La nutrition, un atout pour les coraux face aux vagues de chaleur marine – BOOST
Les récifs coralliens constituent des hot-spots de biodiversité et des réserves écologiques majeures. Ils sont d'une importance capitale pour les nombreux pays qui vivent à proximité. Avec le réchauffement climatique, les phénomènes thermiques extrêmes, appelés vagues de chaleur marine, ont des effets dévastateurs sur ces récifs, provoquant un blanchissement massif (c'est-à-dire une rupture de la symbiose entre les coraux et leurs algues Symbiodiniaceae, privant le corail de sa principale source d'alimentation). Le blanchissement peut entraîner la mort de l’hôte corallien si le stress persiste, à moins que les coraux ne puissent compter sur l'acquisition de nutriments hétérotrophes, en consommant de la matière organique ou des proies planctoniques. Il a été mis en évidence que certaines communautés coralliennes vivant dans des récifs mésotrophes (riches en plancton et en nutriments) sont moins sensibles au blanchissement. En conditions de laboratoire, il est désormais établi que les coraux nourris de plancton sont plus résistants au stress thermique, mais encore peu d'études ont été menées sur le terrain. Alors que les vagues de chaleur marines sont de plus en plus fréquentes et intenses, les zones riches en plancton et en matière organique (récifs mésotrophes) peuvent être essentielles à la survie des coraux en leur permettant d'obtenir des sources d'énergie externes. Ils pourraient ainsi servir de refuge aux coraux face au changement climatique. BOOST regroupe quatre UMR (ENTROPIE, LEMAR, MIO, LOMIC) et trois partenaires internationaux, le CSM, Duke University et KAUST sur un projet hautement multidisciplinaire fusionnant écophysiologie, biogéochimie, océanographie et télédétection. Des approches en laboratoire et in situ sont appliquées dans le cadre de BOOST pour: (1) (a) Déterminer si les récifs mésotrophes présentent des performances métaboliques plus élevées, et (b) si les coraux des récifs oligotrophes peuvent s'adapter aux conditions mésotrophes, en mesurant notamment leur productivité et leur calcification à l'aide d'équipements innovants avec un échantillonnage à haute fréquence, et en transplantant des coraux de récifs oligotrophes vers des récifs mésotrophes, et en évaluant leurs paramètres physiologiques; (2) confirmer, dans des conditions in situ, que les coraux des récifs mésotrophes sont plus résistants au blanchissement en soumettant à un stress thermique aigu de courte durée des coraux prélevés dans les récifs méso- et oligotrophes; (3) Évaluer que les propriétés des tissus coralliens reflètent les propriétés nutritives de l'eau de mer environnante et permettre la détermination des niveaux d’hétérotrophie des coraux in situ, en mesurant de nouveaux marqueurs hétérotrophiques (valeurs isotopiques globales de d13C et d15N, d15N d’acides aminés spécifiques et concentration d’un acide gras biomarqueur (acide cis-gondoïque)) calibrés sur des coraux cultivés en laboratoire, sous différents régimes alimentaires; (4) localiser d'autres récifs mésotrophes, où les coraux pourraient être plus résistants aux futures vagues de chaleur, en analysant les images satellites de chlorophylle-a de surface, autour de la Nouvelle-Calédonie.
BOOST fournira de nouveaux outils pour aider les décideurs politiques et les gestionnaires à décider où concentrer leurs efforts pour préserver des zones plus résilientes au changement climatique, et donc essentielles pour la protection et la restauration des récifs. Les résultats de BOOST pourront être combinés avec d'autres "Nature-Based Solutions" pour améliorer les stratégies de restauration des récifs et pourraient même permettre d'envisager l'ensemencement de certaines parties des récifs coralliens avec du plancton ou de la matière organique.
Coordination du projet
Fanny HOULBREQUE (Ecologie marine tropicale dans les Océans Pacifique et Indien)
L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.
Partenariat
King Abdullah University of Science and Technology
Centre Scientifique de Monaco
MIO Institut Méditerranéen d'océanologie
LOMIC Laboratoire d'océanographie microbienne
LEMAR LABORATOIRE DES SCIENCES DE L'ENVIRONNEMENT MARIN
Duke University - Nicholas School of the Environment
ENTROPIE Ecologie marine tropicale dans les Océans Pacifique et Indien
Aide de l'ANR 641 537 euros
Début et durée du projet scientifique :
janvier 2024
- 48 Mois