Le télétravail pendant et après la pandémie de covid-19 : déterminants, conséquences et rôle du dialogue social – TELEWORKING
Pour mesurer ce qui est “faisable”, nous utilisons des enquêtes détaillées sur le contenu des emplois (type de tâches, usage des outils numériques, interactions, travail physique, etc.) menées depuis 1991 en France. À l’aide de méthodes de machine learning, nous construisons un indicateur de “télétravaillabilité” des emplois : pour chaque profession et chaque année, nous estimons la probabilité qu’un poste puisse être exercé depuis le domicile. En parallèle, des enquêtes sur l’emploi et des données issues des employeurs nous indiquent qui télétravaille réellement et à quelle fréquence.
Dans un deuxième volet, nous exploitons le déploiement progressif de la fibre optique sur le territoire français comme une “expérience naturelle” : certaines communes ont été raccordées plus tôt que d’autres. En comparant l’évolution du télétravail et des trajectoires d’emploi entre ces territoires, nous pouvons isoler l’effet du travail à domicile de celui d’autres facteurs. Les données mobilisées couvrent l’ensemble du pays et plusieurs années avant et après la crise du Covid, ce qui permet d’étudier les effets dans la durée.
Les résultats montrent d’abord que la proportion d’emplois techniquement télétravaillables a fortement augmenté en France : d’environ 14 % en 1991 à 45 % en 2021, mais que, jusqu’à la crise du Covid-19, le télétravail effectif représentait moins d’un cinquième de ce potentiel, et reste encore en dessous en 2021.
Cela signifie que les principaux freins au télétravail ne sont pas techniques mais organisationnels, liés aux pratiques de management, aux règles internes ou à la négociation collective. Les emplois des salariés les moins qualifiés sont, pour beaucoup, télétravaillables depuis longtemps, mais ces salariés ont très peu bénéficié du télétravail avant la crise, et restent loin de leur “plein potentiel” pendant celle-ci.
Le projet a donné lieu à une première publication internationale (Journal of Economic Behavior & Organization) qui documente pour la première fois l’évolution de la télétravaillabilité des emplois en France sur plus de trente ans, ainsi qu’à un document de travail fournissant des estimations causales de l’impact du télétravail sur les trajectoires d’emploi à partir de données couvrant l’ensemble du territoire.
D’autres articles sont en préparation, et les indicateurs de télétravaillabilité construits dans le cadre du projet ont vocation à être diffusés pour être réutilisés par la communauté scientifique et les acteurs publics.
La pandémie de covid-19 a été à l’origine d’une adoption massive du télétravail, qui a probablement jeté les bases d’un « new deal » des conditions de travail, avec des effets de long terme. Le projet se propose de mieux comprendre les causes et les conséquences de cette extension du télétravail, à la fois dans le contexte et les conditions de travail spécifiques à la pandémie de 2020, et par la suite. La première partie du projet identifiera les activités qui peuvent être télétravaillées et cherchera à expliquer, parmi ces activités, les différences d’adoption effective du télétravail entre les entreprises et les salariés. Au-delà de l’intérêt intrinsèque de cette analyse, un des objectifs en est d’identifier des sources de variation qui ne soient pas liées à la productivité des entreprises ou à la satisfaction au travail des salariés, et qui pourront être utilisées dans une seconde étape pour évaluer les effets du télétravail : sur les entreprises d’une part, sur les salariés et salariées d’autre part (satisfaction au travail, conciliation vie familiale-vie professionnelle, inégalités femmes/hommes...). Une troisième étape analysera les déterminants du maintien et du succès du télétravail après la crise sanitaire.
Coordination du projet
Thomas Breda (Ecole d'économie de Paris)
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Partenariat
EEP Ecole d'économie de Paris
Aide de l'ANR 291 132 euros
Début et durée du projet scientifique :
septembre 2021
- 42 Mois