluer expérimentalement la résistance à la peste des espèces de réservoirs urbains ; et (iv) décrypter les comportements des habitants en cas de suspicion de peste, et les usages susceptibles de favoriser le maintien de la peste et de ses réservoirs dans l’environnement urbain.
Ainsi, PLAY-MAD permettra la première évaluation du risque pesteux au sein d’Antananarivo, l’identification des éléments de paysages et d’usages associés au risque le plus élevé de transmission de l’animal à l’homme ainsi que la description des éléments socio-culturels nécessaires au design de campagnes de sensibilisation, de prévention ou de riposte adaptées au contexte urbain.
Coordination du projet
Gauthier DOBIGNY (Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement)
L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.
Partenariat
CBGP Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement
IP Institut Pasteur
SESSTIM Sciences économiques et sociales de la santé & traitement de l’information médicale
TETIS Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement
Institut Pasteur de Madagascar
Aide de l'ANR 469 872 euros
Début et durée du projet scientifique :
octobre 2024
- 48 Mois