La mise en actif de la ville: les effets des marchés de capitaux frontaliers sur le développement urbain dans les pays du Sud – Securitizing City-Building
Depuis le début du nouveau millénaire, des centres financiers alternatifs ont commencé à émerger dans le Sud en esquissant un nouveau rôle pour les bourses nationales dans le développement des villes. Pourtant, ces transformations sont largement sous-analysées par les recherches en géographie urbaine, qui ont concentré leurs analyses critiques sur le Nord. Par l’étude comparative de cinq centres financiers alternatifs et l’analyse des instruments, experts et dispositifs qui contribuent au développement de bourses de valeurs dans les pays du Sud, ce projet de recherche examine un changement potentiellement historique de la géographie des centres financiers mondiaux?. L'objectif de cette recherche est de déterminer comment et dans quelle mesure les nouveaux centres financiers du Sud sont en train d'émerger. Il s’agit d'analyser les effets de leurs innovations financières nationales sur le développement des villes au Sud.
En menant une enquête empirique et ethnographique de cinq centres financiers alternatifs et de leurs marchés de capitaux - Bogotá (Colombie), Abidjan (Côte d'Ivoire), Nairobi (Kenya), Mumbai (Inde), Phnom Penh (Cambodge) - ce projet de recherche examinera la circulation de la « securitization of city-building » des anciens centres financiers du Nord vers les centres alternatifs du Sud. En combinant l'analyse anthropologique des dispositifs financiers avec une approche géographique pour comprendre la formation des villes mondiales, cette recherche sera la première à effectuer une comparaison relationnelle des effets urbains des bourses du Sud.
Pour analyser ces processus financiers inédits, développer et tester ses hypothèses initiales sur leurs effets urbains, ce projet s'appuie sur trois corpus de littérature distincts. Premièrement, les connaissances de la géographie économique sur la formation des réseaux de villes mondiales permettront d'analyser l'évolution des centres financiers alternatifs et leur insertion dans des réseaux de villes du Sud qui se forment à l'échelle mondiale. Cette approche permettra de déterminer si les fonctions de « commandement et de contrôle » de la finance migrent vers le Sud par des échanges indépendants d'actifs, d'expertise et de dispositifs de la production urbaine entre les centres financiers du Sud, ou si les circuits d'échange restent liés aux centres financiers du Nord et contrôlés par eux. Deuxièmement, l'anthropologie économique permettra une analyse de la traduction des dispositifs financiers aux milieux culturels du Sud à une échelle méso, entre le global et le local. Cette recherche analysera les liens éventuels aux dispositifs financiers euro-américains pour déterminer si et comment ils ont donné lieu à des innovations financières urbaines au Sud. Troisièmement, ce projet de recherche s'appuie sur la géographie urbaine et l’anthropologie urbaine pour analyser les effets de ces innovations à l'échelle urbaine. Comment, et dans quelle mesure, la mise en actif des villes transforme-t-elle l'expérience des habitants et la forme urbaine ?
Ce projet soutient que l'utilisation de « la financiarisation » pour expliquer le changement des centres financiers dans le Sud se heurte à des limites : en mettant en avant les dénonciations morales et les sentiments anti-financiers des universitaires euro-américains, elle occulte les techniques, les territoires et les raisonnements propres au développement de la finance au Sud. Ce projet de recherche se concentre donc sur une pratique et un concept - la sécurisation - qui anime les efforts des professionnels de la finance au Sud pour construire des centres financiers alternatifs, ainsi que sur ses effets localisés sur les villes du Sud. Au-delà des innovations conceptuelles entraînées par la mise en relation des littératures anthropologique et géographique pour étudier un processus émergent, ce projet développera une approche méthodologique pour la comparaison de la sécurisation de la construction des villes à l'échelle mondiale.
Coordination du projet
James Christopher MIZES (Laboratoire techniques territoires sociétés)
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Partenariat
LATTS Laboratoire techniques territoires sociétés
Aide de l'ANR 182 962 euros
Début et durée du projet scientifique :
- 24 Mois