CE26 - Innovation, travail 2020

Innovation financière et gestion du risque – FINRIS

Innovation financière et gestion du risque

L'industrie financière a été profondément transformée par les avancées des technologies de l'information, affectant un large éventail de services financiers, du trading et du crédit aux paiements. Certains de ces changements se déroulent au sein même des institutions financières, modifiant la façon dont elles fournissent leurs services ou se font concurrence sur les marchés financiers.

Changement technologique, organisation industrielle du secteur financier et implications pour le risque systémique

Les technologies numériques transforment la concurrence dans le secteur financier selon plusieurs dimensions. Au sein des marchés financiers, elles affectent la vitesse à laquelle les entreprises identifient les opportunités de trading et leur capacité à évaluer et gérer le risque — créant une pression à adopter de nouvelles technologies, même lorsque cela affaiblit collectivement la gouvernance du risque. Sur les marchés du crédit, les géants technologiques ont tiré parti de leurs avantages en matière de données et de plateformes pour entrer dans le secteur du prêt, concurrençant directement les banques pour l'acquisition d'emprunteurs ; comprendre pourquoi il est rentable pour ces plateformes d'offrir du crédit, et ce que cela implique pour les emprunteurs et la stabilité financière, constitue une question ouverte et importante. Enfin, l'innovation financière façonne la manière dont les entreprises gèrent le risque à l'échelle agrégée : si les nouveaux instruments leur permettent de diversifier les chocs idiosyncratiques, ils peuvent aussi réduire leurs incitations à constituer des réserves de liquidité, fragilisant ainsi, de manière involontaire, la résilience de l'économie face aux crises systémiques. Ensemble, ces évolutions appellent à une meilleure compréhension de la façon dont le changement technologique reconfigure les incitations, la concurrence et le risque au sein du système financier.

L'étude de l'innovation numérique en finance requiert une boîte à outils méthodologique diversifiée. L'économie de l'information offre des outils particulièrement adaptés, dans la mesure où nombre des effets des technologies numériques opèrent à travers la façon dont elles modifient ce que les entreprises savent, ce qu'elles peuvent communiquer de manière crédible, et la façon dont l'incertitude se résout — autant de questions que l'économie de l'information est précisément conçue pour traiter. Le rapprochement entre l'organisation industrielle et la finance ouvre un ensemble supplémentaire d'insights : comme l'illustre l'analyse de l'entrée des géants technologiques sur le marché du crédit, comprendre les dynamiques concurrentielles requiert d'intégrer les questions de structure de marché et d'incitations propres à l'économie industrielle avec les frictions de financement et les enjeux de conception des contrats qui sont au cœur de la finance. Enfin, les méthodes expérimentales offrent un complément précieux à la théorie, en permettant aux chercheurs d'isoler des mécanismes spécifiques dans un environnement contrôlé, à l'abri des biais qui rendent l'identification causale difficile dans les données observationnelles. La combinaison de ces approches — modèles théoriques ancrés dans l'économie de l'information, dialogue interdisciplinaire entre organisation industrielle et finance, et expérimentation contrôlée — offre une image plus complète de la façon dont l'innovation numérique reconfigure le secteur financier.

Les articles de ce projet dressent un tableau nuancé de la transformation numérique en finance. Du côté positif, la disruption peut élargir l'accès au financement : l'entrée des géants technologiques sur les marchés du crédit peut bénéficier aux emprunteurs financièrement contraints qui accèdent ainsi à des financements qui leur auraient autrement été refusés, et l'innovation technologique renforce plus largement la capacité des institutions financières à mesurer, contrôler et partager le risque. Pourtant, ces mêmes forces peuvent aussi amplifier les inefficacités existantes. La recherche de vitesse et la menace d'une concurrence préemptive peuvent enfermer les entreprises dans une course vers le bas en matière de gouvernance du risque, affaiblissant les garde-fous mêmes sur lesquels les marchés s'appuient. De même, l'innovation financière qui aide les entreprises à diversifier le risque idiosyncratique peut, paradoxalement, réduire leurs incitations à constituer des réserves de liquidité suffisantes — accroissant ainsi l'exposition de l'économie aux chocs systémiques. Une leçon plus générale émerge de l'analyse des géants technologiques sur les marchés du crédit : si l'entrée des plateformes génère des gains à l'échange et améliore l'inclusion financière, elle le fait dans un environnement où ces plateformes détiennent déjà un pouvoir de marché significatif sur leurs marchés de produits principaux. Les bénéfices financiers et les distorsions concurrentielles sont donc indissociables — un rappel que les frictions financières et les frictions sur les marchés de produits ne peuvent être étudiées isolément, et que les effets sur le bien-être de la transformation numérique en finance dépendent de manière cruciale du paysage concurrentiel plus large dans lequel elle se déploie.

