DS0407 - Exploration du système nerveux dans son fonctionnement normal et pathologique 2015

Dysfonctions attentionnelles d’origine préfrontale dans l'addiction à la nicotine – DYSNICOTON

Résumé de soumission

L'addiction au tabac est une des addictions les plus répandues dans le monde. En France, avec environ 32% de la population adulte, la consommation de tabac représente la première cause de mortalité évitable faisant du tabagisme l'un des plus grands défis de santé publique de notre époque.

La nicotine est considéré comme l'un des principaux produits chimiques du tabac responsable de ses propriétés addictives. Outre ses effets renforçants, la nicotine améliore également l'attention aussi bien chez l'homme que chez l'animal, une action psychoactive qui pourrait contribuer à l'initiation et au maintien de son usage. En revanche, les fumeurs abstinents présentent de forts déficits attentionnels qui pourraient réduire leur capacité de contrôler leur consommation et ainsi provoquer la rechute. Toutefois, à l'heure actuelle, on ignore si ces déficits attentionnels sont la cause ou la conséquence de l'exposition chronique à la nicotine. L'association entre le tabagisme et les déficits attentionnels peut être dû à plusieurs raisons. Ces déficits pourraient soit préexister à l'utilisation de nicotine expliquant les mauvaises performances attentionnelles des fumeurs, soit résulter directement de l'utilisation chronique de nicotine. Alternativement, et plus probablement, ces deux phénomènes pourraient causalement s'influencer au travers d'un processus en spirale. C'est à dire que les futurs fumeurs présenteraient des déficits attentionnels mineurs préexistants qui les prédisposeraient à commencer à fumer, et qu'ensuite, l'utilisation de la nicotine chez ces individus aggraverait ces déficits attentionnels augmentant ainsi encore plus la nécessité d'utiliser la nicotine pour améliorer l'attention. Notre projet de recherche a pour but de déterminer si le processus en spirale peut expliquer les liens de causalité existants entre les déficits de l'attention et l'utilisation chronique de nicotine.

Le cortex préfrontal (PFC) joue un rôle essentiel dans les processus attentionnels aussi bien chez l'homme que chez l'animal. Des études de neuroimagerie ont montré que les fumeurs présentent une diminution fonctionnelle du PFC et une altération de l'attention, suggérant que des dysfonctions du PFC peuvent causer ces déficits attentionnels. Cependant, la nature des processus neuronaux du PFC sous-tendant les performances attentionnelles ainsi que leurs modifications suite à l'exposition à la nicotine restent très mal connues. À ce stade, pour réaliser de nouvelles avancées dans la compréhension des fonctions attentionnelles et de leurs corrélats neuronaux, il est nécessaire d'utiliser un modèle animal. Chez le rat, les fonctions cognitives dépendant du PFC ont été largement étudiées en utilisant la tâche comportementale de 5 choix (5-CSRTT). Ces études ont montré que la nicotine et les agonistes nicotiniques améliorent l'attention, alors que le sevrage à la nicotine induit des déficits attentionnels. De plus, le PFC joue un rôle prépondérant dans les performances attentionnelles normales, ainsi que dans les effets pro-attentionnels de la nicotine.
Notre projet de recherche a pour ambition d'identifier les processus neuronaux du PFC sous-tendant les performances attentionnelles et de commencer à expliquer comment des dysfonctionnements attentionnels du PFC peuvent conduire au développement et/ou maintien de l'addiction à la nicotine. Notre hypothèse générale est que les déficits préexistants dans les processus neuronaux attentionnels du PFC vont augmenter la vulnérabilité à utiliser de la nicotine et que, chez ces sujets, l'usage de nicotine va altérer davantage l'attention et les processus neuronaux du PFC associés, et augmenter ainsi la nécessité de prendre plus de nicotine. Nous utiliserons une approche à plusieurs niveaux combinant des modèles animaux d'attention et d'addiction aux drogues à des techniques électrophysiologiques et optogénétiques de pointes pour l'enregistrement et la manipulation de l'activité neuronale.

Coordination du projet

Karine GUILLEM (Institut des Maladies Neurodégénératives)

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenariat

IMN Institut des Maladies Neurodégénératives

Aide de l'ANR 234 572 euros
Début et durée du projet scientifique : décembre 2015 - 48 Mois

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