DS0409 - 2016

Impact sanitaire de l'exposition à la pollution atmosphérique liée au trafic routier (TRAP) chez les adolescents de la cohorte de naissances PARIS – PARIS14-TRAP

Le présent projet s’inscrit dans le suivi de la cohorte de naissances PARIS, composée de 3840 nouveau-nés franciliens, inclus de 2003 à 2006. Il vient étendre jusqu’à l’adolescence le suivi prospectif sanitaire, comportemental et environnemental qui repose sur des auto-questionnaires réguliers et des bilans clinico-biologiques avec biothèque. Il bénéficie des avis favorables de la Commission Nationale Informatique et Libertés et du Comité de Protection des Personnes Île-de-France II.

L’exposition chronique des adolescents à la TRAP est modélisée en tenant compte du temps passé dans leurs lieux de vie (domicile et lieux de garde/scolarisation). Elle est calculée à différentes fenêtres d’exposition (précoce, actuelle, cumulée).

Parents et adolescents ont rempli deux questionnaires, l’un construit dans le cadre du suivi de la cohorte PARIS pour documenter l’évolution du mode et du cadre de vie des adolescents (habitudes alimentaires, activité physique, loisirs, scolarité, sommeil, évènements familiaux, logement), l’autre développé en ligne pour renseigner la morbidité, la perception, les comportements et les attitudes des familles pendant le confinement.

Le bilan de santé à l’adolescence, coordonné par un pédiatre au Centre Amelot des examens de santé de la CPAM (75011) comprend prélèvement de sang, mesures anthropométriques, tests cutanés allergologiques, examen clinique, du carnet de santé, des ordonnances et entretien avec une psychologue.

Le développement pubertaire des adolescents est basé sur les données cliniques (caractères sexuels secondaires) et sur les dosages hormonaux (gonadotrophines, testostérone, oestradiol).

La survenue jusqu’à l’adolescence et la fréquence actuelle de l’asthme, de la rhinite allergique, de la dermatite atopique et de la sensibilisation allergénique sont étudiées. Des analyses longitudinales permettent d’identifier des trajectoires de morbidité respiratoire/ allergique et de sensibilisation.

À partir des données cliniques et biologiques, la santé cardiométabolique est évaluée en appliquant les définitions existantes, en calculant un score de risque et en identifiant deux profils à l’aide d’une méthode de classification. Des trajectoires d’IMC (indice de masse corporelle) sont établies.

Les fonctions cognitives des adolescents sont appréciées par des tests ludiques en ligne via une plateforme internet tandis qu’un questionnaire spécifique (BASC-3) évalue les problèmes comportementaux. Des scores sont construits et des profils comportementaux identifiés.

L’impact de la TRAP aux différentes fenêtres d’exposition sur les états de santé mis en évidence est ensuite étudié, avec recherche des éventuels facteurs qui pourraient modifier les relations TRAP – santé.

 

Santé et comportements des adolescents lors du confinement lié à la pandémie de Covid-19:

 

À la fin du premier confinement de 2020, les adolescents de la cohorte PARIS ont été moins affectés par la Covid-19 que leurs parents. La plupart des familles ont mis en place des mesures barrières que les adolescents respectaient moins que leurs parents. Quatre profils familiaux en termes de santé, de perception, de comportements et d’attitudes ont été identifiés, qui se différenciaient par le stress des parents, le fait d’avoir été affecté par la Covid-19 et le respect des mesures barrières.

Les résultats fournissent un nouvel éclairage sur l’impact du confinement sur la santé mentale des adolescents, en identifiant différents sous-groupes qui n’ont pas vécu le confinement de la même manière. L’isolement, les conditions de promiscuité, le manque de soutien, le stress lié au confinement et à l’école ont particulièrement altéré la santé mentale d’environ un cinquième des adolescents alors que plus d’un tiers n’ont été que peu affectés par le confinement.

 

Exposition à la TRAP et état de santé:

 

Il est clairement montré une baisse des niveaux d’exposition au cours du suivi des enfants de la cohorte, passant en moyenne de 80,5±22,3 µg/m3 la première année de vie à 39,7±9,1 µg/m3 équivalent dioxyde d’azote, la quinzième. Ces résultats illustrent l’impact combiné des politiques (inter)nationales et locales en matière de mobilité et d’environnement.

