CE55 - Sociétés et territoires en transition 2022

Commoning et transformation spatiale dans le contexte de l'urbanisme d'austérité. – CARE

CARE

Commoning et rénovation urbaine dans le contexte de l’urbanisme d’austerité<br /><br />CARE aborde le débat sur la gestion des biens publics dans les villes européennes, en mettant l'accent sur les répercussions de l'austérité sur les politiques urbaines et sur l'entretien des immeubles publics.

S'interroger sur les ambivalences de la gestion des biens publics dans un contexte d'austérité.

Cette recherche porte sur les politiques d’aliénation et de valorisation du patrimoine immobilier municipal dans les villes européennes depuis l'endurcissement des mesures d’austérité à la suite de la crise économique de 2008. Au cours des dix dernières années, on a assisté à l’émergence croissante de politiques expérimentales visant à optimiser le patrimoine public municipal. Certaines visent à céder des actifs tout en conservant un contrôle partiel sur leur utilisation. D’autres confient la gestion et, dans certains cas, la transformation physique des bâtiments publics à des groupes de citoyens.<br /><br />La première hypothèse vérifiée est que ces politiques révèlent les conséquences spatiales d’un urbanisme d’austérité, compris comme une réduction des budgets publics au profit de nouveaux cycles d’innovation dans les domaines de l’externalisation et de la privatisation des services publics urbains (Peck 2012). La deuxième hypothèse vérifiée est que ces politiques produisent, en même temps et plus ou moins directement, des processus de commoning, compris comme des processus conflictuels d’extraction de « certains éléments de l’environnement situés en dehors du marché » (Havery, 2012). Ces processus de mise en commun à l’échelle des bâtiments ont un impact sur la capacité des acteurs à produire de nouvelles formes de care spatiale (Tronto, 2020) et montrent l’existence de formes de reproduction sociale urbaine en recyclant la ville existante et en assurant son entretien.<br /><br />Nous nous intéresserons notamment : 1) à l'évolution des politiques publiques de valorisation du patrimoine immobilier municipal, ainsi qu'aux formes associées de partenariat public-privé dans un contexte international ; 2) à la compréhension de l'impact de ces politiques sur la production urbaine et architecturale ; 3) à la définition et à l'exploration des caractéristiques des projets axés sur les pratiques de care urbain.

Le projet CARE repose sur une approche interdisciplinaire. Son orientation méthodologique principale est l’articulation entre l’ethnographie et l’analyse spatiale. L’équipe de recherche est composée de chercheurs internationaux spécialisés en architecture, urbanisme, sociologie, géographie et anthropologie.

La recherche s’appuie sur une comparaison entre des villes françaises et italiennes. Les travaux de terrain ethnographiques ont été menés à Grenoble, Saint-Étienne, Bologne et Turin. Ces villes ont été sélectionnées selon deux critères principaux : l’existence d’outils d'expérimentation dans la gestion des immeubles publics et une forte implication historique du monde associatif dans la vie urbaine. Des cas en Espagne (Barcelone) et au Royaume-Uni (Cardiff) ont également été étudiés dans le cadre de courtes immersions afin d’obtenir une perspective européenne plus large. Trois types de données ont été collectés : 1) des entretiens avec des techniciens municipaux, des élus et des militants ; 2) des documents de politique publique et des données officielles sur le patrimoine municipal et son utilisation ; 3) des observations participantes dans une sélection de six bâtiments accueillant des activités sociales menées par des associations ayant conclu des partenariats expérimentaux avec les municipalités. Ces données ont été valorisées dans des publications consacrées aux villes et à des études de cas, ainsi que dans des publications proposant des analyses transversales au niveau européen.

CARE apporte de nouvelles connaissances dans trois grands domaines scientifiques : 1) l'urbanisme, à travers la question de la participation des citoyens à la gestion des biens et services publics ; 2) l'architecture, à travers la question de l'entretien en tant que forme de prise en charge collective de l'espace et de conception durable ; 3) les études urbaines, à travers une approche critique du développement néolibéral et de ses ambivalences.

Cette recherche contribue aux politiques locales de gestion des biens publics ainsi qu’à la réflexion critique des militants urbains sur la manière de prendre soin des biens publics. Le projet CARE contribue à enrichir l’enseignement universitaire en renouvelant le débat sur les biens communs urbains et l’aménagement participatif, grâce à l’utilisation des théories féministes sur le care et la reproduction sociale.

