Origin des populations sauvages d'Anopheles gambiae – WILDING
Depuis sa découverte au début du XXe siècle, Anopheles gambiae a émerveillé et défié la communauté scientifique par sa capacité ubiquiste en Afrique subsaharienne. Cette adaptation a été maintenue par son étroite relation avec les hommes, qui lui fournissent des hôtes, des abris et des gîtes larvaires. En retour, An. gambiae transmet le paludisme dans les villages comme dans les grandes villes du continent. Par conséquent, comprendre l'origine et les mécanismes qui permettent l'adaptation à l’homme du vecteur Anopheles gambiae est décisif pour la lutte contre le paludisme en Afrique. Lors d'une prospection exploratoire au Parc National de La Lopé (Gabon) en 2014, nous avons identifié morphologiquement le moustique An. gambiae dans plusieurs endroits isolés dans le parc, loin de toute activité ou présence humaine. Cette observation a ébranlé les fondements de nos croyances historiques sur l'écologie de ce vecteur, c'est-à-dire, An. gambiae est strictement confiné aux habitats anthropiques. Des études de terrain ultérieures et une analyse moléculaire préliminaire ont confirmé la présence stable de deux membres du complexe gambiae, An. gambiae et An. coluzzii dans le milieu selvatique (parc) et domestique (village, à 15 km), An. coluzzii étant l'espèce prédominante dans les deux habitats. Malgré la nécessité de se nourrir exclusivement des animaux dans le parc, les deux espèces ont conservés leur capacité à piquer l’homme. Ensuite, nous avons effectué des analyses génomiques (en cours), qui valident notre stratégie de construction de bibliothèques et de séquençage afin de détecter des variantes hétérozygotes liés à l’adaptation entre les deux populations. Bien que nous présumions un processus réversible d'adaptation locale (c'est-à-dire, retour à l’état ancestral des populations du village par des changements génétiques récents dans leur écologie, alimentation et comportement), il est actuellement impossible de dire si la présence des deux moustiques dans les habitats selvatiques représente un nouveau taxon ancestral. Notre objectif principal est de comprendre l'origine et l'évolution des caractères adaptatifs des populations selvatiques d'An. gambiae et An. coluzzii. Pour cet objectif, nous effectuerons un travail de terrain intensif au Parc National de La Lopé (parc et village) et dans deux autres sites du Gabon, suivant un gradient anthropique. Notre plan d'échantillonnage exhaustif, incluant différents types de pièges et des tests comportementaux, élucidera les caractéristiques écologiques (dynamique des populations, gîtes larvaires, saisonnalité) et comportementales (préférence d'hôtes, pic d’agressivité nocturne) associées aux milieux selvatiques. Ensuite, notre approche génomique permettra de comprendre les bases génétiques de l'origine et de l'évolution des populations selvatiques, et par conséquent, la spécialisation pour les hommes. Nous combinerons ces résultats avec la structure génétique des populations de ces deux moustiques vivant isolés de l’homme. En conséquence, nos résultats auront un impact direct sur la lutte contre le paludisme. Premièrement, nous chercherons à comprendre si l'exposition et la vulnérabilité des populations de moustiques vivant en milieu selvatique à des stratégies de lutte classiques (par ex. l’usage des insecticides à l'intérieur des habitations) vont se voir affectées, avec un risque pour les populations humaines vivant en bordure des zones naturelles. Et deuxièmement, nos résultats sur les bases génétiques de la plasticité de préférence de l'hôte de ces deux moustiques pourront être utilisés pour de nouvelles stratégies de lutte antivectorielle (par. ex. zooprophilaxis). Enfin, les résultats de ce projet exploratoire permettront au coordinateur de poursuivre ce domaine de recherche nouveau et original dans une étude plus transversal avec la soumission d'un projet de recherche ERC sur la manière de prédire l'évolution des vecteurs du paludisme face aux changements anthropiques.
Coordination du projet
Diego Ayala (Maladies Infectieuses et Vecteurs : Ecologie, Génétique, Evolution et Contrôle)
L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.
Partenariat
MIVEGEC Maladies Infectieuses et Vecteurs : Ecologie, Génétique, Evolution et Contrôle
Aide de l'ANR 309 704 euros
Début et durée du projet scientifique :
janvier 2019
- 36 Mois