 

Morbidité respiratoire et allergique:

 

Sa progression naturelle jusqu’à l’adolescence est décrite dans cinq trajectoires symptomatiques différemment associées au risque d’asthme. Des niveaux plus élevés d’exposition à la TRAP pendant la première année de vie augmentent la prévalence de l’asthme actuel et de l’asthme persistant à 13 ans mais ne sont pas associés à la rhinite ou à la dermatite atopique. Tous les adolescents ne sont pas égaux face à cette exposition, les antécédents parentaux d’allergie, en particulier d’asthme, les événements familiaux stressants précoces ou des infections des voies respiratoires basses précoces répétées étant des facteurs de vulnérabilité. L’exposition prénatale à la TRAP n’a pas montré d’association avec la morbidité respiratoire et allergique.

 

Morbidité cardiométabolique:

 

Deux profils cardiométaboliques ont été identifiés, « sain » et « à risque » et cinq trajectoires d’IMC, de la naissance à l’adolescence. Ces travaux confirment le caractère multifactoriel de la morbidité cardio-métabolique et soulignent le poids des antécédents parentaux, des comportements, des facteurs psychosociaux mais aussi de l’environnement urbain, celui-ci interagissant avec les autres facteurs de risque. L’exposition précoce à la TRAP était positivement associée au surpoids à l’adolescence et aux trajectoires d’IMC par rapport à la trajectoire de référence (IMC faible et stable), avec une association plus forte pour les deux trajectoires ascendantes.

 

Le projet PARIS14-TRAP a permis de constituer une base de données à l’adolescence d’une richesse exceptionnelle qui sera très prochainement complétée par les résultats des dosages (en cours) des hormones gonadotrophines et des hormones sexuelles (testostérone chez les garçons, œstradiol chez les filles), L’exploitation de cette mine de données reste encore à finaliser.

 

Les analyses relatives à la morbidité respiratoire et allergique, notamment à la sensibilisation allergénique déterminée à partir de dosages d’IgE immunoglobulines dirigées contre 112 composants allergéniques (thèse de doctorat en cours) sont en train d’être affinées. L’impact de l’exposition à la TRAP sur les états de santé identifiés sera évalué.

 

S’agissant du volet neurodéveloppemental étudié en partenariat avec Maryse Bouchard (Canada), l’analyse des résultats des 189 items du BASC-3 SRP-A permet de décrire différents scores d’échelles cliniques et d’échelles adaptatives et d’évaluer des profils émotionnels et comportementaux des adolescents (article en relecture avant soumission pour publication). Il s’agira ensuite d’étudier les habiletés cognitives et l’impact de l’exposition à la TRAP sur les aspects comportementaux et cognitifs du neuro-développement des adolescents de la cohorte PARIS.

 

Le développement pubertaire des adolescents sera évalué dans ses différentes différentes dimensions : apparition des caractères sexuels secondaires, statut hormonal, et croissance/adiposité.

 

La prise en compte simultanée de plusieurs composantes de la santé devrait permettre de préciser les éventuels rôles de l’obésité et de la puberté dans les associations entre TRAP et les différents états de santé considérés.

 

Il est prévu d’organiser au cours de l’année 2026 une rencontre avec les participants de la cohorte et leurs familles afin de leur présenter tous ces résultats du suivi de la cohorte PARIS jusqu’à l’adolescence et d’envisager, au travers d’ateliers, les suites à donner. Il s’agit d’étudier comment transformer la cohorte PARIS en une cohorte de recherche participative, en repensant le rôle de ses membres devenus adultes, qui passerait du statut de sujet de recherche à celui de partenaire impliqué à toutes les étapes de la recherche scientifique.