Les actions produites par la recherche peuvent être consultées sur le blog care.hypotheses.org

CARE a pour objectif de contribuer au débat émergent sur les communs urbains en questionnant son impact sur les politiques de rénovation urbaine. Ces dernières années, les villes européennes expérimentent des dispositifs qui confient aux citoyens non seulement la gestion de bâtiments publics désaffectés, mais aussi leur programmation et transformation physique. En leur donnant la possibilité - et la charge - de réunir les moyens et les compétences pour transformer les espaces, ces dispositifs questionnent les processus, les acteurs et les objectifs de la maîtrise d’ouvrage et de la programmation urbaine. Certains de ces outils renforcent les partenariats entre les municipalités et la société civile en produisant directement ou indirectement des processus de commoning, entendus comme "un mélange d'initiatives individuelles et privées pour organiser et capturer des externalités tout en mettant certains éléments de l’environnement en dehors du marché" (Havery, 2012).
Le projet repose sur deux hypothèses principales. La première postule que ces expérimentations représentent le levier pour contourner les restrictions de l'urbanisme d'austérité en mobilisant des forces locales afin de réhabiliter des propriétés publiques et produire de nouvelles formes de services publics. Le second postule que ces projets produisent une forme d’architecture du ménagement (Tronto, 2020) qui modifie les processus de conception architecturale et urbaine en recyclant la ville existante et en veillant à son entretien. Les objectifs du projet sont 1) de caractériser les outils de commoning urbain régénératif dans une perspective internationale, 2) de comprendre comment ils modifient la production architecturale et la fabrique urbaine, et 3) de vérifier s'ils produisent des typologies spécifiques de communs urbains et de pratiques de ménagement de l’espace.
CARE est basé sur une approche interdisciplinaire. La principale orientation méthodologique du projet est l'articulation entre ethnométhodologie et analyse spatiale. L'équipe de recherche est composée de chercheurs internationaux en architecture, urbanisme, sociologie, géographie, droit et anthropologie. L'enquête est fondée sur une comparaison entre des villes en France, Italie et Espagne. Ces pays semblent être en première ligne des innovations sociales et institutionnelles dans le domaine des communs urbains et ils constituent des contextes normatifs comparables. Un premier panel de villes (Grenoble, Nantes, Bologne et Madrid) a été sélectionné selon deux critères principaux : l’existence d'outils de transformation spatiale par le commoning et l'implication historique des citoyens dans les transformations urbaines. Ces villes seront interrogées à travers une ethnographie qui collectera des données sur : 1) les profils des acteurs impliqués dans les processus et leurs réseaux ; 2) l'émergence des outils de commoning urbain régénératif en relation avec l'histoire du développement urbain ; 3) les usages des bâtiments et la gouvernance des projets. Ces données produiront une première grille d'analyse qui sera la base pour la création d’un inventaire et testée par des courtes immersions sur une sélection d’autres cas d’études dans 3 nouvelles villes. L’inventaire sera composé descriptions visuelles : cartographies, chronologies des projets, capsules vidéo et photographies. Cet inventaire vise à contribuer au débat sur la co-construction des politiques publiques locales et à la réflexion militante critique des communs urbains. CARE apportera de nouvelles connaissances dans trois grands domaines scientifiques : 1) l'urbanisme, à travers la question de la participation des citoyens et de la gouvernance collaborative des services publics ; 2) l'architecture, à travers la question du recyclage et de la maintenance des bâtiments comme formes de ménagement spatial collectifs et de conception durable ; 3) les études urbaines, à travers l'approche critique du développement néolibéral et de ses alternatives.

Coordination du projet

Federica Gatta (Laboratoire de sciences sociales, Pacte - UGA)

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenariat

PACTE-UGA Laboratoire de sciences sociales, Pacte - UGA

Aide de l'ANR 240 025 euros
Début et durée du projet scientifique : février 2023 - 36 Mois

Liens utiles

Explorez notre base de projets financés

 

 

L’ANR met à disposition ses jeux de données sur les projets, cliquez ici pour en savoir plus.

Inscrivez-vous à notre newsletter
pour recevoir nos actualités
S'inscrire à notre newsletter