BLANC - Blanc 2009

Formalisme esthétique en Europe centrale – FORMESTH

Résumé de soumission

Ce projet a pour but une étude de la genèse, du développement et des enjeux des esthétiques formalistes en Europe centrale aux 19 et 20ème siècles, à partir des esthétiques fondatrices de ces théories que sont J-F Herbart et B. Bolzano. Il s?agit donc 1/ de l?histoire de l?esthétique et de ses objets, à travers l?idée d?une esthétique formaliste, 2/ de la constitution des sciences humaines, au sein desquelles émerge au 19e siècle l?idée d?une science de l?art, et 3/ du destin de la philosophie centre-européenne. Mais le formalisme esthétique coexiste dans cet espace à la fois germanophone et slave avec deux autres grands types d?esthétique dont elles subissent la concurrence théorique dans la construction de l?histoire de l?art comme « Kunstwissenschaft », l?esthétique psychologique qui veut s?édifier comme « science », ainsi que les esthétiques de l?empathie (Einfühlung) qui visent elles aussi une autonomie de la discipline. Enfin, dans le champ complexe de l?empire austro-hongrois, la force du formalisme est aussi d?être une réponse pour passer outre les particularismes et les enjeux nationalistes qui secouent l?empire : autrement dit, la pureté de la forme semble aussi supposer un retrait ou un surplomb face aux questions brûlantes qui font l?actualité de l?époque. C?est certainement aussi ce qui a fait son succès dans les universités de l?empire qui se réforment sous l?égide de l?herbartisme et du bolzanisme après la révolution de 1848. L?émergence progressive des sciences humaines avance des savoirs empiriques qui mettent à mal les définitions traditionnelles de l?esprit et de l?action humaine, contestant le statut d?une philosophie qui voudrait bien rester reine des sciences. Le concept de « science » (Wissenschaft) est ainsi au c?ur des interrogations, et dans le champ de l?esthétique, autour du concept crucial de « forme ». Le formalisme esthétique se veut une réponse. Il a été à l?origine de la recherche d?une histoire de l?art qui se veut scientifique (Kunstwissenschaft), d?une musicologie (Musikwissenschaft), d?une science de la forme (Formwissenschaft), de la culture (Kulturwissenschaft), de « l?esprit » (Geisteswissenschaft). L?articulation entre esthétique et psychologie, qui engage ce qu?on entend par sensation, jugement, goût etc., est fondamentale, car les formalismes herbartien et bolzanien assument la scientificité de la psychologie, sans jamais y réduire l?esthétique. Les développements de l?esthétique en langue allemande dans le second dix-neuvième siècle s?inscrivent dans le contexte du psychological turn des sciences humaines, plus précisément dans le contexte de la naissance de la psychologie comme science expérimentale. La psychologie scientifique se définit initialement, avec les travaux de W. Wundt et de G. Th. Fechner, comme une physiologie de la sensation, donc le domaine de l?esthétique, réinterprété comme étude de l?aisthesis, lui est naturellement central. Mais par ailleurs il faut saisir, comment, au-delà de leur opposition frontale, le formalisme esthétique et la théorie de l?empathie se rencontrent dans l?idée d?une réflexion de type psychologique sur la forme en général (Form ou Gestalt) de l?Einfühlungsästhetik. Que signifie exactement ce concept de forme pour chacun de ces courants ? Enfin, l'école viennoise d'histoire de l'art a des prolongements hongrois qui méritent analyse car son héritage formaliste y est transformé en une sociologie de l'art. Cet effort intellectuel colossal est européen, or l?histoire de la philosophie peine à saisir ce que Czeslaw Milosz appelait « l?autre Europe ». Notre regard est déformé par le poids d?un vingtième siècle qui a instauré une terrible césure : la seconde guerre mondiale et ensuite la glaciation soviétique sont autant de drames qui ont produit en Europe centrale nombre d?exilés et donc de ruptures. Milan Kundera parlait en 1983 de « l?Occident kidnappé ou la tragédie de l?Europe centrale ». Un vaste effort se met en place dans les sciences humaines depuis la chute du Mur de Berlin pour surmonter les histoires strictement nationales des savoirs et des cultures et refonder le discours critique en prenant en considération les phénomènes de réseaux et de circulation caractéristique du XIXe siècle autrichien. Notre projet s?inscrit dans cette large rénovation, et veut proposer l?association des compétences de philosophes, de germanistes et de slavistes pour traiter ces questions et surtout traduire des textes inaccessibles, en proposant une mise en valeur originale sur une plate-forme de traduction wiki. En retour, ce travail questionnera l'histoire de la philosophie française, étrangement silencieuse sur ces traditions du 19ème siècle.

Coordination du projet

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenariat

Aide de l'ANR 150 000 euros
Début et durée du projet scientifique : - 0 Mois

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