Pratique funéraire du compostage : la recherche-action participative à l’appui d'une transition sociétale – F-COMPOST
Terramation : une nouvelle pratique funéraire ?
Depuis plusieurs années, une ambition de transformation des pratiques funéraires se développe. Dans les procédés de terramation, le corps du défunt est entouré de broyat végétal afin de favoriser sa décomposition aérobie et sa transformation en humus. Cette approche est déjà employée en Allemagne et 46 % des Français seraient prêts à y recourir. Ce projet de recherche-action participative avait pour but de tester la faisabilité de la terramation en France.
Enjeux & objectifs
L'étude des processus funéraires de réduction des corps relève actuellement de l’undone science : très peu de connaissances scientifiques sont disponibles, à l'échelle française mais aussi plus largement au niveau mondial. Cet état de fait s'explique par plusieurs facteurs croisés. En plus des tabous culturels, des réticences individuelles et des enjeux de communication institutionnels, la décomposition des corps est une question complexe du fait de sa transdisciplinarité. Pour être étudiée et comprise dans sa globalité, elle nécessite d'impliquer une multitude d’acteurs issus de la recherche, de la société civile et des professionnels. Même en limitant la problématique à la seule question des procédés techniques de réduction des corps, les savoirs se rapportant au compostage funéraire apparaissent dispersés dans une interdisciplinarité allant de l’anthropologie funéraire à l’écologie, des notes techniques (littérature grise) à l’expérience pratique (savoir-faire des maîtres composteurs). Il n’existe donc pas d’approche simple ou intuitive pour aborder cette question. La mise en œuvre d'expérimentations est également particulièrement délicate en raison des contraintes techniques, sanitaires et des durées d'étude.
Notre projet a été réalisé en impliquant tout au long de la démarche les chercheurs et les membres de l'association Humo Sapiens, avec un objectif clair : la co-conception et le test en conditions réelles de procédures funéraires de compostage (i.e. expérimentation). Pour ce faire, nous avons bénéficié d'un accompagnement continu de la Boutique des sciences U-Lille, spécialiste des recherches-actions participatives, qui a conçu et animé des ateliers et facilité les échanges. Nous avons également travaillé tout au long du projet avec une facilitatrice graphique, qui a synthétisé et illustré nos échanges et les grandes étapes/livrables du projet.
Contrairement à une recherche expérimentale classique, pour laquelle le protocole est conçu par les chercheurs en amont du projet, le programme de recherche F-COMPOST a été pensé en deux temps : 1/ co-conception avec les parties-prenantes des protocoles d’expérimentation et 2/ la réalisation des tests et la production de connaissances utiles, c’est-à-dire mobilisables pour accompagner le débat public et la prise de décisions (voir partie Résultats).
Co-conception des protocoles d’expérimentation
Une première série d'ateliers a permis d’identifier les acteurs-clefs à impliquer. Pour ce faire, nous avons d’abord identifié les enjeux de la terramation en les classant par catégories (éthiques, sociétaux, économiques, scientifiques, etc.) Puis nous avons listé les acteurs concernés par chaque enjeu (chercheurs, praticiens, acteurs économiques, politiques etc.) Enfin, nous nous sommes appuyés sur ces connaissances pour délimiter les parties prenantes nécessaires à la conception et la mise en œuvre de nos expériences. Nous avons alors sollicité et réuni ces participants (juillet 2024) afin de co-construire le protocole de terramation à tester.
La quinzaine de parties-prenantes ainsi identifiées incluait des chercheurs expérimentaux (taphonomie médico-légale, archéo-anthropologie, écologie des sols, éco-toxicologie), un sociologue, des représentants de l’association Humo Sapiens, un maître composteur, un gestionnaire de cimetière et un professionnel d’une coopérative funéraire.
L’association Humo Sapiens a présenté l’important travail de cadrage réalisé en amont du projet. En effet, étudier expérimentalement des procédés techniques inacceptables socialement n’aurait pas plus de sens qu’imaginer un rite infaisable techniquement. L’association a donc réfléchi à une approche semi-enterrée, plus proche de l’enterrement traditionnel et donc à même de répondre aux souhaits des français. Sur cette base, nous avons choisi de tester l'enterrement végétal, une approche de réduction des corps réalisée sous le niveau du sol. Cette vision, adaptée au contexte français, diffère ainsi de l'humusation, un procédé réalisé en surface, ou de la Natural Organic Reduction hors-sol, déjà pratiquée en Allemagne et aux Etats-unis.
Réalisation des tests et production de connaissances
A l'automne 2024, une première série de tests a petite échelle (rats) a été réalisée afin de vérifier le protocole co-conçu, le matériel choisi et de valider nos hypothèses de travail.
Ces tests ayant été concluant, nous avons procédé en juin 2025 à l'enterrement de 8 brebis.
Il est important de préciser que la mise en œuvre de ces expériences a été complexe en raison de difficultés à trouver un terrain et à obtenir les modèles animaux. Le terrain que nous avons aménagé et équipé à l'université de Bordeaux n'a pas encore pu être utilisé (le dossier est en cours d'examen à la préfecture). Toutefois, ces difficultés avaient été identifiées en amont du montage du projet et cet enjeu était intégré à nos objectifs. Le fait d'avoir pu mettre en place une infrastructure complète de recherche incluant deux terrains expérimentaux opérationnels (le site de Bordeaux devrait entrer en service à l'automne 2026) doit donc être considéré comme un des résultats probant de ce projet.
