Les sphères publiques alternatives en Chine au 20e siècle – ChinaSpheres
L’histoire de la Chine au XXe siècle est généralement envisagée comme une série de tentatives avortées pour institutionnaliser la société civile et pour consolider une sphère publique propice à un véritable débat politique. Cependant, cette approche tend à définir la sphère publique de façon normative et anhistorique. Le présent projet adopte par conséquent une nouvelle approche empirique et théorique en partant de l’évolution des pratiques sociales et intellectuelles dans une perspective inductive. Il prend pour objet un ensemble de textes littéraires et d’essais qui circulent publiquement, les vecteurs institutionnels sur lesquels ils s’appuient, et les publics de lecteurs ou les communautés discursives qui leur sont associés.
Cinq études de cas qui jalonnent le XXe siècle ont été choisies pour examiner différentes configurations dans lesquelles se sont déroulés les débats intellectuels et politiques : ces contre-sphères en exil, locales, sous-terraines, transnationales et virtuelles sont envisagées comme des lieux de diffusion du discours rationnel et de formation de l’opinion publique. Les discussions politiques dans les journaux étudiants de Tokyo avant la révolution de 1911 ; le débat sur les langues locales et l’autonomie régionale dans le Sichuan du 4 Mai ; les échanges de lettres, journaux intimes et littérature samizdat parmi les « jeunes instruits » envoyés à la campagne sous la Révolution culturelle ; Hong Kong comme sphère publique offshore pour débattre des affaires de la Chine ; enfin l’internet sinophone : autant de forums pour des débats politiques clés tout au long du siècle.
En centrant l’étude de la Chine moderne et contemporaine sur la sphère publique, on remet en cause un certain nombre d’idées reçues sur le rôle de l’État pour redonner sa centralité à la société. Ce projet fait l’hypothèse qu’un réseau non institutionnalisé de sphères publiques alternatives a pu servir à débattre des questions politiques majeures à laquelle la Chine a été confrontée au long du XXe siècle, notamment au sujet du rôle de l’individu et de l’organisation de la cité. Cette approche nous permet de comprendre comment la société chinoise est restée un lieu d’action politique même dans un environnement illibéral. Elle dissipe également l’idée selon laquelle la société chinoise serait inapte ou mal préparée à la délibération démocratique.
Dimension interdisciplinaire:
Toute enquête sur la sphère publique est par nature interdisciplinaire. Si l’approche proposée est historique, la notion de sphère publique est empruntée au domaine de la philosophie politique ou de la science politique. Le corpus de l’enquête est textuel : ce sont les essais, textes littéraires et philosophiques publiés dans les journaux étudiants de Tokyo dans les années 1900, dans les revues locales à Chengdu dans les années 1920, dans les écrits sous-terrains pendant la Révolution culturelle, dans la presse hongkongaise et les journaux étudiants dans les années 1980, et en ligne dans les années 2000. Les textes littéraires sont particulièrement utiles pour échapper à la censure politique et permettre les débats. Tous les textes seront examinés dans leur ancrage social, et étudiés du point de vue de leur réception et de leur circulation. Le projet s’inscrit donc d’abord dans le champ de l’histoire intellectuelle et des études chinoises (aires culturelles). L’EHESS, qui confronte de longue date les approches historiques avec les sciences sociales, est particulièrement bien placée pour héberger ce projet.
Coordination du projet
Sebastian VEG (Centre Chine Corée Japon)
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Partenariat
CCJ Centre Chine Corée Japon
Aide de l'ANR 99 997 euros
Début et durée du projet scientifique :
mai 2017
- 18 Mois