Déterminants de santé des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, transexuelles et autres – Hope-LGBT
Les déterminants de la santé psychologique des familles LGBT+
A ce jour, les connaissances existantes sur les personnes LGBT+ proviennent essentiellement de la littérature Nord Américaine, et se centrent sur les jeunes LGB. Or, nous disposons de peu de connaissances concernant la santé psychologique des parents de jeunes LGBT+, des enfants ayant des parents LGBT+, ou encore des parents LGBT+, et cela à fortiori en France. Notre projet avait pour objectif de combler ces manques de la littérature en s'intéressant à ces différentes populations.
Notre objectif était d'étudier les déterminants de la santé psychologique des personnes LGBT+ (jeunes ou parents) et de leurs proches (enfants ou parents).
Les personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, transgenres et les autres minorités sexuelles et de genre (p.ex., queer, asexuelles, intersexuées) ont toujours été marginalisées au sein de la société en raison de leur identité de genre, et/ou leur orientation sexuelle, différentes de celles de la majorité de la société qui les entoure. À titre d'illustration, 80 % des adolescents LGBT ont déclaré avoir été victimes d'intimidation ou de harcèlement par leurs pairs. En outre, malgré les évolutions législatives présentes dans de nombreux pays, les discriminations vécues par les jeunes LGBT restent très élevées au fil des années. Selon le modèle du stress minoritaire (MSM ; Meyer, 2003), la démultiplication de ces discriminations serait génératrice de stress et viendrait détériorer la santé mentale des personnes LGBT+. Deux périodes sont particulièrement critiques et stressantes pour les personnes LGBT+ : la révélation de leur orientation sexuelle et/ou identité de genre et l’accès à la parentalité. Concernant la révélation de leur orientation sexuelle et/ou identité de genre, de nombreuses études ont montré que c’est une annonce qui peut être difficilement vécue par les parents, et que le rejet parental est associé à une grave détérioration de la santé des jeunes. A l’inverse, les adolescents LGBT+ qui perçoivent leurs parents comme soutenants déclarent être en meilleure santé que les adolescents LGBT+ dont les parents ne leur apportent pas ce soutien. Bien que les liens entre le soutien parental et la santé mentale des enfants LGBT+ soient désormais bien établis, la plupart des études s’appuient sur les déclarations des jeunes eux-mêmes, souvent rétrospectives, sans tenir compte de la perception de leurs parents. Concernant les parents LGBT+, bien que nous disposions de quelques données à l’international, l’étude des facteurs associés à la santé mentale des parents LGBT+ a été sous explorée dans les études françaises. Notre programme de recherche intitulé « Hope LGBT+ » avait pour objectif de combler ces manques de la littérature en étudiant les facteurs impliqués dans la santé psychologique des personnes LGBT+ et de leurs proches.
Pour atteindre cet objectif quatre études ont été conduites.
La première s’est intéressée à la santé psychologique des jeunes LGBT+, ainsi qu’à celle de leurs parents, au travers d’un questionnaire en ligne qui a été rempli par le jeune et son parent, séparément. Le rôle de différents facteurs personnels (p.ex., traits de personnalité, raisonnement) et interpersonnels (p.ex., stigmatisation, soutien social), sur plusieurs indicateurs de santé (p.ex., anxiété, dépression, bien-être), a été étudié. Dans cette étude, 107 jeunes et 167 parents ont été interrogés.
Notre deuxième étude s’est centrée sur les jeunes LGBT+. Elle visait à compléter les données quantitatives recueillies dans le cadre de l’étude 1, en évaluant des construits similaires à l’étude 1, mais au travers d’entretien semi-directifs. Ces derniers ont été conduits auprès de 37 jeunes LGBT+.
Notre troisième étude s’est intéressée quant à elle à la santé psychologique des parents LGBT+. A nouveau, le rôle de différents facteurs personnels et interpersonnels sur plusieurs indicateurs de santé (p.ex., burnout parental) a été étudié. Pour cela, 247 parents LGBT+ ont été interrogés.
La quatrième étudie visait quant à elle à mesurer les facteurs impliqués dans la santé psychologique des jeunes enfants ayant au moins un parent LGBT+. Pour atteindre cet objectif, 38 enfants âgé.e.s de 7 à 10 ans ont été interrogés, ainsi qu’au moins un de leur parent.
Concernant les parents de jeunes LGBT+, les résultats de notre étude montrent notamment l’importance les liens entre leur santé psychologique, leur biais de raisonnement, leur niveau de soutien social perçu et leur niveau d’acceptation parentale. Plus précisément, nos résultats démontrent que chez les parents de jeunes LGBT+, prendre conscience de leurs biais de raisonnement à l’égard des personnes LGBT+ peut être protecteur pour la santé mentale du parent et de son enfant. Par conséquent, s’informer sur les réalités vécues par les personnes LGBT+, comprendre leurs luttes et déconstruire ses idées reçues est fondamental. Par ailleurs, il apparait que l’acceptation de l’identité LGBT+ de son enfant est à la fois protecteur pour la santé mentale du parent et de son enfant. Accepter l’identité LGBT+ de son enfant implique de pouvoir en discuter avec lui sans jugement, de reconnaitre son identité sans vouloir le changer, de créer un environnement sécurisant notamment en le défendant face à aux discriminations. Enfin, concernant le soutien social perçu, c’est-à-dire le fait de se sentir soutenu en tant que parent ayant un enfant LGBT+, est également crucial. Échanger avec des personnes pouvant avoir des connaissances sur les personnes LGBT+ est essentiel. Par ailleurs, échanger avec d’autres parent ayant un enfant LGBT+ peut être particulièrement aidant.
