CE21 - Alimentation et systèmes alimentaires 2024

Évaluation du risque allergique potentiel de la graine de chanvre (Cannabis sativa L.) – ARCANA

Comprendre les allergies liées à la graine de chanvre

Le chanvre, connu scientifiquement sous le nom de Cannabis sativa, est de plus en plus utilisé dans différents produits, y compris alimentaires. L'accroissement de son utilisation a mis en lumière des allergies aux différentes parties de la plante. Pour mieux comprendre l’allergie à la graine de chanvre, ce projet étudie des composants de la graine qui pourraient en être la cause.

Pourquoi étudier l'allergie à la graine de chanvre ?

Le chanvre (Cannabis sativa), réputé pour sa durabilité et ses multiples utilisations, a récemment gagné en popularité, notamment en tant que nouvel ingrédient dans notre alimentation. En effet les protéines de la graine de chanvre sont retrouvées dans un grand nombre d’aliments, tels que les pâtes riches en fibres, les barres énergétiques ou encore la boisson végétale à base de chanvre. Cette exposition croissante a mis en lumière un aspect préoccupant : son potentiel allergénique. Ces réactions allergiques peuvent aller de simples irritations cutanées jusqu'à l'anaphylaxie suite à l'ingestion de graines de chanvre. Pour mieux comprendre cette allergie à la graine de chanvre, ce projet vise à étudier les composants spécifiques de la graine qui pourraient en être la cause, et à évaluer quelles personnes pourraient être spécifiquement à risque pour ces allergies.

Pour aborder cette question, une approche multidisciplinaire est utilisée, combinant des cohortes cliniques avec des approches in vivo et in vitro, et des techniques spécifiques comme l'immunochimie et la spectrométrie de masse. Tout d'abord, pour étudier quelles populations de patients allergiques pourraient être spécifiquement à risque pour ces allergies, des cohortes cliniques sont utilisés. Des patients inclus, du sang est prélevé pour caractériser les déterminants moléculaires de la réactivité allergénique aux graines de chanvre. Deuxièmement, le risque que l'accroissement de la consommation des graines de chanvre induise des allergies dans des personnes non-allergiques sera étudié en utilisant un modèle de souris et en mettant en place un modèle humain innovant in vitro.

Des données préliminaires ont montré que deux protéines de réserve présentes dans la graine de chanvre – les édestines et les vicilines – pourraient contribuer, du moins partiellement, aux allergies à la graine. Des protéines similaires sont également présentes dans d’autres graines et fruits à coque, où elles sont régulièrement impliquées dans des réactions allergiques alimentaires sévères.

 

Dans le cadre du projet ARCANA, nous avons donc élaboré un protocole de recherche clinique (ARCANA‑clinic) qui démarrera en septembre 2026 afin d’approfondir le rôle de ces protéines de réserve. Pour caractériser précisément les patients inclus dans ce protocole, les protéines suspectées d’être allergènes ont été préalablement purifiées à partir de graines de chanvre.

 

Parallèlement, nous avons évalué le potentiel sensibilisant de la graine de chanvre chez la souris en la comparant à la noisette (source fortement allergénique) et à l’épinard (source faiblement allergénique). Les résultats indiquent que la graine de chanvre possède un pouvoir allergisant comparable à celui de la noisette. Nous poursuivons actuellement les investigations afin d’identifier les protéines responsables de l’allergie chez les souris, ce qui nous permettra de confronter ces observations aux données cliniques obtenues dans le cadre du protocole ARCANA‑clinic.

 

Alors que le chanvre et sa graine gagnent en popularité grâce à leurs atouts nutritionnels et environnementaux, il reste indispensable d’approfondir l’étude de leurs éventuels effets allergéniques afin de garantir la sécurité des consommateurs. Les résultats obtenus permettront d’identifier les allergènes potentiels présents dans la graine de chanvre et d’évaluer plus précisément son risque allergène. Ces données seront ensuite exploitées pour fournir des recommandations alimentaires adaptées aux personnes allergiques.

Le chanvre est une culture durable à usages multiples qui présente une croissance rapide et utilise peu de pesticides. La culture et l'utilisation du chanvre industriel ont donc connu un fort regain d'intérêt. La graine de chanvre et ses formes plus transformées apparaissent comme une nouvelle source d'aliments alternatifs à base de plantes grâce à leurs propriétés nutritionnelles intéressantes. L'exposition accrue de la population à différentes formes de chanvre a déjà révélé des allergies. Jusqu'à présent, la plupart des études se sont concentrées sur le risque allergique des feuilles et des fleurs de chanvre, et peu d'attention a été accordée à la graine. ARCANA vise à évaluer le risque allergique potentiel de la graine de chanvre en utilisant une approche multidisciplinaire. Tout d'abord, le potentiel de réactivité croisée clinique des graines de chanvre sera évalué à l'aide de deux cohortes cliniques afin d'établir la prévalence de la sensibilisation à la graine de chanvre par des tests cutanés. Cette prévalence sera évaluée dans une population allergique générale et dans les populations allergiques au cannabis ou aux noix, qui pourraient être plus exposées aux allergies à la graine de chanvre. De ces patients, nous prélevons du sang pour les tests d'activation des basophiles et du sérum pour caractériser les déterminants moléculaires de la réactivité IgE aux graines de chanvre. Deuxièmement, nous évaluerons le potentiel de sensibilisation de novo des graines de chanvre en mettant en place un modèle humain innovant in vitro et en utilisant un modèle de souris in vivo. Ensemble, les travaux menés dans le cadre d'ARCANA constitueront une première étape importante dans l'évaluation du risque potentiel que la consommation de graines de chanvre, un aliment durable émergent, pose pour la santé des consommateurs. ARCANA établira également un outil innovant pour aider à prédire le potentiel de sensibilisation allergique des nouvelles protéines alimentaires.

Coordination du projet

Wieneke Dijk (Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement)

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenariat

BIA Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement

Aide de l'ANR 353 898 euros
Début et durée du projet scientifique : octobre 2024 - 42 Mois

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