ASTRID - Accompagnement spécifique des travaux de recherches et d’innovation défense 2022

Développement d'inhibiteurs d'entrée contre les infections par le virus de la fièvre hémorragique de Crimée-Congo (CCHFV) – CCHFVstop

Résumé de soumission

Partout dans le monde, les maladies infectieuses transmises par les tiques sont en augmentation, en raison de l'expansion géographique de ces dernières. Le virus de la fièvre hémorragique de Crimée-Congo (CCHFV) est un virus de la famille des Nairoviridae transmis par les tiques et constitue une menace importante pour la santé publique. Il est responsable de graves fièvres hémorragiques associées à des taux de létalité élevés (10-40%), une transmission d'homme à homme possible et une absence d'options thérapeutiques approuvées ou de vaccins homologués aux États-Unis et dans l'Union européenne. Jusqu'à il y a quelques années, aucun cas de CCHFV n'avait été signalé en Europe occidentale. Cependant, les taux élevés de séroprévalence chez les animaux sauvages et la détection de multiples souches du CCHFV chez des tiques en Espagne suggèrent que le cycle enzootique du CCHFV s'est déjà établi dans certaines régions du sud-ouest de l'Europe.
L'inhibition de l'entrée virale, en ciblant des composants liés à l'hôte ou au virus est considérée comme une stratégie attrayante pour prévenir et traiter les infections par le CCHFV. Récemment, nous avons identifié les épitopes et le mécanisme de neutralisation de deux anticorps isolés de patients. Combinés, ils confèrent une protection dans un modèle animal d’infection par le CCHFV. Ces anticorps ciblent la glycoprotéine Gc du CCHFV, une protéine de fusion pH-dépendante de classe II : l’un des anticorps se lie aux boucles de fusion et empêche leur insertion dans les membranes cibles et tandis que l'autre se lie à la base du domaine DII de Gc, bloquant sa trimérisation. Ces deux évènements moléculaires étant essentiels à la fusion membranaire, ces données identifient des sites de vulnérabilité qui en font des cibles attractives pour le développement d’antiviraux.
En se basant sur nos structures 3D de Gc, CCHFVstop vise à inventer des miniprotéines ligands très stables qui inhibent l'entrée du virus de la même manière que les anticorps neutralisants. CCHFVstop utilisera une approche interdisciplinaire alliant des études in silico de conception et d'arrimage moléculaires de ligands, des informations structurales sur les complexes Gc-ligand, des criblages in vitro via des tests de présentation en levure, et une évaluation finale en tests de fusion cellule-cellule et d'infection utilisant des VLP de CCHFV ou utilisant du virus authentique.
En outre, CCHFVstop s'intéressera aux premières étapes de l'entrée du CCHFV dans les cellules hôtes. L'attachement et l'entrée des virus enveloppés dans les cellules est initié par la liaison des glycoprotéines d'enveloppe (GP) aux récepteurs situés à la surface des cellules. À ce jour, ni les récepteurs du CCHFV, ni les cofacteurs d'entrée et leurs interfaces avec les GPs n'ont été déterminés.
Le projet CCHFVstop identifiera donc ces déterminants de l'invasion des cellules hôtes par le CCHFV. Des approches de gain et/ou de perte de fonction seront utilisées pour effectuer un criblage des facteurs hôtes fonctionnellement impliqués dans l'entrée des cellules du CCHFV. Ces études permettront de savoir si le CCHFV utilise un ou plusieurs récepteurs spécifiques, ce qui permettra d’identifier les voies d'entrée du CCHFV. Ces molécules représentent en effet des cibles thérapeutiques supplémentaires qui pourraient être utilisées pour contrôler l’infection par le CCHFV. Les interactions entre les récepteurs identifiés et le CCHFV seront étudiées à l'aide de méthodes computationnelles, de tests de liaison et d'infection in vitro combinés à de la mutagenèse afin d'identifier d'autres sites de vulnérabilité qui pourront ultimement être ciblés par la même approche que celle décrite pour la conception des inhibiteurs de fusion.
Globalement, le projet CCHFVstop permettra de mettre au point de nouveaux médicaments à base de ligands mini-protéiques ciblant l'entrée du CCHFV et de découvrir de nouvelles cibles thérapeutiques agissant sur le stade précoce de l'infection.

Coordination du projet

François-Loic Cosset (CENTRE INTERNATIONAL DE RECHERCHE EN INFECTIOLOGIE)

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenariat

CIRI CENTRE INTERNATIONAL DE RECHERCHE EN INFECTIOLOGIE
P4 Jean Mérieux Laboratoire P4 Jean Mérieux-Inserm
VIST Unité de Virologie Structurale, Département de Virologie

Aide de l'ANR 299 160 euros
Début et durée du projet scientifique : - 36 Mois

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