Liaison carbone-carbone par couplage cationique – CatCoupling
Réinventer les réactions entre carbocations et alcynes
Ce projet a développé de nouvelles réactions permettant de construire des molécules carbonées complexes à partir de carbocations très réactifs et d’alcynes. Il a proposé des méthodes plus efficaces, sélectives et durables pour la synthèse organique, avec un fort potentiel en chimie fine et pharmaceutique.
Créer des liaisons carbonées difficiles par des voies plus propres et plus sélectives
La création de liaisons carbone–carbone encombrées reste un défi majeur en chimie organique. Le projet CatCoupling s’est attaché à explorer de nouvelles stratégies reposant sur des carbocations tertiaires très réactifs pour former des motifs carbonés denses à partir d’alcynes silylés. Ces transformations offraient une alternative originale pour la synthèse des centres quartenaires (Carbon avec quatre substituents) aux méthodes classiques, souvent limitées par un manque de sélectivité ou l’usage des métaux rares. L’objectif principal consistait à élargir et comprendre la portée de ces réactions de couplage cationique, à optimiser leur sélectivité — en particulier la diastéréosélectivité — et à identifier les paramètres qui gouvernent leur mécanisme. Des calculs DFT ont appuyé cette démarche en éclairant les étapes clés et en permettant de proposer des voies réactionnelles plausibles. Parallèlement à l’axe central consacré au couplage cationique, le projet a développé des méthodes plus durables pour préparer des intermédiaires essentiels. Nous avons ainsi mis au point : – une méthode innovante d’hydrochlorination en solution utilisant l’acide chlorhydrique liquide, évitant le recours au gaz HCl pour la formation de chlorures tertiaires ; – une voie plus sûre vers les alcynes TMS, grâce au remplacement du solvant cancérogène HMPA par le DMPU ; – des outils RMN simples permettant d’attribuer la stéréochimie de cyclohexanes disubstitués, y compris dans des mélanges difficiles à séparer. Au fur et à mesure de l’avancement du projet, l’étude du couplage cationique a naturellement conduit à explorer deux autres réactions électrophiles avec les alcynes : – la formation d’alkynones, rendue possible par une activation catalytique au fer(III) en présence d’anhydride acétique, en remplacement de méthodes plus toxiques ; – la synthèse sélective d’alkényl chlorures, utiles comme points d’entrée pour des transformations ultérieures en chimie de couplage.
Le projet s’est appuyé sur une approche combinant expérimentation et modélisation. Les réactions ont été développées à partir de carbocations générés de manière contrôlée, ensuite mis en réaction avec des alcynes silylés pour créer de nouvelles liaisons carbone–carbone. L’optimisation des conditions réactionnelles (température, catalyseurs, solvants) a permis d’accroître la compatibilité fonctionnelle et la sélectivité.
Pour remplacer des procédés anciens reposant sur des métaux rares, nous avons exploré l’usage de catalyseurs à base d'aluminium, fer ou d’indium. Des méthodes analytiques simples — en particulier la RMN du carbone — ont servi à attribuer la stéréochimie dans des cas où les mélanges étaient difficilement séparables.
Enfin, des calculs DFT menés en collaboration internationale (Dr. Kai Ylijoki) ont apporté une compréhension précise de la réactivité observée et ont guidé l’identification de transformations inédites.
Le projet a conduit à plusieurs avancées significatives :
– Réactivité élargie des carbocations tertiaires
L’étude a mis en évidence la formation de centres quaternaires, des réactions très diastéréosélectives et même une activation C–H inattendue conduisant à un cyclobutène fusionné. Ces résultats ont étendu la portée des travaux pionniers de Capozzi.
– Nouvelles méthodes catalytiques
Une synthèse d’alkynones utilisant du fer(III) catalytique et de l’anhydride acétique a été développée, remplaçant des procédures requérant des solvants toxiques et des acylants corrosifs.
– Synthèse sélective d’alkényl chlorures
Deux procédés complémentaires basés sur le fer(III) ou l’indium(III) ont permis d’obtenir uniquement des dérivés E-configurés. Ces produits se sont révélés facilement convertibles en alcynes, alcènes trisubstitués ou α-bromo-cétones.
– Substitution HMPA-free
Un protocole remplaçant le solvant cancérogène HMPA par le DMPU a été établi pour préparer des alkynes TMS avec de très bons rendements.
– Attribution stéréochimique simplifiée par RMN
Une méthode basée sur l’identification des carbones méthyles par HSQC, combinée à une analyse conformationnelle, a facilité l’attribution de diastéréomères même dans des mélanges non séparables.
– Avancées en hydrochlorination
Une méthode pratique d’hydrochlorination utilisant l’acide chlorhydrique en solution a été mise au point, démontrée jusqu’à l’échelle molaire, et a conduit au dépôt d’un brevet.
Les résultats du projet ont ouvert diverses perspectives de recherche et d’application :
– l’extension des réactions de couplage cationique à de nouveaux types d’alcynes, de carbocations et de motifs carbonés difficiles d’accès ;
– le développement futur de réactions sélectives en conditions plus douces pour accéder à des architectures complexes d’intérêt pour la chimie médicinale ;
– la poursuite de procédés durables basés sur des catalyseurs abondants ou sur l’évitement de solvants toxiques ;
– des perspectives industrielles, notamment pour l’hydrochlorination « en solution », déjà testée à grande échelle ;
– la généralisation des outils NMR développés pour l’attribution de stéréochimie dans des systèmes cycliques variés ;
– l’exploration de nouvelles réactions d’activation C–H inspirées des résultats obtenus avec les carbocations tertiaires.
Ces perspectives témoignent de l’impact du projet et de son potentiel à inspirer de nouvelles stratégies pour la synthèse organique durable.
Selon les ouvrages de chimie organique, la réaction de substitution nucléophile bimoléculaire (SN2) est limitée aux électrophiles primaires et secondaires. Pour les électrophiles tertiaires, sur la base d’arguments stériques, seul le mécanisme SN1 est applicable, résultant généralement en une perte de l’information stéréochimique au niveau du carbone impliqué. Cependant, une recherche bibliographique montre qu’il existe quelques exceptions à cette règle, dans le cas de nucléophiles contenant des hétéroatomes. Nous proposons ici de réaliser, dans des conditions bien définies, des réactions de substitution d’électrophiles tertiaires par des réactifs organométalliques avec inversion de configuration. Ces réactions ne font pas partie à l’heure actuelle du répertoire de synthèse organique, alors qu’elles offrent un potentiel exceptionnel pour résoudre d’importants défis dans la construction de molécules organiques complexes. Le projet CatCoupling vise des recherches fondamentales variées concernant l’interaction eentre acide de Lewis, groupe partant et réactif organométallique, la stéréochimie impliquée dans ces processus, et le développement d’approches rationnelles vers l’identification de nouvelles réactions. La réalisation de ce projet fera progresser l’utilisation de réactifs organométalliques dans des domaines largement inexplorés de la réactivité chimique. Il en découlera de nouvelles stratégies de synthèse, en particulier pour accéder à des molécules complexes contenant un carbone quaternaire stéréogénique.
Coordination du projet
Daniel Muller (INSTITUT DES SCIENCES CHIMIQUES DE RENNES)
L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.
Partenariat
ISCR INSTITUT DES SCIENCES CHIMIQUES DE RENNES
Aide de l'ANR 202 708 euros
Début et durée du projet scientifique :
janvier 2022
- 48 Mois