Développer une approche matérielle pour modéliser l’impact de la Conquête et de la colonisation sur les populations andines, africaines et afro-descendantes du nord du Pérou (XVIe – XVIIIe siècles) – MICA
Dans le continent sud-américain, la colonisation a dès le début du XVIe siècle introduit des changements profonds dans l’organisation des sociétés préhispaniques de l’Aire Andine Centrale, correspondant au Pérou actuel. Ces changements ont concerné les modes de vie de ces populations, bouleversés par les déplacements forcés, tout comme leurs pratiques économiques et culturelles par l’imposition de composantes de la société européenne telles que le culte chrétien. Les populations andines ont néanmoins perpétué de nombreuses coutumes anciennes, par des processus de résistance conduisant à un syncrétisme entre traditions préhispaniques et européennes. Ce syncrétisme s’est aussi produit à travers les contacts entre populations andines et communautés d’esclaves africains et afrodescendants, amenés de force sur les côtes péruviennes depuis le début du XVIème siècle. La Période Coloniale apparaît ainsi comme un moment clé de l’histoire de l’Aire Andine, mais elle est le plus souvent abordée à travers la discipline historique et l’étude des archives écrites par l’administration coloniale. L’histoire qui est faite de cette période est donc surtout une histoire politique et économique écrite du point de vue espagnol, laissant peu de place au quotidien, aux expériences vécues et aux processus de négociation des populations andines, africaines et afrodescendantes avec les normes européennes.
Le projet MICA vise à bousculer l’état actuel de la recherche en apportant des hypothèses novatrices sur l’histoire des populations anciennes de la côte nord du Pérou. Cette région est un cas d’étude majeur pour étudier la transition entre la période préhispanique et coloniale, qui a vu l’installation de plusieurs Ordres religieux fondant des églises et des villages où ont coexisté les populations espagnoles, andines, africaines et afrodescendantes. Dans cette région, l’archéologie coloniale est une discipline naissante, qui grâce à une approche matérielle et multiscalaire aborde les relations entre européens et populations andines. Ces recherches mettent en évidence la continuité de pratiques préhispaniques, tout en témoignant de processus d’ethnogenèse. Toutefois, se concentrant le plus souvent sur la fouille de contextes rituels, peu de connaissances scientifiques existent sur le quotidien des populations andines, et encore moins sur celui des esclaves qui restent les grands oubliés de cette recherche. En omettant l’étude des relations entre communautés andines et africaines, ces recherches peinent à illustrer dans quelle mesure leurs interactions ont contribué à façonner l’identité nationale péruvienne. Le projet MICA propose d’étudier pour la première fois trois sites fondés au XVIème siècle dans la vallée de Jequetepeque, pour définir l’impact du régime colonial sur les pratiques domestiques, sociales, économiques et culturelles des populations andines, africaines et afrodescendantes durant le premier siècle de la colonisation. A travers une approche matérielle, fondée sur la fouille archéologique des églises Anlape et Omnep, des secteurs d’habitat associés, ainsi que de San Pedro de Lloco, première ville fondée dans la vallée, il s’agira de confronter les connaissances historiques pour la période et de replacer dans ce discours la perspective des communautés andines, africaines et afrodescendantes. Ce projet s’appuie sur une solide collaboration internationale entre des institutions européennes, péruviennes et nord-américaines, et se distingue par son caractère hautement pluridisciplinaire en réunissant des chercheurs issus de la discipline archéologique, historique et anthropologique. Le projet contribuera à fonder une méthode réplicable d’étude des vestiges coloniaux, adaptée aux enjeux du contexte andin. La particularité de cette recherche tient également à sa réalisation dans un contexte urbain, rendant essentiel de coupler cet intérêt scientifique à un projet social, culturel et économique avec les autorités et les populations locales.
Coordination du projet
Espinosa Alicia (Archéologie des Ameriques)
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Partenariat
ARCHAM Archéologie des Ameriques
Aide de l'ANR 192 950 euros
Début et durée du projet scientifique :
- 24 Mois