Les tests ont été conçus selon une approche comparatives. Dans la première modalité, les cadavres ont été recouvert de terre tandis que dans la seconde, la terre a été remplacée par du broyat végétal. Les paramètres d'étude, définis collectivement, incluaient la température dans les fosses, la présence de Diptères nécrophages, le suivi des émissions de gaz, les contaminations chimiques et microbiologiques des sols et le niveau de décomposition en fin d'expérience. Les animaux seront exhumés début juillet 2026 (voir paragraphe Perspectives).
Enfin, grâce à un partenariat avec une structure étrangère, des tests ont été réalisés selon les mêmes modalités sur deux donneurs humains. Les résultats sont en cours d'analyse et feront l'objet d'une publication scientifique fin 2026.
En résumé, quatre tâches complémentaires ont été menées à bien:
1/ Analyse collaborative de l’évolution des pratiques mortuaires et du cadre actuel. Identification des acteurs et des enjeux scientifiques/techniques liés au développement de la terramation en France. Co-conception d'un protocole expérimental (conditions des tests et paramètres de suivi)
2/ Constitution d’un cadre logistique permettant la réalisation des expérimentations par l'aménagement et l'équipement de deux sites dédiés.
3/ Déploiement des tests in situ durant 1 an afin de collecter les données permettant d'évaluer qualitativement et quantitativement l'efficacité d'un procédé de terramation(co-réalisation)
4/ Création de livrables sous forme de contenus scientifiques (publications) ainsi que de facilitations graphiques. Médiation et publicisation du sujet. Développement d'une approche plus réflexive autour de l’undone science, des sciences du funéraire et de la démarche RAP.
En raison des délais de mise en place puis de réalisation des tests (suivi à un an), nous ne disposons pas encore de l'ensemble des résultats. Les prochaines étapes et perspectives sont donc les suivantes :
- exhumations (semaine du 6 juillet 2026) des animaux enterrés en juin 2025. Analyse des résultats et publication des résultats ;
- publication des résultats obtenus en Australie (rédaction en cours, publication prévue fin 2026) ;
- diffusion d'un document de synthèse "grand public", basé sur les facilitations graphiques associées à des textes afin de présenter l'ensemble du projet F-COMPOST (automne 2026) ;
- poursuite des échanges avec les professionnels du funéraire sur la base des résultats expérimentaux (FUNEXPO 2026) ;
- organisation d'un colloque / journée de restitution des résultats (printemps 2027).
Par ailleurs, le projet F-COMPOST a déjà donné lieu à une extension sous forme d'un projet en prématuration visant à développer un prototype fonctionnel d'enterrement végétal.
Ce programme de recherche émane d’une demande de la société civile pour des études expérimentales portant sur la pratique funéraire du compostage.
Depuis quelques années, une ambition positive voulant réduire l’impact environnemental des défunts et redonner du sens à la mort se développe : on parle de pratiques funéraires vertes ou émergentes. La réduction organique naturelle des corps, autrement dit le compostage funéraire, est déjà employée dans 7 états américains et 46 % des Français seraient prêts à y recourir. Le corps du défunt est placé sur un lit de broyats végétaux, puis recouvert de ce même matériau. Sous l’action des bactéries aérobies, l’ensemble se transforme rapidement en terreau. Mais malgré cette ambition vertueuse et une réelle attente sociétale, deux demandes officielles de légalisation ont déjà été rejetées. Dans les deux cas, ces refus pointaient l’absence d’un argumentaire scientifique suffisant. Il est donc nécessaire de réaliser des études afin de tester son efficacité et son innocuité.
Cette question, qui relève actuellement de l’undone science, est complexe du fait de sa transdisciplinarité et de la nécessaire implication d’une multitude d’acteurs issus de la recherche, de la société civile, de professionnels ou encore d’agences sanitaires. Même en limitant la problématique aux seules questions scientifiques, les savoirs se rapportant au compostage funéraire apparaissent dispersés dans une interdisciplinarité allant de l’anthropologie funéraire à l’écologie, des notes techniques (littérature grise) à l’expérience pratique (savoir-faire des maitres composteurs). Il n’existe donc pas d’approche simple ou intuitive pour aborder cette question.
Notre démarche repose sur la Recherche Action Participative (RAP) et s’articule autour d’un objectif central : la co-conception et le test en conditions réelles de procédures funéraires de compostage (i.e. expérimentation). Pour ce faire, nous proposons une approche transdisciplinaire croisant anthropologie mortuaire, biologie expérimentale et archéologie. Notre programme réuni deux laboratoires issus de domaines différents (Biologie/Droit et Archéo-anthropologie) et est structuré en quatre tâches. 1/ Une analyse collaborative de l’évolution des pratiques mortuaires permettant d’identifier les enjeux scientifiques/techniques liés au compostage funéraire (co-conception) 2/ la constitution d’un cadre logistique permettant la réalisation des expérimentations 3/ la co-construction des protocoles, qui feront ensuite l’objet de tests grandeur nature permettant de collecter les données et de valider collectivement leur efficacité (co-réalisation) 4/ la création de livrables sous forme de contenus scientifiques (publications) ainsi que de documents utiles, c’est-à-dire permettant la prise de décision (changement législatif). Nous proposons également une approche plus réflexive autour de l’undone science et de la démarche RAP.
Ainsi, malgré une prise de risque assumée et un positionnement de rupture, ce projet offre des garanties claires en termes de production de connaissances ainsi que l’assurance d’un impact sociétal fort.
Coordination du projet
DAMIEN CHARABIDZE (Centre d'histoire judiciaire)
L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.
Partenariat
CHJ Centre d'histoire judiciaire
PACEA De la Préhistoire à l'Actuel : Culture, Environnement et Anthropologie
Humo sapiens
Aide de l'ANR 148 196 euros
Début et durée du projet scientifique :
mars 2024
- 24 Mois