Concernant les parents LGBT+, nos résultats montrent que les parents interrogés présentent une meilleure santé psychologique que les normes observées dans la population générale. Nos analyses mettent en lumière plusieurs facteurs associés à la santé psychologique des parents LGBT+ tels que l’usage de pratiques parentales soutenantes et cohérentes, le fait d’avoir un bon ajustement du couple ou encore le fait d’avoir une image positive de soi en tant que parent LGBT+ et de son groupe d’appartenance. Par ailleurs, nos analyses mettent en évidence des liens négatifs et forts entre la stigmatisation perçue et intériorisée, et la santé psychologique des parents LGBT+ (p.ex., symptômes anxieux et/ou dépressifs, burnout parental).
Enfin, concernant les jeunes enfants (7 à 10 ans) ayant des parents LGBT+, notre dernière étude a pu montrer que ces derniers présentaient des niveaux d’anxiété plus importants que ceux observés chez les enfants français de manière générale, mais que ces derniers avaient un niveau de bien-être similaire aux autres enfants. Nos analyses montrent que l’anxiété est majoritairement associée à la stigmatisation familiale perçue par les enfants.
La conduite de ce projet de recherche nous a amené à nous interroger sur la spécificité des personnes LGBT+ en comparaison à d’autres configurations familiales pouvant être touchées par la stigmatisation. Par exemple, l’étude des déterminants de santé des familles ayant un membre présentant une schizophrénie, un trouble du spectre de l’autisme, ou encore un trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité, dans une perspective dyadique, et en accordant un rôle central à la stigmatisation, est un champ de recherche sous exploré à ce jour. Pourtant, ces différentes configurations familiales peuvent être fortement exposées à la stigmatisation, et cela à la fois pour la personne concernée, mais aussi pour leurs proches. En effet, ces différents troubles sont souvent stigmatisés, et de nombreuses idées reçues sur ces troubles identifient les parents comme étant « responsables » du trouble de l’enfant.
La construction d’une identité LGBT+ implique des périodes de négociation avec soi-même, sa famille et avec la société. Cela peut conduire à des crises qui peuvent être préjudiciables pour la santé des personnes LGBT+. Deux périodes sont particulièrement à risque : la révélation de son orientation sexuelle et l'accès à la parentalité. Et en même temps, ces deux périodes peuvent aussi favoriser leur développement personnel (p.ex., «stress-related growth» et «coming-out growth»). Pourtant, peu de recherches se sont intéressées aux facteurs de résilience des personnes LGBT+. Cette proposition vise donc à décrire, analyser et comprendre les facteurs et déterminants de la santé des personnes LGBT+, ainsi que leurs interactions et leurs effets combinés (notamment à travers la réalisation de modèles d'équations structurelles). Cette proposition inclut différentes méthodes innovantes et complémentaires (p. ex., analyses dyadiques, observations, entretiens familiaux) qui nous permettront d'avoir une vision globale et originale de la santé psychologique des personnes LGBT+. Deux axes de recherche seront privilégiés. Le premier, intitulé "Déterminants de santé des jeunes LGBT+ et de leurs parents" et le second "Déterminants de santé des parents LGBT+ et de leurs enfants". Nous émettons l'hypothèse que les issues de santé des personnes LGBT+, positives (p. ex., le bien-être) ou négatives (p. ex., l'anxiété), dépendront de 1) variables relationnelles (p.ex., fonctionnement familial), 2) de caractéristiques de la personne LGBT+ (p.ex., niveau de divulgation, biais de raisonnement, trait de personnalité), 3) de caractéristiques du proche (p.ex. biais de raisonnement, trait de personnalité) et 4) de l'intéraction des caractéristiques des deux membres de la dyade.
Ce projet fera appel à des concepts issus de la psychologie de la santé (e.g., ajustement), de la psychologie sociale (e.g., stigmatisation), de la psychologie clinique (e.g., santé psychologique et bien-être), de la psychologie cognitive (e.g., biais de raisonnement cognitif), et de la psychologie du développement (approche familiale adaptée aux différentes étapes de la vie). Ces différentes contributions disciplinaires et méthodologiques nous permettront de mener un projet innovant, et d'identifier les médiateurs (rarement voire jamais étudiés jusqu'à présent) de la relation entre la stigmatisation (e.g., stéréotype, discrimination) et la santé mentale (e.g., anxiété, bien-être) chez les personnes LGBT+ et leurs proches. Il mobilisera plusieurs méthodes innovantes et complémentaires qui nous permettront d'avoir une vision globale et originale de la santé psychologique des personnes LGBT+ et de leurs proches. Pour ce faire, nous réaliserons des analyses dyadiques, afin d'étudier l'influence de l'expérience d'un individu sur celle d'un autre (Kenny et al., 2020), en partant du principe que les membres d'une dyade (par exemple, parent et enfant) sont interdépendants. À ce jour, ces analyses ont rarement été menées auprès des personnes LGBT+. En outre, les relations parents-enfants seront évaluées par une mesure observationnelle des interactions sociales au sein de la dyade (Eyberg et al., 2013). À notre connaissance, cette méthode n'a jamais été utilisée pour étudier la communication et l'ajustement dans les familles LGBT+. Enfin, une partie de notre projet consistera en un suivi longitudinal d'un an, afin de mieux comprendre les changements dans le temps, étant donné que la plupart des études réalisées jusqu'à présent comportaient un design transversal et des mesures rétrospectives.
Coordination du projet
Elodie CHARBONNIER (Activités Physiques et Sportives et processus PSYchologiques: recherches sur les Vulnérabilités)
L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.
Partenariat
APSY-v Activités Physiques et Sportives et processus PSYchologiques: recherches sur les Vulnérabilités
Aide de l'ANR 182 128 euros
Début et durée du projet scientifique :
- 36 Mois