En perspective, l'analyse de la transformation numérique en finance offre un agenda de recherche riche. Le secteur des paiements apparaît particulièrement prometteur : les débats en cours autour des monnaies numériques de banques centrales et des stablecoins soulèvent des questions structurellement très similaires à celles examinées dans le contexte du crédit des géants technologiques — à savoir, comment penser l'entrée d'un nouvel acteur puissant qui perturbe un secteur établi, quelles sont les implications pour la concurrence, l'accès et la stabilité, et comment la position de ce nouvel entrant sur des marchés adjacents façonne-t-elle ses incitations ? Ce sont précisément les types de questions qui se situent à l'intersection de l'organisation industrielle et de la finance, et auxquelles aucune des deux disciplines ne peut répondre pleinement seule. Plus largement, ce projet a renforcé notre conviction que les outils et cadres d'analyse développés à cette intersection — combinant la théorie des contrats, l'analyse de la structure des marchés et l'étude des frictions financières — sont exceptionnellement bien adaptés pour comprendre la reconfiguration en cours de l'industrie financière. La pertinence de cet agenda de recherche se reflète dans la communauté croissante de chercheurs travaillant à cette frontière, comme en témoigne la conférence organisée à TSE en 2025 réunissant des chercheurs de premier plan en finance et en organisation industrielle. Nous prévoyons d'organiser cette conférence régulièrement, avec l'objectif de consolider cette communauté intellectuelle et de favoriser le type de dialogue interdisciplinaire qui, comme ce projet l'a montré, peut générer des insights véritablement nouveaux.

L’objectif de ce projet est d’étudier l’impact du progrès technologique sur la gestion du risque dans les institutions financières. Les technologies de l’information ont eu un impact profond sur les systèmes financiers : apparition de nouveaux produits (produits structurés), entrée de nouveaux acteurs (services de paiement électronique), émergence de nouvelles structures de gouvernance (blockchains). Ces changements ont altéré les risques auxquels les institutions financières sont confrontées et les instruments dont elles disposent pour les contrôler. Nous proposons d’utiliser les outils de la théorie des jeux, de l’économie de l’information, de l’économie industrielle et de la recherche expérimentale pour modéliser ces nouveaux risques et comprendre les incitations des acteurs nouveaux et existants à y répondre. Nous voulons étudier les risques financiers et opérationnels avec une attention particulière à la place de plus en plus importante de la gestion des données en finance.
Ce projet est divisé en trois partie. Dans la première, nous voulons étudier la manière dont l'innovation affecte les externalités que les institutions financières exercent l'une sur l'autre. Dans cette partie nous nous concentrons plus particulièrement sur la vitesse à laquelle les marchés financiers fonctionnent et sur les nouveaux produits permettant aux institutions financières de diversifier leur risque. Dans la deuxième partie, nous voulons étudier l'émergence de nouvelles structures de gouvernance en réponse aux innovations financières. Premièrement, des technologies telles que Blockchain fournissent une infrastructure pour de nouveaux types de plateformes financières décentralisées. Deuxièmement, la propriété et la gouvernance des données devient un enjeu de plus en plus important pour des entreprises FinTech. Enfin, dans la troisième partie, nous voulons étudier l'effet d'atteintes à la sécurité des données pour la réputation des entreprise financières et pour les comportements des consommateurs.

Coordination du projet

Matthieu Bouvard (FONDATION JEAN JACQUES LAFFONT)

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenariat

TSE FONDATION JEAN JACQUES LAFFONT

Aide de l'ANR 242 352 euros
Début et durée du projet scientifique : mars 2021 - 48 Mois

Liens utiles

Explorez notre base de projets financés

 

 

L’ANR met à disposition ses jeux de données sur les projets, cliquez ici pour en savoir plus.

Inscrivez-vous à notre newsletter
pour recevoir nos actualités
S'inscrire à notre newsletter