Eleni Diamanti - #monANR

Eleni Diamanti, physicienne, spécialiste de physique quantique, directrice de recherche au CNRS
© KITMAN

 

Eleni Diamanti : “Nous imaginons l’Internet quantique du futur”

Garantir la sécurité des transactions financières, assurer la protection des données du système de santé : c’est ce que permet la cryptographie quantique, une technologie de pointe capable d’assurer une sécurité absolue des systèmes de communication. C’est aussi le domaine de recherche d’Eleni Diamanti. Devenue en 15 ans un secteur stratégique, la communication quantique attire aujourd’hui aussi bien les pouvoirs publics que le secteur privé. L’ANR accompagne la physicienne dans ses recherches pionnières depuis 2009.

« Nous essayons aussi de faire progresser cette technologie le plus loin possible, notamment en imaginant l’Internet quantique du futur : une connectivité quantique reliant des machines sur de longues distances, mais aussi à l’échelle des data centers, pour permettre la mise à l’échelle de l’ensemble de ces technologies, y compris du calcul quantique qui promet de révolutionner de nombreux domaines socio-économiques. » Eleni Diamanti, physicienne, spécialiste de physique quantique, directrice de recherche au CNRS au LIP6

En quoi consistent vos travaux de recherche ?

Je suis spécialiste de la communication et de la cryptographie quantiques, autrement dit : j’utilise les propriétés de la physique quantique pour des applications concrètes dans le domaine de la cybersécurité. Notre objectif est de démontrer qu’en envoyant de l’information quantique - c’est-à-dire des données encodées dans les propriétés des particules physiques -, on obtient un avantage en matière de sécurité dans les communications, impossible à atteindre avec des technologies classiques.

Cela repose sur une plateforme expérimentale bien identifiée, fondée sur les graines de lumière, les photons. L’ambition est d’assurer une sécurité très élevée dans la transmission de données sensibles à travers des canaux qui peuvent être publics, comme les fibres optiques ou les systèmes de satellites.

Dans quel contexte votre domaine de recherche a-t-il évolué ?

Mon premier projet de recherche soutenu par l’ANR remonte à 2009. Je voulais montrer que certaines ressources de communication quantique pouvaient servir à des applications concrètes. À cette époque, beaucoup de collègues travaillaient plutôt sur le développement de la technologie sous-jacente. Moi, j'étais à l’interface entre la physique et l’informatique pour prouver un avantage quantique dans certaines cas pratiques, notamment via ce qu’on appelle la distribution de clés, un concept cryptographique consistant à utiliser une clé de sécurité pour chiffrer les messages.

Depuis que je travaille sur ce sujet, notamment avec le soutien de l’ANR, le domaine est devenu un secteur stratégique. Il est passé de la physique de laboratoire académique au développement de grandes infrastructures quantiques à l’échelle internationale. Il attire désormais l’attention du gouvernement et du secteur privé.

Qu’a permis les financements ANR et le dernier, obtenu dans le cadre du plan France 2030 ?

Les financements servent en grande partie à soutenir des contrats doctoraux et des post-doctorants, c’est-à-dire : à recruter des chercheurs qualifiés capables de mener des expériences et de faire le lien entre des équipes issues de disciplines différentes.

Nous avons également pu acquérir des équipements, comme des lasers spécifiques ou des détecteurs de photons uniques, qui nous permettent de mesurer des états quantiques.

Le dernier projet, appelé QCommTestbed, a débuté en 2022 dans le cadre du programme de recherche Quantique, soutenu par l’Etat au titre de France 2030. En ceci, il se démarque des précédents puisqu’il s’inscrit dans la stratégie nationale “Quantique”, avec davantage de moyens et d’ambitions. Il regroupe neuf partenaires académiques et il est piloté par le CNRS. Ce projet s’inscrit dans une continuité thématique avec d’autres projets soutenus par le Conseil européen de la recherche (ERC) ou la Commission Européenne ainsi qu’avec des collaborations avec des entreprises : un projet orienté vers des démonstrations pratiques s’appuyant sur des avancées en recherche fondamentale.

Nous avons par exemple pu tester la distribution quantique de clés dans de vraies conditions en Île-de-France, grâce à une infrastructure de communication quantique soutenue par des industriels comme Orange, Thales ou Airbus, avec l’appui de la Région, de l’Europe et bien sûr de l’ANR. Une application qui accélère considérablement la maturité de ces technologies.

Quels autres impacts ces recherches peuvent-elles avoir sur la société ?

La communication quantique permettrait, par exemple, de réaliser des transactions financières à sécurité absolue ou de garantir la protection de données de santé grâce à la cryptographie quantique.

Nous essayons aussi de faire progresser cette technologie le plus loin possible, notamment en imaginant l’Internet quantique du futur : une connectivité quantique reliant des machines sur de longues distances, mais aussi à l’échelle des data centers, pour permettre la mise à l’échelle de l’ensemble de ces technologies, y compris du calcul quantique qui promet de révolutionner de nombreux domaines socio-économiques.

Quel rôle l’ANR a-t-il joué dans votre carrière ?

Elle a eu un impact tout au long de mon parcours. L’ANR nous a permis de nous lancer dans des projets ambitieux, collaboratifs et internationaux. Aujourd’hui, lorsque de nouveaux collègues sont recrutés, la première chose qu’ils font est souvent de monter un dossier pour un projet « Jeunes Chercheuses Jeunes Chercheurs » (JCJC) à l’ANR. L’Agence nous permet de nous lancer, mais aussi de maintenir une activité de recherche de pointe. Et cela se combine très bien avec les projets européens.

L’ANR fête ses 20 ans : que lui souhaiteriez-vous pour les 20 prochaines années ?

La continuité des projets ANR nous a offert une grande flexibilité et une collaboration de choix avec des équipes d’autres disciplines. Elle a aussi soutenu à la fois la recherche fondamentale et les applications industrielles. Je souhaite que cela se poursuive.

 

En savoir plus :

Site du PEPR Quantique

Résumé du projet QcommTestbed sur le site de l’ANR

Site du projet ciblé QcommTestbed sur le site du programme Quantique

Site de la Stratégie nationale Quantique

L’Année internationale de la science et de la technologie quantiques (l’AIQ) 2025 

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