CE26 - Individus, entreprises, marchés, finance, management 2024

Entrepreneuriat féminin en France au XIXe siècle – INDUSTRIFEM

INDUSTRIFEM

Entrepreneuriat industriel féminin en France au XIXᵉ siècle

Les chefs d’entreprise du XIXe siècles furent-ils tous des hommes ? On pourrait le croire, à la lecture des travaux en histoire économique, histoire des affaires (business history) et histoire de l’entrepreneuriat. À l’heure où la question du genre occupe une place de plus en plus prépondérante au sein des travaux en histoire économique et en histoire de la pensée économique, l’entrepreneuriat féminin demeure un angle mort. S’agissant du processus d’industrialisation, la contribution des femmes a surtout été appréciée eu égard à leur participation, en tant que salariée, et à leur rémunération (the “gender wage gap”) sur le marché du travail (Goldin 1995, Merouani et Perrin 2022). La participation économique des femmes en dehors du cadre du travail salarié n'a pas fait l'objet d'un examen approfondi. Plusieurs facteurs normatifs et contextuels expliquent cette lacune (voir Baijot, Le Chapelain 2022). Cet examen est pourtant essentiel pour offrir une perspective enrichie de la contribution des femmes au développement économique de long terme. Les femmes cheffes d’entreprises ne furent pas des exceptions en France au XIXe siècle. Elles ont dirigé des entreprises de toutes tailles (de la passementière indépendante à la maîtresse de forges dirigeant plusieurs centaines d’ouvriers) et dans de nombreux secteurs industriels (l’industrie textile mais aussi la métallurgie, l’imprimerie…). Elles demeurent néanmoins dans l’ombre, y compris dans les travaux sur l’histoire des femmes (Perrot 1998). De cette lacune est né le projet INDUSTRIFEM. Il œuvre à sortir les femmes entrepreneures françaises de l’invisibilité en dressant leur inventaire et en analysant les modalités et les conditions de leur exercice entrepreneurial. Sur cette base, il participe, d’une part, au réexamen de la contribution des femmes au processus d’industrialisation au XIXe siècle et engage, d’autre part, une réflexion quant à la définition, ou redéfinition de ce qui constitue la nature d’une activité entrepreneuriale. Dans son élaboration même, l’inventaire interroge ce qu’est l’entrepreneuriat et, partant de la diversité des trajectoires entrepreneuriales des femmes du XIXe siècle, remet en question la pertinence de la représentation dominante de l’entrepreneur masculin, héroïque (Galluzzo 2023) sur les épaules duquel aurait reposé industrialisation, développement et croissance au XIXe siècle. Réhabilitant ces femmes entrepreneures longtemps effacées de la mémoire collective, le projet INDUSTRIFEM participe, avec les travaux engagés par ailleurs par d’autres sciences sociales, à la révision des croyances et représentations erronées quant à l’entrepreneuriat. Parce que ces représentations affectent encore les contemporaines et parce que leur sous-représentation à la direction et à la gouvernance d’entreprises constitue un enjeu de nos sociétés actuelles, le projet fera connaître, aujourd’hui, auprès d’une large audience, l’existence de cet entrepreneuriat féminin dans l’histoire.

Le projet INDUSTRIFEM est un projet interdisciplinaire au croisement de l’histoire, de l’économie, de la gestion et du droit. Il réunit un consortium de quatre partenaires (BETA, Université de Strasbourg ; CLHDPP et Magellan, Université Jean Moulin Lyon 3 ; Université d’Ottawa).

 

Ses objectifs sont les suivants :

 

- Sortir de l’invisibilité les femmes françaises en affaires au XIXe siècle (Inventaire. Annuaire des femmes entrepreneures françaises au XIXe siècle)

- Eclairer les modalités et les conditions de leur exercice entrepreneurial

- Réexaminer le rôle et la place du travail des femmes dans le processus d’industrialisation français

- Diffusion et valorisation : Repenser collectivement l’entrepreneuriat et réviser l’image stéréotypée de l’entrepreneur

 

Résumé de soumission

Le projet INDUSTRIFEM concerne la question de l’entrepreneuriat féminin en France au XIXe siècle, qui demeure largement sous-évalué. L’histoire économique a longtemps accordé aux femmes cheffes d’entreprises une place tout à fait mineure, les reléguant au statut d’anecdotes historiques. Cette perspective d’une rupture dans l’activité entrepreneuriale des femmes durant le processus d’industrialisation a longtemps dominé au sein de l’historiographie. Elle est néanmoins sujette, depuis peu, à une remise en question fondamentale. Une littérature centrée sur le monde anglo-saxon montre que l'entrepreneuriat féminin n'a pas disparu au XIXe siècle. Les femmes entrepreneures françaises n’ont toutefois, quant à elles, suscité qu’une faible attention. Le projet INDUSTRIFEM vient combler cette lacune. Il vise à sortir de l’invisibilité ces femmes entrepreneures en examinant leur contribution au processus d'industrialisation français, en éclairant les spécificités de leur exercice entrepreneurial - si spécificité il y a - ainsi que le rôle exercé par le cadre juridique au sein duquel il s’est déployé.
L’implication des femmes dans le processus d’industrialisation a surtout été apprécié à travers le prisme du travail salarié (participation au marché du travail, inégalités salariales...). Leur implication, en dehors du cadre du travail salarié, n'a pas fait l'objet d'un examen approfondi. De ce point de vue, le projet INDUSTRIFEM renouvelle la vision du rôle économique joué par les femmes au XIXe siècle.
Par ses enjeux, ce projet d'histoire économique mobilise des compétences disciplinaires variées et complémentaires, réunies au sein d’un consortium de quatre partenaires regroupant des historiens du droit (CLHDPP, U. Lyon III), des chercheurs en sciences de gestion spécialistes de l’entrepreneuriat féminin et d’innovation (Magellan, U. Lyon III), des chercheurs en économie spécialisés en histoire économique et en histoire de la pensée économique (BETA, U. de Strasbourg) ainsi que des historiens (Université d’Ottawa).
En sortant les femmes entrepreneures françaises du XIXe de l’invisibilité, le projet entend nourrir et compléter, par un éclairage historique original, les réflexions actuelles quant à l’enjeu, au sein de nos sociétés, du rôle et de la représentation des femmes dans la gouvernance d’entreprise.

Coordination du projet

Charlotte LE CHAPELAIN (CENTRE LYONNAIS D'HISTOIRE DU DROIT ET DE LA PENSEE POLITIQUE)

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenariat

CLHDPP CENTRE LYONNAIS D'HISTOIRE DU DROIT ET DE LA PENSEE POLITIQUE
MAGELLAN Université Jean Moulin Lyon 3
Université d'Ottawa
BETA Université Strasbourg

Aide de l'ANR 105 555 euros
Début et durée du projet scientifique : octobre 2024 - 36 Mois

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