– IRMAL
Parmi les maladies infectieuses humaines les plus graves, un grand nombre (malaria, dengue, filariose, …) sont transmises par des moustiques. Les insecticides sont largement utilisés depuis les années quarante pour contrôler les pullulations de ces moustiques et des maladies qu'ils véhiculent. Différents mécanismes de résistance aux insecticides ont rapidement été sélectionnés chez de nombreuses espèces et en particulier chez les moustiques du genre Anopheles (vecteur de la malaria humaine), Aedes (vecteur de la fièvre jaune et de la dengue) et Culex (vecteur de l'encéphalite japonaise, de la filariose, du virus West Nile). Cependant, on ne sait toujours pas si la résistance aux insecticides chez ces vecteurs affecte la transmission de ces maladies: EST-CE QUE LES MOUSTIQUES RESISTANTS AUX INSECTICIDES SONT DE PIRES OU DE MEILLEURS VECTEURS DES MALADIES INFECTIEUSES? L'objectif de ce projet est de répondre à cette question. On pourrait s'attendre à ce que la résistance aux insecticides, en augmentant la taille des populations de moustiques (la quantité de vecteurs), augmente aussi la transmission de ces maladies. Cependant, la résistance aux insecticides affecte aussi la qualité de ces vecteurs et en particulier leur physiologie et leur immunité. Des études récentes montrent que la résistance aux insecticides chez Culex quinquefaciatus diminue la survie de la filariose dans le moustique et donc la transmission de cette maladie. Nous proposons de travailler sur l'interaction entre le parasite responsable de la malaria aviaire (du genre Plasmodium) et de son vecteur (le moustique Culex pipiens). Plusieurs raisons justifient le choix de l'interaction entre Plasmodium et Culex dans le cadre de l'étude de l'effet de la résistance aux insecticides sur la transmission de la malaria: (a) La résistance de C. pipiens aux insecticides organophosphorés est très répandue et les différents types de résistance sont particulièrement bien caractérisés; (b) Il existe déjà des résultats indiquant que la résistance aux insecticides interagit de manière complexe avec d'autres microorganismes (les microsporidies et les Wolbachia); (c) Ce système se prête bien à des expériences au laboratoire (le moustique et le parasite se maintiennent aisément au laboratoire) et permet aussi d'envisager des études sur le terrain; (d) La proximité phylogénétique et les similitudes entre la malaria aviaire et la malaria humaine et (e) L'existence des mêmes mécanismes de résistance aux insecticides chez Culex et chez Anopheles gambiae et Anopheles albimanus, les vecteurs principales de la malaria en Afrique et en Amérique du Sud, respectivement. Le projet est structuré en trois volets: (1) Y a-t-il des différences physiologiques et/ou immunologiques entre moustiques résistants et sensibles aux insecticides? On s'intéressera, en particulier, à l'existence de différences au niveau de l'immunocompétence, et/ou du métabolisme énergétique entre moustiques résistants ou sensibles aux insecticides. (2) Quel est l'effet de Plasmodium sur les moustiques résistants ou sensibles aux insecticides? On s'intéressera à l'existence de différences dans les traits d'histoire de vie des moustiques résistants ou sensibles aux insecticides (longévité, fécondité, comportement de nourrissage) lors d'une infection par Plasmodium. (3) Quel est l'impact de la résistance aux insecticides sur le développement de Plasmodium? On étudiera le développement de différentes souches de Plasmodium au sein de moustiques résistants ou sensibles aux insecticides. Notre projet vise à déterminer le rôle potentiel de la résistance aux insecticides chez les moustiques sur la transmission de la malaria aviaire. Des résultats préliminaires indiquent dores et déjà une interaction entre résistance aux insecticides et résistance à l'infection (Figure 1). Notre projet combine des approches immunologiques, physiologiques et comportementales. En effet, la réponse à la question principale de notre projet - est-ce que les moustiques résistants aux insecticides sont de pires ou des meilleurs vecteurs des maladies infectieuses? - passe par une évaluation des effets de la résistances aux insecticides sur la susceptibilité des moustiques aux infections, mais aussi sur leur cycle de vie (fécondité, et surtout longévité) ainsi que sur leur comportement de nourrissage. Cette approche intégrée est facilitée par la possibilité d'étudier ce système biologique au laboratoire mais aussi sur le terrain (les moustiques résistants et sensibles aux insecticides, et les parasites du genre Plasmodium sont présents dans la région de Montpellier). Notre système expérimental pourrait ainsi servir de système modèle pour l'étude de l'interaction entre résistance aux insecticides et transmission chez d'autres maladies infectieuses véhiculées par des vecteurs.
Coordination du projet
Organisme de recherche
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Partenariat
Aide de l'ANR 280 000 euros
Début et durée du projet scientifique :
- 36 Mois