Apports méthodologiques aux techniques de monétisation des gains en santé – VHEALTH
VHEALTH
Improvements on valuing gains in health status with stated preferences
Objectives
Le projet vise à faciliter le travail des décideurs publics en France pour attribuer une valeur crédible aux améliorations de santé et de longévité, afin qu’ils puissent comparer des politiques très différentes sur une base commune et orienter des budgets limités vers les actions qui génèrent le plus de bien-être. Nous commençons par développer un cadre théorique permettant d’évaluer des variations « non marginales » des risques de mortalité et de morbidité : des réductions de risque plus faciles à appréhender car exprimées en pourcentages significatifs plutôt qu’en probabilités infimes. Cette étape est importante, car elle met en évidence les situations où les méthodes d’évaluation standard peuvent introduire des biais de manière involontaire. À partir de ce constat, nous concevons une approche par enquête plus robuste : des instruments de préférences déclarées fondés sur des variations de risque non marginales, accompagnés d’une méthode opérationnelle pour corriger (débiaiser) les estimations obtenues de la Valeur d’une Vie Statistique (VVS, ou VSL) et de la Valeur d’un Cas Statistique (VCS, ou VSC). Grâce à ces outils, le projet produit des valeurs monétaires utiles à l’évaluation des politiques de santé et de longévité en France en estimant des bornes inférieure et supérieure, plutôt que de s’appuyer sur un coefficient unique « passe-partout », comme la division de la VSL par les QALY futurs, qui peut supposer une valeur de la santé irréaliste et constante et ignorer la diversité des préférences. Enfin, ce même cadre structure notre travail empirique sur l’hétérogénéité : nous mesurons comment les valeurs évoluent avec l’état de santé et l’espérance de vie « de référence » (baseline), afin que l’évaluation des politiques reflète mieux les différences entre individus et au cours du cycle de vie.
Le projet s’appuie sur une enquête en ligne de préférences déclarées pour mesurer combien les individus sont prêts à payer afin de réduire des risques sanitaires, avec une attention particulière portée à la clarté de la communication des risques et à la crédibilité du cadre d’évaluation. L’enquête prolonge des instruments que nous avions déjà mis en œuvre en France (Hammitt et Herrera-Araujo, 2018) et aux États-Unis (Hammitt et Haninger, 2010). Dans le scénario central, les répondants considèrent un risque hypothétique de mortalité lié aux résidus de pesticides dans l’alimentation et évaluent des réductions de risque obtenues en achetant un produit alternatif fabriqué dans le cadre d’un « système de sécurité des pesticides » supervisé par les autorités publiques, afin de rapprocher l’exercice de contextes de politique publique réalistes et de rendre les arbitrages compréhensibles.
Une part importante du travail a porté sur la conception du questionnaire : définir les informations fournies aux répondants, choisir un véhicule de paiement adapté, expliquer la réduction du risque de façon à la fois exacte et accessible, et sélectionner les niveaux des caractéristiques présentées dans les tâches de choix. Le questionnaire suit une séquence structurée : consentement éclairé (objectifs, durée d’environ 25 minutes, droits relatifs aux données, compensation de la plateforme), questions démographiques utilisées pour la mise en place de quotas, questions d’entraînement pour vérifier la compréhension, élicitation principale de la disposition à payer, puis modules complémentaires et contrôles. Ceux-ci incluent un exercice de standard gamble pour relier les préférences à la valorisation des états de santé, des mesures d’aversion au risque financier, et des questions de suivi visant à évaluer la compréhension et à recueillir des informations socio-économiques.
Un élément central de l’approche est la mesure de l’état de santé de référence, indispensable pour interpréter les différences de valeurs entre individus. Nous recueillons l’état de santé actuel soit via une échelle visuelle analogique (de 0, équivalent à la mort, à 100, pleine santé), soit via l’EQ-5D, qui décrit la santé selon cinq dimensions et peut être converti en un indice de qualité de vie liée à la santé à l’aide de règles de cotation établies. Au fil du projet, la méthode a évolué en renforçant les éléments les plus déterminants pour la validité : explications plus claires des risques et des réductions de risque, meilleure articulation des questions d’entraînement et des vérifications de compréhension, et intégration plus étroite des mesures de santé (VAS et EQ-5D) avec les tâches de préférence (disposition à payer, standard gamble, aversion au risque). Ces ajustements visent à améliorer la compréhension, limiter biais et bruit, et produire des estimations plus utiles pour l’évaluation des politiques publiques.
Au cours du projet, nous avons produit deux résultats scientifiques majeurs et posé les bases d’un programme empirique sur la valorisation de la santé et de la longévité. D’abord, nous avons publié un article évalué par les pairs dans le Journal of Health Economics (avec James K. Hammitt et Christoph Rheinberger) qui développe le modèle théorique au cœur du projet : valoriser des variations non marginales des risques de mortalité et de morbidité. L’article montre que formuler des réductions de risque en pourcentages significatifs peut faciliter la compréhension des répondants, tout en soulignant que cette approche peut générer des biais connus si elle est utilisée sans précaution. Un résultat central est une méthode opérationnelle pour corriger (débiaiser) les estimations de la Valeur d’une Vie Statistique (VVS/VSL) et de la Valeur d’un Cas Statistique (VCS/VSC) lorsque celles-ci sont elicitées à partir de réductions de risque non marginales, avec une preuve de concept fondée sur des données simulées de préférences déclarées (DOI : 10.1016/j.jhealeco.2022.102627 ; prépublication disponible via l’Université Toulouse Capitole, eprint 45295). Ensuite, nous avons conçu et mis en œuvre un instrument d’enquête dédié, adapté aux questions du projet, et l’avons utilisé pour produire des résultats empiriques présentés dans le working paper « Empirical bounds on the value of improved health » (prépublication ouverte sur SSRN, abstract 5105076). Ce document fournit les premiers résultats empiriques issus de notre approche par préférences déclarées et formalise une perspective en « bornes empiriques » pour valoriser les améliorations de santé, particulièrement pertinente en l’absence de marchés pour les réductions de risque de mortalité, ce qui oblige l’évaluation des politiques publiques à s’appuyer sur des méthodes de valorisation non marchandes. L’article est soumis.
Ce projet est motivé par la nécessité des décideurs publiques français de comparer les bénéfices nets de différentes politiques publiques promouvant des gains en santé. En pratique, les décideurs publiques se heurtent au manque de valeurs économiques permettant de monétiser des gains en santé et donc de comparer différentes politiques. Le nombre d’états de santé possibles des individus étant vaste, obtenir ces valeurs est un défi. L’objectif de ce projet de recherche est de relever ce défi, tout en élargissant la frontière de la recherche consacrée à la valorisation des gains en santé. Il consiste deux projets distincts mais complémentaires. Le premier projet propose une méthode de valorisation de gains en santé qui permet de contourner le problème de dimensionnalité dû au vaste nombre d’états de santé. Le deuxième projet cherche à réduire l’effort cognitif et les possibles biais dans les réponses aux enquêtes visant la monétisation de gains en santé.
Coordination du projet
Daniel Herrera (LABORATOIRE D'ECONOMIE DE DAUPHINE)
L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.
Partenariat
LEDA LABORATOIRE D'ECONOMIE DE DAUPHINE
Harvard University - Harvard Chen School of Public Health / Center for Risk Analysis
Environmental Chemicals Agency / Environmental Chemicals Agency
Aide de l'ANR 127 980 euros
Début et durée du projet scientifique :
- 36 Mois