Regards croisés sur la globalisation du genre – GLOBALGENDER
De la « Décennie de la femme » après la conférence internationale de Mexico (1975), aux politiques de « gender mainstreaming » à la suite de la conférence de Pékin (1995), les luttes féministes ont connu une légitimation croissante sur la scène internationale. Les politiques d’égalité femmes-hommes et la sexuation du langage des droits humains ont été portées aux échelles locales, nationales et transnationales, avec pour point de mire les institutions étatiques et pour agent de promotion internationale l’Organisation des Nations Unies.
Nouvelle terminologie d’usage pour désigner les rapports sociaux de sexe, le genre est devenu une catégorie globale d’intervention publique, à l’appui de laquelle il s’agit de prétendre reconfigurer l’organisation sexuée des sociétés dans un sens plus égalitaire. Un débat tant scientifique que politique a émergé sur les modalités de ce processus globalisant, en particulier sur les contraintes et les ressources qu’il présente vis-à-vis des populations, des Etats et des sociétés civiles.
Réunissant une douzaine de sociologues, politistes, économistes et anthropologues, le projet GLOBALGENDER s’inscrit au cœur de cette problématique et vise à réinterroger les modes de déploiement de ces débats, par la mise en perspective de plusieurs études de cas en Amériques, Asie, Moyen-Orient, Afrique et Europe, interrogeant chacun à leur manière le processus de globalisation du genre à l’aune de trois axes de réflexion (1) la production et la circulation internationale des normes en rapport avec l’égalité entre les sexes ; (2) les logiques pratiques et symboliques de la transnationalisation des répertoires féministes ; (3) les modes de co-construction, de réception et les usages des répertoires internationaux dans des contextes nationaux localisés et historicisés.
Inscrit dans une optique résolument interdisciplinaire, ce projet développe une réflexion collective centrée sur l’hypothèse forte que le genre constitue une catégorie heuristique pour la sociologie politique de la globalisation. Il permettra ainsi de renouveler les réflexions et les méthodes de recherche sur les processus circulatoires compris dans leurs dimensions locales, nationales et internationales. Le décloisonnement théorique et pratique apporté par l’étude des modes de globalisation du genre permettra une étude imbriquée des phénomènes internationaux à différentes échelles, en saisissant in situ comment le genre témoigne d’une globalisation à multiples facettes : production et diffusion de normes de gouvernement à prétention universelle ; transnationalisation des répertoires d’action et des discours des groupes militants ; production internationale, transferts et circulations de savoirs de différents types (académiques et politiques notamment, mais aussi juridiques et économiques) ; multiplication et diversification des échelles d’action (locale/nationale/supra ou transnationale) et articulation entre ces échelles par l’intermédiaire d’acteurs multipositionnés et de réseaux qui croisent les espaces décisionnaires et d’action.
Le programme de recherche sur trois ans ainsi élaboré permettra non seulement de nourrir les travaux en sociologie de l’international, mais également de consolider une équipe de travail unique en France, à même de démontrer la force interdisciplinaire d’une approche genrée des phénomènes sociaux à tous les niveaux.
Coordination du projet
Ioana CIRSTOCEA (Centre National de la Recherche Scientifique)
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Partenariat
CNRS (PRISME) Centre National de la Recherche Scientifique
Aide de l'ANR 318 554 euros
Début et durée du projet scientifique :
décembre 2012
- 36 Mois