CE03 - Science de la durabilité 2023

Analyse socio-écosystémique et multi-échelle de la co-existence humain-bonobo dans un habitat fragmenté – FRAGPAN

Résumé de soumission

Le changement climatique et l’érosion de la biodiversité sont deux dimensions majeures de la crise socio-environnementale. Alors que les politiques environnementales contre le changement climatique et la perte de biodiversité sont principalement conçues et mises en œuvre de manière indépendante, nous avons besoin de toute urgence d'une approche plus intégrée associant ces deux dimensions ainsi que les besoins des populations humaines locales. Les habitats forestiers fragmentés sont des zones très intéressantes pour mieux comprendre l'enchevêtrement des dynamiques liées aux activités de subsistance des populations locales et aux politiques de stockage du carbone et de conservation de la biodiversité. La forêt du bassin du Congo est la deuxième forêt équatoriale la plus importante au monde. L'intégration du changement climatique et de la perte de biodiversité dans cette région est donc primordiale. Le projet FRAGPAN analyse les interactions entre les bonobos (Pan paniscus), les humains et un habitat fragmenté en République démocratique du Congo (RDC). Chez les bonobos, les femelles émigrent de leur groupe d'origine. Ainsi, la connectivité de la forêt est probablement cruciale pour maintenir la viabilité génétique de cette espèce. La probabilité de présence des bonobos est négativement corrélée au degré de fragmentation de la forêt et à la proximité humaine, sauf dans la région fragmentée à l'ouest de l'aire de répartition de l'espèce, dans la province de Maï-Ndombe (RDC). Cette sous-population est probablement génétiquement isolée, ce qui remet en question sa viabilité à moyen terme. Cependant, aucune information n'est disponible sur la présence des bonobos et les migrations potentielles entre cette sous-population et la sous-population centrale. L'étude de cette zone particulière est cruciale pour améliorer nos connaissances sur la flexibilité socio-écologique des bonobos et pour adapter les stratégies de conservation. L'objectif principal de ce projet est d'analyser la dynamique et la durabilité de la coexistence entre l'humain et le bonobo dans ce paysage fragmenté, à plusieurs échelles spatio-temporelles, et de promouvoir des stratégies durables pour assurer à la fois la viabilité des populations de bonobos et les besoins des populations humaines locales. Les objectifs spécifiques sont : 1) caractériser la socio-écologie et la diversité biologique des bonobos au niveau local et régional à partir de données comportementales et génétiques spatialisées ; 2) analyser l'évolution du couvert forestier et de la connectivité depuis la fin des années 1950, à partir d'images aériennes et satellitaires ; 3) identifier les changements dans les pratiques humaines et les représentations de la forêt, des bonobos et de la dynamique de l'habitat à partir d'entretiens, d'observations participantes et d'archives ; 4) évaluer le potentiel de mobilité des bonobos dans ce paysage fragmenté et les conséquences sur la viabilité de la sous-population étudiée ; 5) proposer et promouvoir des solutions durables pour maintenir et améliorer la coexistence homme-bonobo, en tenant compte des besoins humains, des besoins des bonobos, et des politiques de conservation et de stockage du carbone. Nous mènerons ce projet dans la province de Maï-Ndombe où le coordinateur de la proposition FRAGPAN a 15 ans d'expérience, en partenariat étroit avec l'ONG locale Mbou-Mon-Tour. Notre cadre théorique est basé sur la résilience des SES, qui nous permet de mieux comprendre les changements dans les systèmes complexes et d'orienter la gouvernance. Au-delà de notre zone d'étude, nous nous attendons à ce que nos résultats contribuent à la stratégie de conservation du bonobo sur l'ensemble de son aire de distribution, à la conservation d'autres espèces de grands singes et plus généralement à la compréhension de l'impact de la fragmentation forestière sur la dispersion des animaux.

Coordination du projet

Victor NARAT (Eco-Anthropologie)

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenariat

EA Eco-Anthropologie

Aide de l'ANR 352 644 euros
Début et durée du projet scientifique : février 2024 - 48 Mois

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