Enseigner la danse en France (XVIIème-XXIème siècles) – ENDANSANT
ENDANSANT Enseigner la danse en France (XVIIe-XXIe siècles)
Le présent projet se concentre précisément sur la figure du pédagogue, les lieux et les conditions de l’enseignement de la danse, sur un temps long, du milieu du XVIIe siècle à nos jours. Si 4 millions des Français de plus de 15 ans pratiquent aujourd’hui la danse, soit trois fois plus qu’il y a 50 ans, il n’existe pas encore d’histoire des pédagogues, ni de la pédagogie de la danse. La place de l’enseignement de la danse à l’université, elle aussi au cœur de tensions, questionnant la légitimité
Écrire une histoire réglementaire et sociale des enseignants en danse autour du triptyque réglementation, identités, modalités d’exercice.
Ce projet s’est appuyé sur l’étude de fonds largement inexploités et a couvert une période allant du milieu du XVIIe siècle à aujourd’hui, en se concentrant sur les dimensions réglementaires et administratives de l’enseignement de la danse. Il a posé les bases d’une histoire de la danse structurée autour de la transmission. Nous avons poursuivi un objectif central : écrire une histoire réglementaire et sociale des enseignant·e·s en danse, en analysant le triptyque réglementation, identités professionnelles et modalités d’exercice. Les recherches ont confirmé que l’histoire des enseignant·e·s est marquée par des conflits révélant leur position au cœur de tensions sociales, entre corps de l’État et corps des élèves. Ces luttes ont éclairé les stratégies professionnelles et les processus de reconnaissance, tout en mettant en évidence des mutations sociales de longue durée. Du déclassement ambigu des maîtres à danser sous l’Ancien Régime à leur insertion dans l’économie du spectacle au XIXe siècle, puis aux tensions entre sport et art au XXe siècle, nous avons montré que ce métier constitue un observatoire privilégié des transformations du travail et des statuts (corporation, académie, profession libérale, fonction publique, auto-entrepreneuriat). Nous avons également contribué à revisiter l’histoire de l’autorité et de l’auctorialité. L’enquête a mis en évidence que la valorisation du chorégraphe s’est en partie construite par séparation d’avec la fonction d’enseignant. L’analyse des écrits de maîtres de danse et des archives professionnelles (SACD, SNAC, SFA) a permis d’interroger l’articulation entre création et transmission et le statut d’auteur d’une technique pédagogique. Nous avons inscrit cette histoire dans une perspective de circulations culturelles. L’étude a souligné le rôle central des enseignant·e·s dans les transferts artistiques et la diplomatie culturelle. Si le cadre retenu a été prioritairement français, l’enquête a contribué à une compréhension internationale de la diffusion des savoirs chorégraphiques. Enfin, le projet s’est inscrit dans une histoire du genre. Nous avons montré que, si la profession a longtemps été pensée au masculin, elle a intégré des femmes dès le XVIIIe siècle de façon plus ou moins visible, tout en leur assignant durablement les fonctions de transmission, moins valorisées que la création. L’analyse des pratiques pédagogiques a également éclairé les rapports de pouvoir, les usages du toucher et du regard, et les cadres dans lesquels ces tensions ont été régulées selon les époques.
Une recherche structurée et ouverte
Le projet s’est organisé autour de trois enquêtes couvrant l’Ancien Régime, le XIXe siècle et les XXe-XXIe siècles. Il a pris pour point de départ le conflit du milieu du XVIIe siècle relatif au statut des maîtres de danse, lorsque certains maîtres parisiens ont cherché à s’émanciper de leur corporation, conduisant en 1661 à la création de l’Académie royale de danse. L’analyse s’est prolongée jusqu’aux débats contemporains, notamment autour du Diplôme d’État, de l’enseignement du hip-hop et de l’évolution des statuts professionnels.
Nous avons adopté une perspective de temps long afin de mettre en évidence les moments de crise et de controverse révélateurs du statut des pédagogues. Les dimensions « identités » et « modalités d’exercice » ont été abordées par des études de cas approfondies. Chaque enquête a été menée en binôme par un·e post-doctorant·e et le ou la responsable scientifique spécialiste de la période, articulant expertise thématique et renouvellement méthodologique.
Une méthode fondée sur l’échange
Le travail s’est appuyé sur des séminaires semestriels réunissant l’équipe scientifique, les institutions partenaires (BnF, CND, Archives nationales) et des représentant·e·s du secteur. Chaque année, une journée d’études publique a associé chercheur·se·s et praticien·ne·s dans une logique de dialogue entre analyse historique et expérience professionnelle, prolongeant les démarches de recherche-action. Ces rencontres ont favorisé une approche comparatiste et une réflexion sur les circulations internationales des savoirs pédagogiques.
