Echanges Réciproques entre Primates et Robots interactifs – RE-PAIR
RE-PAIR : les primates peuvent ils échanger avec un robot ?
Echange réciproque entre les primates et des robots interactifs.
Objectifs et enjeux
L'échange, le troc ou l'achat de biens ou de services constituent un comportement humain sans équivalent dans le règne animal. Le troc humain transcende les barrières linguistiques et culturelles et constitue une caractéristique universelle de notre espèce. Compte tenu des avantages majeurs que cette forme de coopération apporte à la survie individuelle, on pourrait s'attendre à ce que le troc soit largement répandu dans le règne animal. Or, le troc est pratiquement inexistant chez les autres espèces, y compris chez les primates non humains. Nous émettons l’hypothèse que la différence entre les capacités de troc des humains et des non humains est liée à l’interaction entre les systèmes cognitifs et sociaux de chaque espèce. Tout d’abord, certaines espèces de primates pourraient ne pas disposer des compétences cognitives nécessaires pour troquer avec d’autres individus. En effet, un troc efficace nécessite de garder une trace de ce qui est donné, ainsi que la capacité à reconnaître les besoins d’autrui et à attribuer des intentions coopératives. Deuxièmement, d’un point de vue social, les échanges sont par excellence des interactions sociales qui devraient être soumises à une régulation sociale négative, telle que la méfiance et la peur des autres dans des environnements coercitifs. Dans ce contexte, la simple présence de congénères peut empêcher les échanges d’avoir lieu. L’objectif de ce projet est d’étudier comment les facteurs cognitifs et sociaux interagissent pour faciliter ou limiter les échanges réciproques chez les enfants humains et les primates non humains. Nous étudierons des interactions dans lesquelles l’un des partenaires est un individu vivant et l’autre une interface contrôlée présentant différents niveaux d’attributs sociaux. Pour déterminer si la simple présence d’autrui agit comme un frein, nous évaluerons si l’échange avec un congénère peut être facilité par une action indirecte via des interfaces inanimées (tâche 1). Nous examinerons également, du point de vue des primates non humains et des enfants, ce qui fait qu’un robot devient un partenaire social (tâche 2), et quels attributs (familiarité, prévisibilité, intention de coopérer) sont nécessaires chez un partenaire social robotique pour permettre des échanges réciproques (tâche 3).
Le projet RE-PAIR adopte une approche multidisciplinaire qui intègre la cognition animale, la psychologie humaine et la robotique. Dans la tâche 1, intitulée « Du don indirect au don direct », nous chercherons à déterminer si des plateformes intermédiaires (écrans tactiles et dispositifs de retour de force virtuels ou haptiques – qui procurent à l’opérateur une sensation imitant le toucher) peuvent être utilisées par des individus pour offrir des objets de valeur à un partenaire de la même espèce. Le protocole expérimental reproduira des études sur la réciprocité comportementale menées par notre équipe et d’autres groupes. Par rapport à des protocoles plus instrumentaux, dans lesquels les individus tirent sur des cordes pour « donner » de la nourriture à d’autres, ce dispositif mettra davantage en évidence le fait que ce sont les actions de leur propre main (en appuyant sur un écran ou en agissant sur un dispositif à retour de force) qui aboutissent à donner de la nourriture à leur partenaire. Cela devrait permettre d’étudier si les actions de « don » font l’objet d’une régulation particulièrement négative chez les primates sociaux. Dans la tâche 2, « De l’objet au partenaire », nous étudierons ce qui fait qu’un objet inanimé est perçu comme un partenaire par les primates non humains et les enfants. Tout d’abord, les sujets seront confrontés à un distributeur automatique immobile et non anthropomorphe dans lequel ils pourront insérer des jetons pour obtenir des récompenses alimentaires. Des expériences sur le report de la gratification, la planification et la prise de décision risquée seront menées. Ensuite, le distributeur automatique sera progressivement animé (bras mobiles, mains robotiques, mobilité, vocalisations) afin de déterminer le seuil à partir duquel la machine est perçue comme une entité sociale. Dans la tâche 3, intitulée « Identification des attributs des partenaires pour favoriser les échanges réciproques », nous associerons les sujets au meilleur partenaire robotique social identifié lors de la tâche 2 et modifierons certains aspects clés de son comportement et de sa relation avec l’individu, tels que l’intention de coopérer, la familiarité, l’attitude, la prévisibilité, etc. Nous prévoyons que, par rapport aux individus moins habiles, ceux qui maîtrisent bien Tom devraient réagir plus fortement aux intentions qu’aux résultats directs. Chez les grands singes et les enfants plus âgés, nous prévoyons que les échanges devraient reposer sur la conviction qu’il y aura une contrepartie. Chez les singes (et peut-être chez les enfants plus jeunes), les échanges devraient être davantage influencés par les résultats antérieurs que par la croyance concernant les intentions d’autrui.
Donner et échanger sont des comportements humains universels qui transcendent les barrières linguistiques et culturelles. Les primates non humains possèdent certaines des capacités cognitives nécessaires pour échanger un bien contre un autre, mais leur univers social peut réguler négativement leur capacité à faire du troc. Ce projet a pour objectif d’étudier les facteurs sociaux et cognitifs qui inhibent l'échange chez les primates non humains en remplaçant le partenaire par une interface robotique plus neutre sur le plan social. Nous testerons la capacité des enfants humains, des singes capucins, des babouins et des grands singes à échanger avec un robot dont le comportement social, les capacités en théorie de l'esprit et le niveau d'animation peuvent être contrôlés. Dans la tâche 1, nous étudierons si les primates peuvent échanger entre eux lorsque le geste de donner est médié par un écran ou un robot haptique. Dans la tâche 2, nous étudierons comment les individus interagissent avec les robots et ce qui les amène à considérer les robots comme des agents sociaux. Dans la tâche 3, nous testerons des individus avec un robot donc nous manipulerons les attributs sociaux et cognitifs afin de déterminer comment ces facteurs interagissent pour faciliter ou inhiber un échange réciproque. Nous faisons l'hypothèse qu'un niveau accru d'animation (d'un partenaire robotique semblable à un objet à un partenaire robotique plus semblable à un conspécifique) et une meilleure compréhension des intentions (confiance et action conjointe) devraient avoir un effet important sur l’échange. Ce projet s'appuie sur trois disciplines : la robotique, la cognition comparée et la psychologie sociale. Il débouchera sur des développements technologiques originaux permettant d'adapter les interfaces robotiques existantes au travail avec l’animal. Ce projet devrait permettre de comprendre les facteurs les plus favorables à l'émergence des dons réciproques chez les primates, y compris l'humain.
Coordination du projet
VALERIE VALERIE DUFOUR (CENTRE NATIONAL DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE)
L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.
Partenariat
LAPSCO CENTRE NATIONAL DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE
CRPN CENTRE NATIONAL DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE DELEGATION REGIONALE PROVENCE ET CORSE
PRISME EA 4229 LABORATOIRE PLURIDISCIPLINAIRE DE RECHERCHE EN INGÉNIERIE DES SYSTÈMES, MÉCANIQUE ET ENERGÉTIQUE
Aide de l'ANR 577 861 euros
Début et durée du projet scientifique :
septembre 2025
- 48 Mois