Détection temporelle et spatiale de particules chargées par réactions induite par neutron – XyMegas
Détection temporelle et spatiale de particules chargées par réactions induite par neutron
Un détecteur micromegas transparent pour l'étude des réactions induites par neutrons
Introduction
Un large éventail de sujets de recherche et d'applications dépend fortement de données nucléaires de haute qualité. Les calculs relatifs à l'évolution de la formation des noyaux, qui se produit dans les environnements stellaires, reposent en grande partie sur des données nucléaires. Par exemple, la vaste majorité des noyaux plus lourds que le fer sont produits par capture neutronique suivie d'une désintégration bêta. Les scénarios stellaires expliquant le peuplement de la carte des noyaux, ainsi que les comparaisons avec les abondances élémentaires et isotopiques observées, nécessitent des données nucléaires en entrée, notamment les sections efficaces de capture neutronique. Les sections efficaces des réactions induites par des neutrons révèlent également la structure des niveaux nucléaires au voisinage de l'énergie de liaison du neutron dans les noyaux. Les propriétés de ces niveaux constituent des données d'entrée cruciales pour les modèles de densité de niveaux nucléaires. En fait, tous les modèles de densité de niveaux sont étalonnés en fonction de l'espacement D0 des niveaux d'onde s des résonances neutroniques. Des informations sur les fonctions de force photonique, qui correspondent ici à des probabilités moyennes de désintégration gamma de noyaux excités, peuvent être obtenues grâce à des expériences de capture neutronique. Les densités de niveaux et les fonctions de force photonique sont toutes deux des éléments importants de la modélisation théorique des sections efficaces moyennes, en particulier dans le cadre largement utilisé de Hauser-Feshbach. Ce dernier permet de calculer les sections efficaces de réaction par noyau composé pour des noyaux de masse moyenne à élevée, à des énergies où de nombreuses résonances se chevauchent. Pour les résonances résolues qui ne se chevauchent pas, les sections efficaces ne peuvent être obtenues par la théorie. Elles doivent être déterminées expérimentalement par des mesures, puis modélisées à l'aide du formalisme de la matrice-R. Dans le cadre de ce travail, nous avons développé un détecteur micromegas de type microbulk, combinant des techniques de pointe existantes pour créer un dispositif portable, transparent aux neutrons et polyvalent. Ce détecteur permet tout d'abord de mesurer le profil dynamique du faisceau de neutrons, important pour des expériences de capture neutronique, où la normalisation des rendements de capture mesurés est établie à basse énergie. La mesure de l'interception du faisceau réalisée avec notre détecteur permet de valider ces simulations et d'améliorer la précision des mesures de capture neutronique sur une large gamme d'énergie.
Plusieurs échantillons de dépôts de bore de 90 mm de diamètre, enrichis à 92,78% en ¹⁰B et présentant une densité surfacique de l'ordre de 25 µg/cm², ont été réalisés au JRC-Geel. Les supports ont été fabriqués par le CEA Saclay. Ils sont constitués d'anneaux en aluminium de 1 mm d'épaisseur (diamètre intérieur de 100 mm, diamètre extérieur de 120 mm) sur lesquels un film de Mylar aluminisé de 9 µm a été collé à l'aide d'une résine époxy conductrice. Les échantillons ont été caractérisés sur la ligne de faisceau CT2 de l'Institut Laue-Langevin (ILL) à Grenoble, au moyen d'un dispositif de balayage développé au JRC-Geel et d'un détecteur de rayons gamma au LaBr₃. Cette expérience a permis de mesurer la teneur relative en ¹⁰B ainsi que l'homogénéité des échantillons par rapport à un échantillon de référence.
Un nouveau détecteur Micromegas a été conçu avec l'aide du groupe de détecteurs gazeux du CERN, où sa fabrication a été assurée. Ce détecteur de type microbulk comportait deux jeux de 125 pistes d'une largeur de 0.95 mm, espacées de 0.05 mm.
Les pistes dans les deux directions orthogonales X et Y sont les deux faces d'une feuille de kapton de 50 µm couvert de chaque côté de 5 µm de cuivre, un côté sert de mesh, l'autre comme anode. Les pistes sont produits dans le cuivre et du côté mesh ont des micro-trous de
diamètre de 60 µm avec un pitch de 80 µm. Le kapton entre les deux faces de cuivre est chimiquement gravé pour créer de l'espace entre les faces cuivrées. L'amplification des éléctrons a lieu dans cette espace.
Le détecteur intégrait également quatre connecteurs permettant d'acheminer des signaux externes vers la chaîne d'acquisition, à travers le détecteur lui-même, en vue d'un traitement différé hors ligne. Le détecteur a été intégré à une chambre de dérive dans laquelle un échantillon de ¹⁰B, servant d'électrode de dérive, a été installé.
Nous avons ensuite couplé le détecteur à un système d'acquisition basé sur le chip VMM3 et sur le système SRS (Scalable Readout System) du CERN. Le SRS dispose d'une liaison Ethernet dédiée vers un ordinateur d'acquisition Linux standard, qui assure le slow control du système. Le flux de données issu de l'acquisition est transmis via ethernet, capturé à l'aide d'outils réseau standard et enregistré sous forme de fichiers au format pcapng, lesquels ont été décodés et analysés ultérieurement. Le système a été testé en laboratoire à Saclay à l'aide d'une source de rayons X au ⁵⁵Fe, avant d'être soumis à des tests sous flux de neutrons lors d'une expérience finale menée sur l'installation de temps de vol neutronique GELINA du JRC-Geel.
