Adaptation Dimensionnelle et Temporelle de l'Assemblage du Fuseau Mitotique : Mécanismes Conservés et Adaptatifs – MTDiSco
Mesurer l’espace et le temps à l’échelle cellulaire pour assurer la répartition du patrimoine génétique lors de la division cellulaire.
Lorsqu’une cellule se divise, elle assemble une structure appelée fuseau mitotique composée de filaments du cytosquelette qui séparent les chromosomes de manière équitable entre les cellules filles. Les cellules pouvant avoir des tailles très variées cette structure a la capacité de s’adapter aux dimensions cellulaires. Le projet MTDiSco cherche à comprendre comment les filaments qui composent le fuseau mitotique mesurent et s’adaptent au volume de la cellule.
Est-ce que l’adaptation spatiale et dynamique du fuseau mitotique est conservée chez les animaux ? Est-ce un phénomène propre à l’embryogenèse ? Et à quoi sert cette adaptation ?
Chez les mammifères, la taille des cellules n’est que faiblement corrélées à la taille de l’animal. Les cellules d’éléphant ne sont pas forcément plus grandes que celles de la musaraigne mais l’éléphant possèdent beaucoup de cellules que cette dernière. En revanche, dans l’ensemble du règne animal et de façon plus générale dans l’ensemble du vivant la taille des cellules peut être extrêmement variable. Cette taille varie également selon les espèces et dépend en partie de la ploïdie c’est-à-dire du nombre de chromosomes. Cette variabilité est également présente au sein d’un même organisme où les cellules peuvent avoir des tailles très différentes selon les tissus et types cellulaires. L’embryon unicellulaire issu de la fécondation de l’ovocyte par le gamète male représente la cellule la plus volumineuse chez les animaux et là encore, la variation de taille entre les espèces est considérable. L’ovocyte de grenouille (1 mm de diamètre) est, en volume, près de 1500 fois plus grand que l’ovocyte humain (0.1 mm de diamètre). Pourtant, les protéines et les mécanismes à l’œuvre lors de la division cellulaire sont extrêmement conservées chez les êtres vivants. Pendant les premières heures du développement embryonnaire, en absence de croissance, la taille des cellules va diminuer de façon drastique au fur et à mesure des divisions cellulaires. Ce contexte est particulièrement intéressant pour comprendre les relations entre les dimensions cellulaires et les mécanismes qui assurent la division cellulaire. Le principal objectif du projet MTDiSco est de comprendre ces mécanismes au sein d’une même espèces mais également entre espèces. Si un mécanisme a été préservé et conservé au cours de l’évolution pendant des millions d’années, il est fortement probable qu’il soit également à l’œuvre chez les humains et qu’il soit important chez l’ensemble des animaux. Étudier cette conservation permet donc de révéler des mécanismes essentiels, même si leur fonction n’est pas encore très claire. L’adaptation des filaments de microtubules et du fuseau mitotique à des tailles de cellules variables est aussi remarquable d’un point de vue énergétique et cinétique. En effet, le temps d’assemblage des structures n’est pas proportionnel à leur taille. Cela veut dire que les très grands fuseaux mitotiques dans les grandes cellules ne mettent pas plus de temps à s’assembler que les petits fuseaux mitotiques dans les petites cellules malgré la considérable différence de quantité de filaments nécessaires. Cette différence est compensée par une vitesse de réaction plus rapide dans les grandes cellules permettant à celle-ci d’assembler des fuseaux mitotiques en un temps constant et indépendant de la taille de la cellule. En étudiant et comparant les propriétés dynamiques du fuseau mitotique dans des contextes très différents, le projet MTDiSco a pour ambition de révéler les mécanismes cellulaires assurant la robustesse de la division cellulaire.
Le projet MTDiSco repose sur l’imagerie microscopie confocale à haute résolution spatiale et temporelle d’embryons marins ou de nématodes vivants et intacts. Ces approches permettent d’observer la dynamique des filaments grâce à des protéines ou des sondes fluorescentes. Le principal animal de l’étude est le nématode C. elegans. Un petit ver de terre transparent d’1mm de long très facile à maintenir en laboratoire. Les embryons marins sont eux obtenus à partir d’animaux prélevés ou cultivés en aquarium dans le centre de ressources marines EMBRC (European Marine Biological Resource Center) de Villefranche-sur-Mer.
Le projet MTDiSco a apporté la démonstration expérimentale que l’adaptation de la dynamique des filaments de microtubules à la taille des cellules était un phénomène universel, conservé dans toutes les espèces étudiées malgré leur grand diversité génétique et évolutive. Le projet a étalement mis en évidence que cette adaptation n’était pas propre au contexte très particulier du développement embryonnaire où les divisions sont très rapides et ont lieu en absence totale de croissance. Nous avons observé ce même mécanisme d’adaptation dans des cellules somatiques post-embryonnaires. Il est donc fort probable que l’adaptation de la dynamique des microtubules au volume cellulaire soit un phénomène universel dans les cellules eucaryotes. Nos études ont également révélé une limite minimale à la longueur du fuseau mitotique en dessous de laquelle la longueur des microtubules individuels et de la structure sont découplés. Autour de cette limite, dans les cellules très petites, le fuseau mitotique doit adapter sa géométrie. Dans ce régime, les contraintes mécaniques de l’environnement cellulaire et du tissu jouent également un rôle dans l’adaptation de la géométrie du fuseau mitotique.
Enfin, nous avons également identifié des conditions où l’altération de l’adaptation de la dynamique des microtubules est délétère pour le développement. Ces résultats montrent que cette adaptation est sans doute essentielle et n’est pas simplement une conséquence indirecte du changement de taille des cellules ou de l’adaptation d’autres structures cellulaires.
Dans les prochaines années, nous allons tenter d’identifier les mécanismes moléculaires qui permettent aux cellules de « mesurer » leur taille et surtout d’adapter les cinétiques de réaction non seulement au volume cellulaire mais également à la durée et la chronologie des évènements du cycle cellulaire.
La régulation de la taille des organismes, des cellules et des structures intracellulaires est un sujet fondamental en biologie. Le fuseau mitotique, une structure composée de microtubules et permettant la ségrégation des chromosomes lors de la division cellulaire, a la capacité d'adapter sa longueur aux dimensions cellulaires au cours du développement embryonnaire lorsque les cellules se divisent en absence de croissance de l'embryon. J'ai récemment montré que la vitesse de polymérisation des microtubules s’adapte au volume cellulaire contrôlant ainsi la longueur et la durée d'assemblage du fuseau mitotique. Les mécanismes et l'importance fonctionnelle de cette adaptation demeurent incompris. Je propose une approche interdisciplinaire multi-échelle pour déterminer les mécanismes moléculaires de l'adaptation de la dynamique des microtubules au volume cellulaire, étudier sa conservation dans les métazoaires et révéler le rôle de cette adaptation au cours du développement embryonnaire.
Coordination du projet
Benjamin Lacroix (Centre de Recherche en Biologie cellulaire de Montpellier)
L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.
Partenariat
CRBM Centre de Recherche en Biologie cellulaire de Montpellier
Aide de l'ANR 280 043 euros
Début et durée du projet scientifique :
mai 2021
- 48 Mois