Ingénierie de métalloenzymes artificielles pour détoxifier des composés neurotoxiques organophosphorés – DetoxArtMet
Ingénierie de métalloenzymes artificielles pour détoxifier des composés neurotoxiques organophosphorés
Ce projet porte sur la conception de nouveaux outils moléculaires pour la dégradation en conditions douces (pH physiologique) de neurotoxiques organophosphorés (OP) persistants utilisés comme pesticides ou armes chimiques de guerre.
L'objectif de ce projet est de combiner des approches chimiques et biologiques pour concevoir des métalloenzymes artificielles dégradant sélectivement des composes neurotoxiques organophosphorés.
Ce projet DETOXARTMET vise à explorer de nouvelles approches pour développer des outils de dégradation d’OP neurotoxiques en conditions douces biocompatibles. Il s’agit de concevoir de nouveaux catalyseurs capables de dégrader des OP afin de neutraliser leur toxicité, selon une approche multi-stratégique dans le cadre d’une collaboration entre 4 laboratoires de biochimistes et de chimistes (I2BC, ICMMO, COBRA/CARMeN et IRBA) aux expertises complémentaires. La 1ère approche consiste à concevoir des catalyseurs biohybrides en incorporant des complexes organométalliques dans une ossature protéique αRep, issue d’une famille de protéines artificielles thermostables conçue et validée dans l’équipe I2BC. Dans ce type de biohybrides, le complexe organométallique synthétisé par le partenaire ICMMO présente une activité catalytique initiale, et la protéine apporte un micro-environnement protéique permettant de moduler cette activité. La seconde approche vise à modifier les propriétés catalytiques d’une métalloenzyme humaine, la déoxyhypusine hydroxylase (DOHH), par évolution dirigée afin de modifier son site actif et la rendre spécifique pour l’hydrolyse d’OP. La mise au point des tests catalytiques nécessite des molécules analogues d’OP fluorescents synthétisées par le partenaire CARMeN avant de réaliser les tests sur le OP réels chez le partenaire IRBA, seul habilité à les manipuler. I2BC L’objectif du partenaire I2BC était d’explorer plusieurs approches d’ingénierie de protéines pour développer de nouveaux catalyseurs visant à dégrader des composés organophosphorés. ICMMO L’objectif du partenaire ICMMO était de combiner des approches chimiques et biologiques afin de concevoir des métalloenzymes artificielles (ArMs) capables de promouvoir la dégradation sélective de composés organophosphorés (OP). COBRA/CARMeN Le partenaire COBRA/CARMeN avait pour objectif de synthétiser des nouvelles molécules lfuorescentes analogues aux neurotoxiques organophosphorés pour le développement des tests catalytiques. IRBA L’objectif du partenaire IRBA était de tester différentes protéines artificielles et d'autres candidats pour leur activité de dégradation des neurotoxiques de guerre, tels que les agents G, les agents V et, pour certains, les agents A.
Trois approches principales ont été explorées au cours du projet DETOXARTMET, combinant les expertises des 4 partenaires.
1. « Biohybrides » : Cette première approche repose sur la conception de métalloenzymes artificielles par greffage covalent de complexes organométalliques au sein d’une ossature protéique artificielle de type alphaRep, en combinant plusieurs variants protéiques, ligands chimiques et cations métalliques. La préparation de ces composés a conduit à l’obtention de plusieurs biohybrides associés à des ions métalliques bien caractérisés qui ont ensuite été testés sur des analogues d’OP et sur des OP réels. Similairement, une stratégie dite du « cheval de Troie », reposant sur l’association non covalente d’une protéine vectrice, la β-lactoglobuline, avec un complexe binucléaire de Cu(II) fonctionnalisé par une ancre d’acide laurique a également été explorée.
2. « Ingénierie d’enzymes » : La seconde approche reposant sur l’évolution dirigée d’une métallozenzyme humaine a permis d’identifier les verrous de cette approche. Un test de détection de l’activité d’hydrolyse de la liaison P-S a été mis au point à partir d'un analogue profluorescent d’agents V développé par le CARMEeN. Les positions diversifiables de l’enzyme ont également été explorées, et de nouvelles protéines chimériques ont pu être obtenues.
