Système vectoriel émergent dû aux populations sauvages de triatoma infestans : la maladie de chagas en Bolivie – TIBO
Environ 10 millions de personnes sont infectées par Trypanosoma cruzi, l'agent de la maladie de Chagas transmis par des punaises hématophages (Triatominae) en Amérique Latine. Les pays du Cône Sud ont été les plus durement frappés par la maladie de Chagas et les premiers à élaborer un programme de contrôle à l'échelle régionale. Très rapidement, les opérations de lutte dirigées contre le vecteur principal Triatoma infestans ont été un succès si l’on considère que, globalement, l’incidence de la maladie dans la région a chuté de 70% depuis 10 ans. Néanmoins, la réussite du contrôle est inégalement répartie selon les pays et la Bolivie demeure, avec la région du Gran Chaco, l'ultime frontière pour l'élimination de T. infestans. En Bolivie, l'existence de foyers sauvages de T. infestans menace les résultats encore fragiles acquis par la lutte antivectorielle. Cette existence de foyers sauvages du vecteur, qui n'avait pas été prise en considération lors de l'élaboration de l'Initiative Cône Sud (INCOSUR), est aujourd’hui un fait avéré dans les Andes et le Chaco. Un tel système vectoriel qui impliquerait des populations sauvages de T. infestans présentant une tendance synanthropique est encore peu connu et extrêmement préoccupant pour la réussite de l'Initiative INCOSUR. Suite à la recommandation des experts impliqués dans les opérations de contrôle, la problématique T. infestans sauvages figure parmi les nouvelles priorités de recherche concernant la maladie de Chagas et décidées par l'OPS-OMS. La clarification de l'implication épidémiologique des populations sauvages de T. infestans est une approche rationnelle afin de poursuivre vers l'objectif fixé par INCOSUR qui est le contrôle de la transmission vectorielle de T. cruzi dans les pays du Cône Sud. L’objectif du projet TiBO est de connaître la distribution géographique des populations sauvages de T. infestans et d’évaluer le risque qu'elles représentent pour la santé humaine, en identifiant les déterminants propres au vecteur et les extrinsèques (environnementaux, économiques et socioculturels) qui influent sur le processus de réinfestation domestique. Des équipes IRD et boliviennes de différentes institutions du pays, ayant eu un rôle pionnier dans la découverte des foyers sauvages de T. infestans et ayant des compétences sur la maladie de Chagas en Bolivie, mèneront les recherches en étroite collaboration. Le projet sera basé, d'une part, sur des données récoltées sur un transect Andes-Chaco. La recherche de nouveaux foyers sylvestres sera réalisée dans les différentes éco-régions définies sur ce transect. D'autre part, les déterminants de la possible "domestication" de T. infestans sauvages seront étudiés dans trois aires potentiellement partagées par l’homme et T. infestans sylvestre et représentatives de trois écosystèmes déjà connues pour abriter des populations sauvages (vallée andine d'altitude, Chaco d'altitude et de basses terres). Dans tous les cas, une approche interdisciplinaire (sciences biomédicales et sciences sociales) sera menée. Dans les aires partagées qui s'étendent de l'environnement sylvestre au milieu domestique, la caractérisation du milieu, la bio-écologie du vecteur et en particulier sa dispersion, l'étude du contact homme-vecteur, la circulation des souches parasitaires et le comportement humain seront investigués. L'analyse classique des données, associée à l'analyse spatiale des données, permettra une évaluation du risque représenté par des populations génétiquement définies de vecteurs dans un milieu biophysique et humain donné. Des recommandations quant à la surveillance des populations sauvages de T. infestans seront présentées aux autorités de santé.
Coordination du projet
Organisme de recherche
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Partenariat
Aide de l'ANR 250 000 euros
Début et durée du projet scientifique :
- 36 Mois