Opération de recherche sur les élites programmatiques en Amérique – OPERA
L'ANR Blanche que nous proposons répond à deux finalités imbriquées. D'une part, il s'agit de mobiliser des chercheurs confirmés ayant par leurs travaux contribué à faire avancer la connaissance sur les processus de mutation des Etats démocratiques en Europe occidentale et qui aujourd'hui font le choix d'aller tester leurs hypothèses théoriques sur la réalité empirique étasunienne. D'autre part, ce programme doit conduire à former des jeunes chercheurs recrutés au niveau doctoral et post-doctoral sur des terrains et des problématiques qui permettront de jeter sur de nouvelles bases les perspectives comparatistes de part et d'autre de l'Atlantique. Le rôle des élites programmatiques dans la mutation de l'Etat américain : Le cas du Welfare et du Warfare Rappelons que l'action et l'identité de l'Etat américain sont marquées par des contradictions fortes. Historiquement, il est l'archétype même de « l'Etat faible », marqué par le pluralisme aussi bien institutionnel qu'élitaire et la forte pénétration de son appareil par la société civile. À l'heure actuelle, en revanche, ce même Etat est de plus en plus fortement sollicité et mobilisé autour d'enjeux majeurs de sécurité militaire comme sociale. Pour saisir ces changements au concret, nous proposons deux principes généraux, suivi de deux hypothèses concrètes vérifiables sur le terrain étasunien. Les principes de la recherche • La dynamique sociologique de « l'Etat fort » compris en termes d'autonomie vis-à-vis de la société civile et du pouvoir politique se retrouve de nos jours non plus au niveau de l'Etat vu comme un ensemble cohérent et unitaire, mais plutôt au niveau du secteur de politique publique. Un Etat donné peut très bien être « fort » dans certains secteurs et « faible » dans d'autres. • La concurrence pour l'autorité légitime entre « élites programmatiques» – groupes éphémères mais cohérents de professionnels des politiques publiques organisés autour des éléments cognitifs et normatifs d'un programme partagé – fournit une dynamique centrale du changement en politique publique. L'importance relative de cette dynamique dans l'explication globale du changement est proportionnelle à la « force » de l'Etat dans le secteur en question. D'ordre axiomatique, ces propositions ne sont pas directement vérifiables. Elles peuvent servir, en revanche, à la production d'hypothèses contingentes susceptibles d'être confirmées ou infirmées à partir de l'étude du terrain américain. H1) L'Etat américain, tout comme les Etats européens, renforce ses moyens dans les secteurs de sécurité « nationale » (ce qui semble évident) aussi bien que « sociale » (ce qui l'est beaucoup moins) en même temps qu'il se désengage de la gouvernance économique. Dans cette nouvelle optique, l'Etat devra agir de manière plus directe que durant la période précédente. Il ne pourra plus faire supporter aux entreprises une grande partie de la charge des politiques sociales à vocation universelle (santé). Ses nouvelles priorités sécuritaires se trouvent réorientées avant même le 11 septembre sur les bases d'une vision dans laquelle les impératifs stratégiques et idéologiques l'emportent sur les intérêts économiques. L'extension des missions affectées aux forces armées à partir des débuts des années 1990 contribue à la déstabilisation des rapports entre chefs militaires et responsables civils des administrations Bush (1) et Clinton . Le résultat de ces deux mouvements est une autonomie retrouvée vis-à-vis de la sphère économique en même temps que des responsabilités plus directes de l'Etat dans les deux sphères sécuritaires. H2) Le redéploiement de l'Etat américain préconisé dans l'hypothèse 1 ne sera pas automatiquement le résultat d'une logique quasi-fonctionnaliste. Tout comme les cas que nous avons étudié en Europe, les transformations de l'Etat américain feront l'objet de concurrence élitaire autour d'enjeux d'autorité et de légiti
Coordination du projet
Organisme de recherche
L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.
Partenariat
Aide de l'ANR 250 000 euros
Début et durée du projet scientifique :
- 36 Mois