 

Objectif Ce projet inédit, au niveau français et international, vise à affiner la compréhension du rôle de l’exposition à la pollution liée au trafic (TRAP) sur différents phénotypes de (co)morbidités (développement pubertaire, surcharge pondérale/anomalies cardio-métaboliques, maladies allergiques/respiratoires, problèmes neuro-développementaux) chez les adolescents de la cohorte de naissances PARIS.
Verrous scientifiques Ils correspondent aux biais potentiels (sélection, information, confusion) que l’équipe s’efforcera de réduire. Le principal défi sera de faire participer les adolescents au bilan de santé. Une rencontre organisée en 2016 avec l’ensemble des familles de la cohorte PARIS s’y emploiera. Plusieurs sources de données seront croisées (morbidité ressentie, déclarée par adolescents/parents, diagnostiquée, objectivée) et les analyses biologiques seront centralisées dans un seul laboratoire. Des procédures d’opération standard seront produites par tâche, accompagnées d’une formation des équipes médicales spécialisées dans l’accueil d’adolescents, avec des contrôles réguliers pour corriger les éventuels écarts.
Programme de travail Il s’articule en 10 tâches (T) autour du suivi longitudinal de la cohorte à l’adolescence avec évaluation de l’exposition à la TRAP à différentes fenêtres, précoce, actuelle et vie entière (par modélisation – T1), des facteurs de confusion et de modification potentiels (T2), d’un bilan de santé à 14 ans avec examen clinique (T3) et évaluation du développement pubertaire (T4), de la morbidité cardio-métabolique (paramètres anthropométriques, pression artérielle, fréquence cardiaque - T5), de la morbidité respiratoire et allergique (spirométrie, mesure du FeNO, tests cutanés allergologiques - T6), du neuro-développement (tests standardisés pour mémoire, attention, QI, comportement - T7). Le volet biologique (T8) comporte un prélèvement de sang pour NFS, bilan lipidique, glycémie, IgE spécifiques, hormones sexuelles et biothèque. L’exploitation statistique de toutes les données recueillies constitue la tâche 9, la coordination de l’ensemble du projet, la tâche 10.
Retombées Inscrit aux frontières de la connaissance et de son transfert vers la société, ce projet de recherche épidémiologique prospective mené en population générale, dans les conditions réelles d’exposition, fournira le plus haut niveau de preuve scientifique pour guider l’action publique, notamment de la collectivité territoriale. Il contribuera à mieux caractériser/quantifier l’impact sanitaire global de la TRAP chez les adolescents, à clarifier les fenêtres d’exposition pertinentes et le rôle de l’obésité et de la puberté comme facteurs indépendants, intermédiaires, modificateurs ou confondants dans les associations considérées. Face à une demande sociétale forte, la valorisation scientifique s’accompagnera d’une information développée vers les familles participantes, vers les adolescents qui, devenus «ambassadeurs de la santé environnementale » dans leur collège, pourront être au cœur de programmes éducatifs développés en partenariat avec l’ADEME Île-de-France, et vers les professionnels de santé de terrain (formation DPC).
Partenaires L’EA 4064 (université Paris Descartes) qui bénéficie de la coopération de ses partenaires habituels (Ville de Paris, AP–HP), établira une collaboration avec la Caisse primaire d’assurance maladie pour l’organisation du bilan de santé dans 3 de ses centres franciliens, avec le Département de Biochimie de l’hôpital Bichat (Paris) et l’Université Médicale de Vienne (Autriche) pour les analyses biologiques. Elle s’associe avec le Pr Maryse Bouchard de l’université de Montréal (Canada) qui apporte une expertise complémentaire dans la caractérisation des effets neurotoxiques de l’exposition aux contaminants environnementaux. Les deux équipes seront ensemble parfaitement positionnées pour développer un programme de recherche de haut niveau ciblé sur des questions majeures en santé environnementale.

Coordination du projet

Isabelle MOMAS (Laboratoire Epidémiologie environnementale : impact sanitaire des pollutions)

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenariat

UPD-EA4064 Laboratoire Epidémiologie environnementale : impact sanitaire des pollutions
UM-Canada Université de Montréal, Département de Santé environnementale et santé au travail

Aide de l'ANR 675 760 euros
Début et durée du projet scientifique : décembre 2016 - 48 Mois

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