CE13 - Biologie cellulaire, biologie du développement et de l’évolution 2019

Bruit et robustesse en aval d’un gradient morphogénétique : approche quantitative par imagerie de la transcription dans les embryons vivants – FIREFLY

Le projet s'est appuyé sur l'expertise de l'équipe de N. Dostatni pour le développement de l'approche expérimentale MS2 visant à analyser le processus de transcription dans des embryons vivants de drosophile (l'expression étincelante des gènes ). Son équipe était chargée d'obtenir le matériel biologique nécessaire, d'effectuer toutes les manipulations génétiques sur les mouches drosophiles requises pour l'imagerie des embryons vivants et l'acquisition des données (enregistrement des films).

Dans le cadre du projet, nous avons utilisé à la fois des rapporteurs synthétiques, ce qui a été très fructueux, mais aussi l'édition du génome (Crispr/Cas9), qui s'est avérée beaucoup plus difficile que prévu.

 

L'imagerie des facteurs de transcription marqués par fluorescence a été réalisée sous la supervision de Cécile Fradin (Université Mc Master), experte en spectroscopie de corrélation de fluorescence (FCS), et de Mathieu Coppey (Institut Curie).

L'analyse des données et la modélisation ont été réalisées sous la supervision d'Aleksandra Walczak (LPENS).

 

Cette approche s’est révélée très productive et nous a permis de mieux comprendre le rôle du morphogène Bicoid et de ses partenaires Zelda et Hunchback dans la réponse transcriptionnelle à Bicoid. Nous avons pu montrer que Bicoid est suffisant pour fournir la plupart des caractéristiques spatiales à l’expression de son principal gène cible, hunchback, tandis que ses partenaires connus accélèrent le processus par différents moyens : le facteur pionnier Zelda abaisse le seuil de concentration de Bicoid requis pour l'activation transcriptionnelle, tandis que Hunchback augmente le taux de démarrage de la polymérase et réduit les fluctuations (bursting) du promoteur en réduisant le nombre et la longueur des périodes d’inactivité. La réduction de moitié de la dose de Bicoid et la quantification des déplacements des frontières d'expression des gènes rapporteurs dépendant exclusivement de Bicoid indiquent que le gradient d'activité de Bicoid a une constante exponentielle plus faible (décroissance plus forte) que le gradient de protéine Bicoid. Nos résultats démontrent aussi quantitativement que Bicoid est bien la principale source d'information positionnelle pour l'expression précoce de son gène cible hunchback.

En utilisant les données quantitatives obtenues à partir de ces gènes rapporteurs synthétiques et en exploitant les différences structurales de ces gènes rapporteurs, nous avons pu construire un modèle d'équilibre de la régulation de la transcription qui est en accord avec les données de l'expression du rapporteur plaçant la cassette MS2 sous le contrôle du promoteur du gène hunchback. Ce modèle de régulation est très informatif. Il est cohérent avec nos données expérimentales et suggère que le processus de transcription fait intervenir plusieurs étapes mécanistiques bien distinctes que nous cherchons actuellement à caractériser.

 

Notre objectif est maintenant de déterminer à quelles étapes mécanistiques du processus de transcription contribuent les différents domaines fonctionnels de la protéines Bicoid et quels sont les domaines de Bicoid impliqués dans ses interactions avec ses deux partenaires : Zelda et Hunchback. Nous avons donc démarré une analyse structure-fonction de la protéine Bicoid in vivo. Les mutants sont en cours d’obtention grâce à la technologie Criper-Cas9 : notre objectif est d’obtenir des mutants de délétion au locus endogène bicoid. L'analyse de l’expression des gènes rapporteurs synthétiques dans ces divers mutants nous permettra de déterminer dans quelle étape mécanistique du processus de transcription intervient chaque domaine fonctionnel de Bicoid.

