CE41 - Inégalités, discriminations, migrations 2018

L’évitement du contact inter-groupe et ses liens avec les biais attitudinnel et de reconnaissance à l’encontre des minorités ethniques – AvoidContact

Résumé de soumission

Introduction. La littérature sur le biais de reconnaissance inter-ethnique (la difficulté à reconnaître des personnes appartenant à une autre ethnie) est consistante. Une méta-analyse de Meissner et Brigham (2001), portant sur 5,000 participants, a montré que le bénéfice d’une reconnaissance intra-ethnique correspondait à un facteur 1.4 et le déficit de la reconnaissance inter-ethnique à un facteur 1.5. Nous avons récemment confirmé ces effets en analysant les articles publiés après 2001. Les implications de ce biais pour la justice criminelle sont majeures.
Beaucoup de chercheurs considèrent que ce biais est dû à un manque de contact avec les autres groupes ethniques. Il s’agit d’une conjecture sur l’apprentissage perceptif; nous pensons que ce biais est aussi fonction des interactions sociales: les interactions entre les groupes ethniques amènent de manière co-dépendante à la fois des bénéfices perceptifs et sociaux. Une faible fréquence de contacts, eux-mêmes de faible qualité, accroît la menace perçue et l’anxiété à l’égard des membres de l’autre groupe; cela conduirait à l’évitement du contact. Nous attendons que cela entraîne un accroissement des préjugés et une faible reconnaissance inter-ethnique. Un tel processus est dynamique, l’incapacité des individus à distinguer les personnes d’autres groupes ethniques renforçant négativement le processus. La recherche sur la reconnaissance des visages a récemment tenté de prendre en considération les facteurs socio-cognitifs, mais n’a pas, selon nous, suffisamment intégré le caractère global de cette cascade d’effets inter-reliés.

Objectifs. Nous proposons un travail empirique reposant sur trois expérimentations sur les liens entre préjugés, anxiété inter-groupes, évitement du contact et déficit de reconnaissance. Nous incluons également une variable liée à l’homogénéité perçue à l’intérieur des autres groupes, et testons l’existence d’un “biais de phénotypicalité” subséquent et ses effets en termes d’attitudes et de capacité de reconnaissance.

Méthode. Expérience 1: les participants interagiront avec des cibles d’origine européenne, nord-africaine ou africaine présentant des expressions émotionnelles menaçantes ou amicales. L’impact de cette manipulation sur l’anxiété inter-groupes sera préalablement vérifiée, et les effets de l’anxiété sur la reconnaissance des cibles seront étudiés en fonction de la menace perçue, du désir d’éviter le contact et des préjugés. Expérience 2: on reprendra la même procédure de manière simplifiée afin d’utiliser une technologie de mesure des fixations oculaires pour étudier les processus perceptifs impliqués dans les effets en chaîne allant de l’anxiété inter-groupe au déficit de reconnaissance et aux attitudes d’hostilité. Expérience 3: on étudiera le “biais de phénotypicalité raciale” en mesurant l’impact de l’afrocentricité, l’arabocentricité et l’eurocentricité dans la chaîne de variables précitées.

Discussion. Ce projet articule une perspective psychosociale sur la menace perçue liée aux rencontres inter-ethniques, et une perspective portant sur la perception et la reconnaissance de visages de personnes d’autres ethnies. Nous avançons l’hypothèse que le processus de reconnaissance des visages interagit avec les préjugés et l’anxiété liée au contact de manière circulaire. Les membres d’autres ethnies apparaissent difficiles à distinguer, amenant une anxiété concernant les interactions futures, tout particulièrement dans le cas de forts préjugés. Cette difficulté perceptive affectera la fréquence de contacts et/ou la qualité du contact, renforçant des attitudes négatives. Les visages de l’autre groupe étant appris en grande part à travers les interactions, le processus s’avère circulaire et auto-alimenté. Un objectif sous-jacent sera d’identifier les mécanismes de ce processus pour envisager à terme des programmes visant à réduire le biais de reconnaissance inter-ethnique et accroître les relations inter-groupes à un niveau micro.

Coordination du projet

Jacques PY (COGNITION, LANGUES, LANGAGE, ERGONOMIE)

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenariat

University of Cape Town / Department of Psychology
PSITEC PSYCHOLOGIE : INTERACTIONS, TEMPS, EMOTIONS, COGNITION (EA 4072)
CLLE COGNITION, LANGUES, LANGAGE, ERGONOMIE

Aide de l'ANR 160 914 euros
Début et durée du projet scientifique : octobre 2018 - 36 Mois

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