Apathie et retrait social dans la schizophrénie : Une étude collaborative sur l'impact de psychothérapies sur les réseaux fronto-striataux de la motivation des interactions sociales. – MOTIVASOCIAL
Les symptômes négatifs de la schizophrénie ont un impact dévastateur sur la vie quotidienne des patients. Cependant, aucun traitement pharmacologique ne permet d'améliorer ces symptômes de manière adéquate. En revanche, plusieurs interventions psychothérapeutiques existent et ont montré des avantages pour différents aspects des symptômes négatifs, cependant ces effets sont très variables d'un patient à l'autre et leurs fondements neuronaux restent largement inconnus. L'objectif principal de ce projet est d'évaluer quels symptômes, mécanismes sous-jacents et bases neuronales sont affectés par deux de ces approches psychothérapeutiques, afin de développer des traitements plus personnalisés. Notre projet permettra d'identifier des cibles thérapeutiques et de prédire les réponses de différent patients en fonction de leurs symptômes, de leurs performances dans des tâches et de l’intégrité de leur système dopaminergique et sérotoninergique. Le concept actuel de symptômes négatifs distingue deux dimensions : l'apathie ou manque de motivation qui inclut l'asocialité ainsi que l'anhédonie et la diminution de l'expressivité émotionnelle et verbale. On pense que des dysfonctionnements dans des ensembles de processus reposant sur différentes régions cérébrales et neurotransmetteurs sous-tendent ces dimensions. L'apathie reposerait sur des sous-composantes motivationnelles, telles que l'anticipation de la récompense, sous-tendue par l'activité striatale et des projections dopaminergiques. La diminution des expressions apparaît plutôt liée à des déficits de reconnaissance des émotions et de l'intention d'autrui, ce qui interfère directement avec le fonctionnement social conduisant à un retrait social qui pourrait être sous-tendu par des régions cérébrales limbiques et le système sérotoninergique. Notre projet pourra vérifier cette nouvelle hypothèse sur les symptômes négatifs de la schizophrénie. Le projet utilisera deux approches psychothérapeutiques prometteuses pour réduire les symptômes négatifs. Le Positive Emotion Program for Schizophrenia (PEPS) cible la dimension de l'apathie et les problèmes sous-jacents à la motivation et de traitement du plaisir. Le Social Cognition and Interaction Training (SCIT) cible les déficits des interactions sociales, en entraînant le patient à réduire ses préjugés négatifs liés aux émotions et intentions des autres, et ceci pour des problèmes au quotidien qui l’amène au retrait social. Avant et après les interventions thérapeutiques, les patients passeront une évaluation clinique détaillée qui sera complété par la réalisation dans l’IRM, de trois tâches expérimentales validées. Ces tâches qui ciblent l’anticipation de la récompense, le traitement des émotions et la prise de décision sociale devraient mettre en évidence les zones cérébrales responsables de l'apparition des symptômes et révéler les mécanismes d’action des interventions. Un sous-groupe de patients sera soumis simultanément à une TEP-IRM (au lieu d'une simple IRMf) afin d'évaluer les activités présynaptiques de la dopamine et de la sérotonine. Il s'agit d'un projet collaboratif international entre trois sites (Lyon, Saint-Étienne et Genève), qui regroupe des experts cliniques de la pathophysiologie et du traitement de la schizophrénie, et des chercheurs spécialisés dans les bases neurales et moléculaires des symptômes. Il permettra de recruter 180 patients, un nombre qui ne peut être atteint que grâce à un effort collaboratif. Nous nous attendons à mieux comprendre 1) les mécanismes menant aux différentes dimensions des symptômes négatifs; 2) les bases neuronales des effets thérapeutiques ; 3) déterminer les prédicteurs d’une réponse favorable ou non au traitement (par ex. le taux de dopamine ou de sérotonine). Le projet offrira un environnement idéal pour former de jeunes chercheurs par l’utilisation d’approches expérimentales des neurosciences intégratives pour mieux comprendre les troubles psychiatries afin de mieux les soigner.
Coordination du projet
Nicolas FRANCK (Institut des Sciences Cognitives Marc Jeannerod)
L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.
Partenariat
Clinical and Experimental Psychopathology Group, Department of Psychiatry, University of Geneva
ISC-MJ Institut des Sciences Cognitives Marc Jeannerod
DRCI Délégation à la Recherche Clinique et à l'Innovation
ISC-MJ Institut des Sciences Cognitives Marc Jeannerod
Aide de l'ANR 887 126 euros
Début et durée du projet scientifique :
décembre 2023
- 48 Mois