3. « Nanomatériaux » : Une troisième approche reposant sur des catalyseurs hybrides de type MOF (metal-organic framework) à base de zirconium, a permis d’obtenir des catalyseurs hydrolysant les OP comme le POX utilisé comme pesticide, mais également divers agents G utilisés comme armes chimiques.
Les approches proposées dans le projet DETOXARTMET ont permis d’obtenir de nouveaux catalyseurs pour la dégradation par hydrolyse ou oxydation de neurotoxiques organophosphorés. L’approche reposant sur la conception de métalloenzymes artificielles par greffage de covalent de complexes métalliques au sein d’une ossature protéique artificielle de type alphaRep a été explorée en combinant plusieurs variants protéiques, ligands chimiques et cations métalliques. La préparation de ces composés a conduit à l’obtention de plusieurs biohybrides associés à des ions métalliques bien caractérisés qui ont ensuite été testés sur des analogues d’OP et sur des OP réels. Les activités catalytiques observées n’ont pas atteint les performances escomptées.
La seconde approche reposant sur l’évolution dirigée d’une métallozenzyme humaine a permis d’identifier les verrous de cette approche. Un test de détection d’une activité d’hydrolyse a été mis au point à partir d’une nouvelle molécule mimétique d’OP fluorescente. Les positions diversifiables sur l’enzyme ont également été explorées et de nouvelles protéines chimériques ont pu être obtenues. Elles apportent de nouvelles connaissances sur l’ingénierie de métalloenzymes et ouvrent de nouvelles perspectives pour l’ingénierie d’enzymes pour des applications diverses.
Une troisième approche reposant sur des catalyseurs hybrides de type MOF (metal-organic framework) à base de zirconium a permis d’obtenir des catalyseurs d’hydrolyse d’OP neurotoxiques comme le POX utilisé comme pesticide, mais également de divers agents G utilisés comme armes chimiques. L’hydrolyse détectée est particulièrement rapide, de l'ordre de quelques minutes, dans des conditions physiologiques de pH. L’incorporation de ces catalyseurs dans des matériaux de type hydrogel a été initié et ce projet sera poursuivi dans le but de développer des patchs décontaminants pour une application cutanée.
Ce projet a donc permis d'explorer plusieurs approches intéressantes pour le développement de biocatalyseurs performants, au-delà de l’hydrolyse d’OP, afin de répondre à des besoins environnementaux et sanitaires. au travers des nouvelles collaboration initiées dans le projet DETOXARTMET, chaque partenaire a eu l’occasion d’explorer des approches au-delà des pistes initialement envisagées lors de la rédaction du projet. L’approche à base de MOF a conduit aux meilleurs résultats en termes d’activité catalytique et pourrait être poursuivie dans le cadre d'un nouveau projet ANR.
L'objectif de ce projet est de concevoir de nouvelles métalloenzymes artificielles pour la dégradation de neurotoxiques organophosphorés (OP) persistants. Des stratégies originales d'évolution dirigée seront développées pour trouver de nouvelles protéines permettant de réduire la toxicité de molécules OP choisies pour cibler des activités d'hydrolyse et/ou d'oxydation. Une première approche consistera à modifier par évolution dirigée les propriétés catalytiques d'une métalloenzyme humaine pour laquelle le métal est directement coordiné par la protéine. Sur la base d'une comparaison structurale, une banque de variants sera conçue et les activités catalytiques seront criblées par des tests innovants sur des molécules mimétiques d'OP modèles puis sur les agents toxiques réels. Une seconde approche consistera à générer des métalloenzymes hybrides par greffage covalent de complexes organométalliques synthétiques sur une architecture protéique. Une alphaRep issue d'une famille de protéines artificielles modulaires à motifs répétés sera choisie pour sa grande stabilité (pH, T, solvant).
Coordination du projet
Agathe URVOAS (Institut de Biologie Intégrative de la Cellule)
L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.
Partenariat
I2BC Institut de Biologie Intégrative de la Cellule
ICMMO Institut de Chimie Moléculaire et des Matériaux d'Orsay
COBRA CHIMIE ORGANIQUE, BIOORGANIQUE : RÉACTIVITÉ ET ANALYSE
IRBA Institut de Recherche Biomédicale des Armées
Aide de l'ANR 588 662 euros
Début et durée du projet scientifique :
- 48 Mois