Une médiation intégrée à la recherche
La médiation a constitué un axe structurant du projet. Des séminaires publics, ateliers universitaires et ateliers « danse-histoire » ont été organisés sur l’ensemble du territoire à destination de danseur·se·s et pédagogues en formation. Ces dispositifs ont mobilisé les sources comme matériau d’expérimentation historique et chorégraphique, articulant savoirs académiques et pratiques corporelles. Les étudiant·e·s en danse et en histoire ont travaillé conjointement à l’analyse et à la mise en mouvement de documents anciens, tandis que des ressources audiovisuelles ont été produites dans une perspective de science ouverte.
Les journées « recherche et expérimentation » (Lille 2022, Valenciennes 2023, Strasbourg 2024) se sont conclues par des conférences-démonstrations en partenariat avec des structures culturelles, permettant de diffuser les résultats auprès d’un large public et d’interroger les enjeux contemporains de la transmission. Les ateliers danse-histoire se sont révélés particulièrement féconds dans le processus réflexif et transpériodique, dépassant la seule analyse académique des archives. Cette démarche a occupé une place centrale dans la méthodologie d’EnDansant et constitue un socle pour les projets à venir.
Le projet a produit un apport majeur en renouvelant la connaissance historique de la catégorie socio-professionnelle des maîtres à danser, enseignants et enseignantes en danse du XVIIe au XXIe siècle. Il a permis de mieux comprendre la construction progressive de cette catégorie, ses recompositions successives et les logiques ayant conduit à la création du Diplôme d’État en 1989. Il a également éclairé les raisons pour lesquelles ce dispositif a été régulièrement remis en question depuis plus de quarante ans, notamment à l’occasion de l’intégration de nouvelles disciplines et des débats sur le statut de ces professionnel·le·s situés au carrefour de l’art, de l’éducation, de la pédagogie, du bien-être et de la santé des corps.
Le projet a eu un second impact important auprès de la communauté actuelle des enseignant·e·s en danse. En retraçant l’histoire des méthodes, des stratégies et des rapports au corps, il a favorisé une prise de conscience réflexive sur la manière dont ces professionnel·le·s ont construit leur enseignement et leur identité. Il constitue ainsi un apport à la fois scientifique et formatif, contribuant à nourrir les pratiques contemporaines.
Enfin, le projet a montré que les enseignant·e·s en danse ont été, sur la longue durée, de véritables acteurs stratégiques. Loin d’un imaginaire du maître à danser dominé socialement ou intellectuellement, l’enquête a révélé des professionnel·le·s capables de penser leur organisation, de négocier avec le pouvoir et de composer avec des cadres réglementaires en constante évolution. À la suite de la disparition des corporations à la fin du XVIIIe siècle, ils et elles ont su inventer de nouvelles formes de reconnaissance et d’exercice. Artisans du corps et spécialistes des techniques corporelles, ces enseignant·e·s ont joué un rôle structurant dans l’écosystème de la société des loisirs, dans le monde scolaire et dans le développement des politiques culturelles d’après 1945. Le projet a ainsi contribué à les réinscrire comme acteurs à part entière des dynamiques sociales, culturelles et éducatives contemporaines.
Le projet de type ANR, appel 2026, intitulé « EnDansant-InterChor » prolonge le programme ANR « EnDansant. Pour une histoire des enseignant·es en danse » (2021-2025), en s’appuyant sur les résultats scientifiques et les collaborations développées au cours des quatre dernières années. Portée par la même équipe, dont la complémentarité et la collégialité ont été éprouvées, la recherche a permis de mettre en évidence la complexité des logiques de structuration du métier d’enseignant·e en danse, à la croisée des échelles nationales, transfrontalières et internationales. Ces travaux ont posé les fondements d’une histoire sociale et culturelle de la profession, et révélé la nécessité d’élargir l’analyse à une dimension européenne et internationale. En montrant combien la profession a été marquée, bien avant l’industrialisation, par des réseaux et des mobilités multiples, le projet invite à penser la construction des identités professionnelles dans le champ chorégraphique sous l’angle des circulations, des solidarités professionnelles, de la complémentarité et de la porosité des modèles.
Le projet ENDANSANT propose d’interroger la construction du métier d’enseignant.e de danse, les conditions et les lieux de son exercice entre le XVIIe siècle et le XXIe siècle en France. À partir de sources de natures diversifiées (manuscrites, iconographiques, imprimées, orales), privées ou publiques, et à partir des conflits et des moments de tension opposant les enseignant.es aux différentes autorités qui les gouvernent, l’étude cherchera à identifier cette catégorie socioprofessionnelle, à définir les cadres légaux de leur activité et les conditions de son exercice.
Coordination du projet
Emmanuelle Delattre (CENTRE DE RECHERCHE INTERDISCIPLINAIRE EN SCIENCES DE LA SOCIÉTÉ)
L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.
Partenariat
CRISS CENTRE DE RECHERCHE INTERDISCIPLINAIRE EN SCIENCES DE LA SOCIÉTÉ
CEAC CENTRE D'ETUDE DES ARTS CONTEMPORAINS (EA3587)
ACCRA Approches contemporaines de la création et de la réflexion artistiques (EA 3402)
Aide de l'ANR 322 436 euros
Début et durée du projet scientifique :
- 48 Mois