BLANC - Blanc 2007

De la phonologie aux formes lexicales: liaison et cognition en français contemporain – PHONLEX

Résumé de soumission

On sait que le concept de mot, qui est au coeur de la plupart des descriptions morphologiques et syntaxiques classiques, ne se retrouve pas dans le signal de façon directe. Le problème est particulièrement aigu en français car divers phénomènes tels que la liaison, l'enchaînement syllabique ou encore l'accentuation de groupe, ont amené de nombreux phonologues et phonéticiens à remettre en question la pertinence du mot au niveau phonique. Plusieurs modèles psycholinguistiques ont également pris leurs distances par rapport à la notion de mot pour défendre l'idée qu'il s'agit d'une unité émergente inférable à partir du stockage de constructions plus larges (cf. les modèles exemplaristes défendus par plusieurs membres du projet). Par ailleurs, divers théoriciens soulignent que la place centrale accordée au mot par une longue tradition, que prolongent même les grammaires formelles les plus récentes, provient en grande partie de l'influence qu'exerce la graphie sur la représentation que se font les usagers des unités de la langue. L'objectif que nous nous donnons dans ce projet est, à partir du phénomène de la liaison en français, d'interroger le rapport entre phonologie et lexique, en intégrant la dimension graphique. Sur le plan de la description et de la théorisation linguistique, trop de travaux négligent le caractère multifactoriel de la liaison. Tout d'abord, la tripartition classique (obligatoire, facultatif, interdit) n'a pas été confrontée à des données à grande échelle faisant place à la variation diachronique, géographique, stylistique et sociale. Mais la prise en compte de la diversité des usages amène nécessairement une reconsidération du rôle de la graphie. C'est un enjeu majeur du projet que de tester la corrélation entre graphématisation et phonologisation à travers des expérimentations (neuro)psycholinguistiques et que de formuler des hypothèses nouvelles sur la nature des représentations cognitives de l'écrit et de l'oral. Les études sur l'acquisition seront ici cruciales car elles permettront de comparer les performances d'enfants pré-graphématisés aux productions des adultes. Il s'agira notamment de mettre en relation les fréquences de liaison observéees dans l'input et dans l'usage des enfants : à cet égard, les résultats qualitatifs et quantitatifs obtenus à grande échelle dans le projet PFC (Phonologie du Français Contemporain) permettront de mieux cerner la nature de l'input (moyen) auquel est exposé l'enfant qui acquiert la liaison. Sur le plan de la description et de la théorisation, une étude multifactorielle de la liaison exigera tout d'abord une analyse phonétique fine des syllabes lexicales et des syllabes créées par liaison. Au plan morphologique, on interrogera la relation entre flexion, dérivation et liaison ainsi que les fréquences des constructions en corpus et le gabarit lexical du mot. L'analyse des corpus permettra de construire un indice quantitatif d'autonomie relative du mot lexico-graphique. Au plan syntaxique, on formalisera les différentes constructions syntagmatiques impliquées avec un paramétrage quantitatif précis ; on mettra également au point des outils permettant un étiquetage morpho-syntaxique robuste de données provenant de la parole spontanée, et de prédiction des sites de liaison en intégrant toutes les latitudes de variation. Enfin au plan sémantico-discursif, on documentera le degré de cohésion sémantique et la typologie des clichés prosodiques impliqués. Plus généralement, le phénomène de liaison en français sera comparé au phénomène de sandhi dans les langues où il est attesté. L'originalité du projet tient à la collaboration exceptionnelle entre spécialistes de domaines connexes (phonologie, morphosyntaxe, prosodie, phonétique expérimentale, (neuro)psycholinguistique, acquisition, traitement automatique des langues et linguistique de corpus). Il devra aboutir à une caractérisation intégrée d'un phénomène central de la morphophonologie du français qui permette de relier les aspects structuraux et cognitifs.

Coordination du projet

Organisme de recherche

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenariat

Aide de l'ANR 203 185 euros
Début et durée du projet scientifique : - 36 Mois

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