TRAvail, Santé, Social : les professionnalités d’intérêt général dans les centres de santé – TRASS
Avant même que la pandémie de la Covid-19 ne vienne mettre le système de soins français dans un état de tension inédit, celui-ci devait affronter plusieurs défis. Dans la perspective d’une réorganisation des soins primaires, l’articulation entre système hospitalier et soins de ville, la résorption des déserts médicaux ou encore les aspirations des nouvelles générations à travailler en équipe figurent parmi les plus saillants. Face à ces enjeux, plusieurs expériences d’organisations collectives prétendent apporter une réponse. En tant que structures de soins pratiquant le tiers payant et où les professionnels de santé sont salariés, les centres de santé développent notamment, à l’aide de « nouveaux » métiers, des actions de santé publique pour contrebalancer les effets inégalitaires avérés du modèle libéral dominant. Puisque les centres de santé emploient les soignants sous statut salarial (quand les « maisons de santé » regroupent des libéraux), ces organisations constituent des terrains riches pour analyser le développement de ces métiers, dont certains ont une historicité forte. Dans ce projet, nous proposons d’étudier les recompositions s’effectuant au sein des équipes de soins primaires et d’identifier, le cas échéant, les transformations dans les rapports entretenus avec les acteurs des politiques publiques.
L’objectif du projet est de comprendre l’intégration des métiers de la coordination, du social, du sport et de l’assistance médicale dans les centres de santé et de dessiner les perspectives de déploiement de ces professionnalités mettant en avant une rhétorique d’intérêt général dans un contexte de développement de rémunérations forfaitaires. Il s’agit d’analyser comment le cadre institutionnel et organisationnel infléchit les pratiques de travail. Cette entrée multiple permet d’étudier dans une même structure comment les professionnalités de l’assistance médicale, de la coordination, du travail social et du sport diffèrent selon le statut, les pratiques ou l’usage des locaux. L’enquête empirique est basée sur des méthodes mixtes : qualitatives, quantitatives et documentaires. L’enquête qualitative par entretiens semi-directifs et observations au sein d’un échantillon de centres de santé aux statuts variés est complétée par une revue de littérature et une veille documentaire ainsi que par un travail économétrique sur les données administratives des centres de santé. Cette recherche menée par des sociologues, politistes et économistes permet de tester deux hypothèses. Au niveau micro-sociologique, l’hypothèse centrale interroge le processus qui conduit au développement de ces métiers au sein des centres de santé. Notre hypothèse est que celui-ci consiste en une internalisation de prestations habituellement externalisées (H1). Nous utiliserons les instruments de la sociologie du travail et des professions pour analyser ce processus interne aux centres de santé et ses répercussions sur leur environnement. Parce qu’il opère un tel déplacement de l’extérieur de la structure vers son intérieur, ce processus transforme la place des centres de santé dans le système de santé. Cela conduit à formuler une seconde hypothèse, aux niveaux méso et macro-sociologique. Elle concerne la transformation de la gouvernance des centres de santé sous l’angle des politiques publiques territoriales. Nous faisons l’hypothèse que le développement de ces nouveaux métiers contribue à une politique de santé publique territorialisée, de type populationnelle (H2). Mobilisant une sociologie de l’action publique, elle permettra d’interroger l’intégration territoriale et les coopérations résultant de ces professionnalités.
Coordination du projet
Nadège Vezinat (Centre de Recherches Sociologiques et Politiques de Paris - CRESPPA)
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Partenariat
CRESPPA Centre de Recherches Sociologiques et Politiques de Paris - CRESPPA
Aide de l'ANR 338 311 euros
Début et durée du projet scientifique :
décembre 2021
- 48 Mois