 

 

Résumé de soumission

Les gradients morphogénétiques sont essentiels à l’établissement de polarités axiales au cours du développement. Dans ces systèmes, il est généralement admis que l’information positionnelle est fournie par la concentration de morphogène qui est détectée par chaque cellule et qui détermine son identité. La robustesse extrême de ces processus, malgré des tailles d’individus variables et des conditions environnementales fluctuantes, assure la reproductibilité des patrons d’expression et l’émergence d’individus correctement proportionnés. La description des régulations développementales assume que ces programmes transcriptionnels contrôlent les mécanismes de différentiation de manière robuste et précise. Toutefois, l’analyse du processus de transcription à l’échelle de la cellule unique indique que la transcription est un processus extrêmement fluctuant loin de pouvoir assurer une telle précision. Comprendre comment des seuils d’activité peuvent émerger de manière robuste de ces gradients morphogénétique face à la nature stochastique du processus de transcription est un challenge important et représente l’objectif général de ce projet.

Récemment ce sont développées des approches qui permettent d’observer la cinétique du processus de transcription directement dans les cellules vivantes. Ces approches combinent l’étiquetage fluorescent des ARN en cours de synthèse à l’imagerie sur cellules vivantes à haute résolution temporelle et spatiale. Nous avons récemment adapté ces approches à l’un des organismes modèles le mieux caractérisé, la mouche du vinaigre. Notre but était de mieux comprendre comment l’identité des cellules est contrôlée et maintenue par le système du morphogène Bicoid (Bcd) le long de l’axe antéro-postérieur de l’embryon. En concentrant nos efforts sur l’expression du principal gène cible de Bcd, le gène hunchback (hb) au démarrage de la transcription dans le zygote, nous avons construit un gène rapporteur qui récapitule l’expression endogène de ce gène. Malgré une forte variabilité des cinétiques de transcription dans des noyaux voisins, le promoteur du gène hb est capable d’établir une frontière nette séparant les noyaux antérieurs de l’embryon qui expriment hb des noyaux postérieurs qui ne l’expriment pas. De manière surprenante, il suffit de ~ 3 min à chaque interphase pour que le système mesure de faible différence de concentration et produise une frontière d’expression parfaitement nette.

En considérant que le seul facteur déterminant dans le processus de transcription du gène hb est le gradient Bcd et de plus que les molécules Bcd atteignent leurs sites cibles par diffusion 3D, des considérations de mécanique statistique (combinées aux estimations actuelles concernant la concentration absolue et la vitesse de diffusion des molécules Bcd) montrent qu’il faut au moins 25 min au système pour former une frontière nette. La différence d’un ordre de grandeur entre le temps prédit (25 min) et le temps observé (~ 3 min) suggère des explications alternatives. Nous allons explorer ces mécanismes alternatifs de façon non biaisée en combinant la génétique et l’optogénétique, l’imagerie sur embryon vivant, l’analyse performante des données d’imagerie et la modélisation. Notre objectif est d’identifier des mutants ou des variants naturels chez lesquels la dynamique d’expression d’hb est altérée, nous caractériserons la contribution des corrélations spatiales vs temporelles pour aborder la question de la mémoire transcriptionnelle dans le système Bcd, nous réévaluerons la question des paramètres physico-chimiques absolus de Bcd (concentration/mobilité) par des méthodes d’imagerie innovantes, et nous utiliserons la modélisation pour éclairer ce processus et sa robustesse. La force de ce projet repose sur notre expertise unique du système MS2 combinée à une collaboration établie entre biologistes, biophysiciens et théoriciens.

Coordination du projet

Nathalie DOSTATNI LANTIERI (INSTITUT CURIE - SECT DE RECHERCHE)

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenariat

IC INSTITUT CURIE - SECT DE RECHERCHE
LPENS Laboratoire de physique de l'ENS
McMaster University / Department of Physics and Astronomy

Aide de l'ANR 459 940 euros
Début et durée du projet scientifique : février 2020 - 36 Mois

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