DS0413 - 2016

Invasion d’Ae. albopictus dans les écosystèmes forestiers d’Afrique Centrale et risque d’émergence de nouveaux virus zoonotiques – TIGERBRIDGE

Résumé de soumission

Aedes (Stegomyia) albopictus, une espèce invasive originaire des forêts d’Asie du Sud-Est, a récemment colonisé l’ensemble des continents, notamment l’Europe et l’Afrique Centrale. En plus de sa réceptivité orale à de très nombreux arbovirus, il est désormais reconnu comme un vecteur majeur de la dengue (DENV), du chikungunya (CHIKV) et du zika (ZIKAV). Depuis son premier report en Afrique Centrale en 2000, Ae. albopictus a progressé dans la plupart des pays de la région pour devenir l’espèce dominante en milieux urbains et ruraux. Parallèlement, une augmentation des flambées épidémiques de DENV, CHIKV and ZIKAV a été observée ainsi que la sélection de nouveaux variant viraux (CHIKV). En résumé, la diffusion d’Ae. albopictus en Afrqiue Centrale a, en remplaçant des vecteurs locaux, en perturbant les équilibres épidémiologiques, en sélectionnant des virus responsables d’épidémies urbaines massives, grandement contribué à redistribuer les cartes de l’épidémiologie des arboviroses dans cette région. L’Afrique Centrale constitue désormais une source importante de virus capables de diffuser partout en Afrique et au-delà, notamment en raison de l’augmentation du flux international de voyageurs.
Nous pensons cependant que l’impact sanitaire peut être bien plus important encore. En transposant les données de la biologie d’Ae. albopictus dans son aire originale, il est indéniable que sa limite actuelle de distribution écologique en Afrique Centrale n’est pas encore atteinte. L’espèce, qui est pour l’heure principalement reportée dans le compartiment anthropique, pourrait très probablement s’implanter également dans le compartiment forestier du fait de son aptitude à exploiter les collections d’eau naturelles (creux de rochers ou d’arbres) et de son attraction pour les sources de sang animales. Cette hypothèse est étayée par les observations que nous avons pu faire lors d’une étude pilote menée en 2014 au Gabon dans la réserve de faune de La Lopé. Ae. albopictus y est retrouvé dans de nombreux sites forestiers isolés de toute activité humaine signifiant une interaction avec des hôtes sauvages. La faune de La Lopé comprend de nombreux groupes de réservoirs potentiels d’arbovirus enzootiques transmis par des espèces forestières d’Aedes (sous-genre Stegomyia) phylogénétiquement proches d’Ae. albopictus. Dans ce contexte, nous faisons l’hypothèse que la progression d’Ae. albopictus en forêt pourrait impacter i) la communauté native de vecteurs forestiers du fait d’interactions compétitives; ii) les cycles enzootiques sauvages du fait de son aptitude à répliquer et transmettre une large gamme d’arbovirus et de sa zoophilie; iii) l’évolution des virus et finalement entrainer l’émergence et le transfert de nouveaux virus vers l’homme. Compte-tenu des enjeux sanitaires à des échelles locales et globales, il est crucial de procéder à l’évaluation concrète des conséquences écologiques et épidémiologiques que la progression d’Ae. albopitcus dans forêts pluvieuses d’Afrique Centrale peut engendrer. Le projet TIGERBRIDGE s'attache à répondre à cette question actuellement délaissée. Il est de ce fait très original et innovant. Son objectif principal est de “monitorer et de comprendre comment Ae. albopictus envahit les écosystèmes forestiers d’Afrique Centrale, mais aussi d’évaluer, en raison d’un contact accru de cette espèce avec la faune sauvage, quels virus enzootiques sont susceptibles d’êtres transférés à l’homme. Le projet est construit autour d’un consortium robuste (4 partenaires: unités MIVEGEC, EPV, UMMISCO et IPB) réunissant des disciplines et tâches (x6) complémentaires.

Coordination du projet

christophe Paupy (Institut de Recherche pour le Développement)

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenariat

IPB Institut Pasteur de Bangui, Laboratoire des arbovirus, fièvres hémorragiques virales et virus émergents
AMU Emergence des Pathologies virales, Aix-Marseille Université
IRD-UMMISCO Institut de Recherche pour le Développement
IRD-MIVEGEC Institut de Recherche pour le Développement

Aide de l'ANR 468 667 euros
Début et durée du projet scientifique : septembre 2016 - 36 Mois

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