Nous avons acquis des données neutroniques avec notre nouveau détecteur doté d'un espace de dérive de 10 mm. Ces données ont été recueillies avec un nombre limité de configurations de faisceau. Une première série d'acquisitions a été réalisée sans filtres anti-recouvrement sur le faisceau de neutrons. Dans ce cas, l'intensité neutronique est maximale, mais l'information de temps de vol est perturbée par des neutrons lents issus de cycles précédents qui n'ont pas été arrêtés. C'est la configuration optimale pour l'imagerie lorsque la mesure du temps de vol n'est pas requise. Pour l'espace de dérive de 10 mm, nous avons appliqué une haute tension de -300 V à l'électrode de dérive et de +350 V à l'anode. La grille était quant à elle reliée à la masse. Ensuite, pour l'étalonnage en énergie par temps de vol, nous avons inséré des filtres neutroniques en Pb (10 mm), Co (0,5 mm) et Cd (5 mm). Le filtre en Cd, généralement utilisé pour éviter le recouvrement des impulsions, a notamment permis d'observer de nombreuses résonances à basse énergie, utiles pour l'étalonnage en temps de vol.
À partir des données acquises, nous avons pu reconstruire le temps de vol des neutrons grâce au signal T0 injecté dans le châssis SRS. Les spectres neutroniques obtenus révèlent clairement la structure des creux de transmission induits par le filtre en Cd utilisé pour l'anti-recouvrement.
Nous avons réussi à obtenir une image très nette du faisceau de neutrons ainsi que ses projections selon les axes X et Y. Ces informations ont été recueillies pour l'ensemble des neutrons, mais ont pu également être segmentées en fonction du temps de vol, au prix toutefois d'une dégradation de la qualité de l'image due à une statistique réduite dans les intervalles de temps de vol.
Nous avons également reconstruit les traces des particules 7Li et alpha issues de la réaction 10B(n,α) en exploitant la chronologie de la séquence de déclenchement des pistes en coïncidence au sein des amas d'événements. Toutefois, pour extraire des informations exploitables, il serait préférable de porter l'espace de dérive de 10 mm à 50 mm.
En analysant le taux d'amas acquis, nous avons pu suivre l'évolution temporelle de l'intensité du faisceau de neutrons. La comparaison de ces données avec les informations fournies par l'accélérateur linéaire d'électrons (linac) alimentant la source de neutrons a révélé une excellente concordance, démontrant ainsi que le détecteur peut également servir de moniteur de faisceau neutronique en amont pour d'autres expériences. Le détecteur et le système d'acquisition ont fonctionné de manière trè satisfaisante dans des conditions réelles de faisceau de neutrons.
Un détecteur Micromegas doté de bandes orthogonales (X et Y) et offrant une grande transparence aux neutrons a été développé, couplé à un système d'acquisition dédié basé sur la puce VMM3. La partie du détecteur placée dans le faisceau ne contient aucun circuit imprimé (PCB), ce qui garantit une transparence permettant d'effectuer des mesures en aval, notamment des mesures de capture neutronique. L'espace de dérive de 10 mm utilisé s'est avéré parfaitement adapté à la mesure du profil du faisceau. Des mesures plus longues seront nécessaires pour affiner la précision sur le facteur d'interception du faisceau en fonction de l'énergie, un paramètre crucial pour les mesures de capture neutronique. Pour confirmer les performances de reconstruction de trajectoires, une distance de dérive plus importante (50 mm) serait nécessaire. Cela permettrait aux traces d'occuper un plus grand nombre de pistes et, par conséquent, d'améliorer la reconstruction des trajectoires.
Le détecteur a démontré sa fiabilité de fonctionnement et peut être transporté vers d'autres installations étudiant les réactions induites par des neutrons telles que NFS-Caen et n_TOF au CERN, en plus du JRC-Geel. Les caractéristiques techniques des puces VMM3 permettent de gérer les taux de comptage élevés attendus sur ces sites. Une application immédiate dans d'autres installations consisterait à mesurer le profil du faisceau de neutrons en fonction de l'énergie cinétique des neutrons, en soutien à d'autres expériences, notamment celles portant sur la capture neutronique.
Par ailleurs, les développements futurs envisagent l'utilisation de convertisseurs neutrons-particules chargées autres que le bore, afin d'étudier des réactions impliquant des particules chargées légères (comme (n,alpha) et (n,p)) ou des réactions de fission. Dans ce cas, le détecteur ne sert pas d'outil de diagnostic de faisceau pour d'autres expériences en aval, mais constitue une expérience de physique à part entière, destinée à mesurer les sections efficaces de ces réactions.
Les détecteurs Micromegas sont utilisés dans divers projets de physique nucléaire et comme détecteurs de neutrons. Nous avons l’intention de développer un détecteur de neutrons Micromegas à pistes orthogonales avec une excellente résolution en position et en temps, pour une utilisation dans les principales installations de mesure du temps de vol des neutrons. Le détecteur est conçu pour des mesures du flux neutronique, des sections efficace de réaction, ainsi que pour l’imagerie du faisceau neutronique. Un détecteur avec une anode et mesh segmentés, couplé au chip VMM3 développé pour des Micromegas, conduira à un détecteur innovant, qui servira également de chambre de projection temporelle (TPC) pour étudier les distributions angulaires de particules de réaction d'intérêt pour les réactions et données nucléaires. Le mode TPC sera testé dans le faisceau de neutrons de GELINA avec des particules chargées légères et des fragments de fission.
Coordination du projet
Frank Gunsing (Institut de Recherche sur les lois Fondamentales de l'Univers)
L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.
Partenariat
IRFU Institut de Recherche sur les lois Fondamentales de l'Univers
JRC European Commission / JRC - Geel
Aide de l'ANR 302 810 euros
Début et durée du projet scientifique :
- 48 Mois