Découverte majeure de trois sites hydrothermaux anciens sur la dorsale médio-Atlantique
La campagne Hermine 3 a réuni l’Ifremer et ses partenaires : le Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS), l’Institut de Physique du Globe de Paris (IPGP), l’Université Bretagne occidentale (UBO), l’Université Bretagne Sud (UBS), l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD) et l’Université de Toronto.
Depuis 2016, l’Ifremer et l’État français se sont positionnés en faveur de la protection des sites hydrothermaux actifs contre toute exploitation minière. Dans un contexte international où cette protection fait encore débat, l’Ifremer poursuit l’acquisition de connaissances sur les environnements hydrothermaux, y compris les sites anciens ou inactifs, encore très peu étudiés.
La frontière entre sites actifs et inactifs reste en effet mal connue, alors que certains sites dits inactifs peuvent être riches en métaux tels que le fer, le cuivre ou le zinc. L’équipe de la campagne Hermine 3 s’était donc donné pour objectif d’identifier des monts hydrothermaux considérés comme inactifs et en a trouvé trois, grâce à l’utilisation couplée du drone autonome UlyX et du sous-marin habité Nautile.
Un site fossile pas totalement inactif
Le plus grand de ces trois sites hydrothermaux fossiles, probablement vieux de plusieurs dizaines de milliers d’années, est l’Enez Sun : ce dépôt de sulfure géant mesure 300 mètres de diamètre sur 100 mètres de haut, presque 2 fois plus large et 2 fois plus haut que le Colisée. Il a été découvert le 24 mars lors d’une plongée habitée à bord du Nautile par 2 300 mètres de profondeur.
Les observations ont montré que ce site n’était peut-être pas tout à fait éteint, puisqu’une zone présente une très légère anomalie de température, de 0,8°C au-dessus de la température de l’eau de mer, qui s’établit à 3,6°C à cette profondeur. En outre, cette anomalie de température est associée à la présence de tapis bactériens.
« A ce stade, nous ne connaissons pas l’origine de cette anomalie de température, nous allons chercher à la comprendre avec, dans un premier temps, l’étude de l’environnement chimique (gaz, métaux) associé aux tapis bactériens. Ce mont hydrothermal est un objet très ancien, de classe mondiale, qui présente un très grand intérêt géologique. Nous allons chercher à apporter un maximum de connaissances factuelles autour de cette formation pour savoir si ces sites anciens sont susceptibles d’abriter une biodiversité singulière », expose Ewan Pelleter, géologue à l’Ifremer et co-chef de la campagne Hermine 3
Ce site a été baptisé Enez Sun, île de Sein en breton, en hommage à Yves Fouquet, géologue retraité de l’Ifremer originaire de l’Île du sud Finistère.
Les deux autres sites ont été découverts par 1200 mètres de fond, le 29 mars à bord du Nautile. Le plus grand, Enez Houad, en référence à l’île d’Houat, s’étend sur 400 m en longueur et 250 m en largeur pour une hauteur de près de 40 mètres. Le plus petit, Enez Edig, pour l’île d’Hoëdic, s’étend sur 250 mètres de long et 100 mètres de large pour une hauteur de 20 mètres.
Moins profonds que de nombreux sites actifs connus dans la zone, ces sites fossiles se situent dans un environnement colonisé par des coraux, éponges, crinoïdes, crabes, poissons...
Des découvertes permises par le couple Nautile / UlyX
La complémentarité entre le Nautile, sous-marin habité mis en service en 1984, et le drone autonome UlyX mis en service en 2024, a pleinement joué dans le succès de cette campagne de 49 jours. En effet, UlyX a permis de cartographier de larges zones géographiques la nuit – jusqu’à 173 km² soit la taille de villes comme Narbonne ou Fontainebleau – et de mettre au jour des points d’intérêt visités en journée lors de plongées habitées à bord du Nautile.
Outre la découverte de ces monts anciens, les 24 plongées effectuées lors de cette mission ont permis d’acquérir des données complémentaires sur l’environnement chimique et la biodiversité de quatre sites actifs de haute température déjà connus des équipes de l’UMR Geo-Ocean (CNRS, Ifremer, UBO, Université Bretagne Sud). En particulier, les échantillonnages réalisés lors de la campagne permettront d’étudier une nouvelle espèce de gastéropode endémique présente sur deux de ces sites.
Une plongée a également permis d’observer un flange, une sorte d’excroissance horizontale de cheminée qui arrive à piéger une partie du fluide de très haute température. Cette formation crée un miroir d’eau, sorte de piscine à débordement inversée qui dissimule une caverne composée de minéraux brillants, des sulfures, et reflétant les crevettes et anémones.
« Outre la dimension purement scientifique de la mission, visiter les grands fonds permet de découvrir des paysages sous-marins magnifiques, et voir des flanges fait partie de ces moments époustouflants. La biodiversité nous offre aussi de belles surprises : lors d’une plongée d’exploration à la recherche d’un nouveau site hydrothermal, deux poulpes à oreilles aussi appelés poulpes Dumbo se sont approchés du hublot du Nautile, curieux de notre présence, ce sont des moments rares », témoigne Ewan Pelleter.
La campagne Hermine 3 est la troisième campagne d’appui à la puissance publique du contrat d’exploration des sulfures polymétalliques porté par l’Ifremer pour le compte de la France auprès de l’Agence internationale des fonds marins (AIFM). Ce contrat, situé sur la dorsale Atlantique, entre 21°N et 26°N, a été signé en 2014 pour une durée de 15 ans. L’objectif est d’acquérir des connaissances scientifiques et environnementales de référence, afin d’éclairer la puissance publique dans les débats internationaux sur les grands fonds.
Elle a été réalisée grâce au financement de l’Agence nationale de la recherche (ANR), au titre du plan France 2030 dans le cadre de son objectif « Grands fonds marins ».
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