Étude des déterminants sociaux-économiques et comportementaux des états de santé et mise en place d’un module d'élicitation des préférences individuelles dans la cohorte Constances – BEHealth
BeHealth : comprendre et mesurer les déterminants comportementaux des décisions de santé en population générale
Le projet BeHealth intègre des outils d’économie comportementale dans une grande cohorte épidémiologique pour mesurer préférences, croyances et comportements, et mieux comprendre les choix et états de de santé en population générale.
Enjeux et objectifs : décrypter les comportements de santé et leurs déterminants
Les comportements de santé, tels que l’alimentation, la consommation d’alcool ou encore le recours à la prévention, jouent un rôle central dans la formation des inégalités de santé. Malgré leur importance, les mécanismes qui les sous-tendent restent encore insuffisamment compris. En particulier, le rôle des préférences individuelles (aversion au risque, à l'ambiguïté, impatience, altruisme), des croyances et des valeurs, ainsi que des caractéristiques psychologiques et cognitives (telles que l'attitude vis-à-vis de l’information et des risques cumulatifs, et de la complexité) demeure peu documenté à grande échelle. Le projet BeHealth s’inscrit à l’interface entre économie, épidémiologie et sciences comportementales pour répondre à ces enjeux. Il repose sur l’intégration d’un module original de sciences comportementales dans la cohorte CONSTANCES, l’une des plus grandes cohortes en population générale en Europe. Cette approche permet de combiner des mesures fines des comportements et des préférences avec des données longitudinales riches sur la santé et les conditions de vie. Le projet poursuit trois objectifs principaux. Premièrement, développer et valider des outils innovants permettant de mesurer de manière fiable les préférences dans des enquêtes à grande échelle, sous contraintes de temps et de charge cognitive. Deuxièmement, analyser le rôle de ces préférences dans l’hétérogénéité des comportements de santé observés dans la population. Troisièmement, produire des résultats susceptibles d’éclairer les politiques publiques, notamment en identifiant de nouveaux leviers d’action basés sur les déterminants comportementaux.
Le projet BeHealth repose sur une approche méthodologique originale combinant économie expérimentale, économétrie structurelle et épidémiologie. Un module en ligne a été conçu et administré à un large échantillon (N=20 000) de participants de la cohorte CONSTANCES à deux reprise à 30 mois d'intervalle.
Ce module comprend plusieurs composantes complémentaires. Il inclut des tâches de choix binaires adaptatives permettant de mesurer les préférences face au risque, à l'ambiguïté et au temps avec un nombre limité de questions, tout en conservant une grande précision. Il intègre également des échelles psychométriques sur diverses caractéristiques psychologiques, notamment sur la recherche d’information en santé et les perceptions des risques. Le questionnaire de la deuxième vague d'interrogation a intégré une mesure des préférences sociales et des préférences vis-à-vis de la complexité.
Les données collectées sont analysées à l’aide de modèles économétriques avancés, en particulier des modèles bayésiens hiérarchiques permettant d’estimer conjointement les paramètres individuels (aversion au risque, à l'ambiguïté, impatience, bruit de réponse). Cette approche permet de tenir compte de l’hétérogénéité interindividuelle et d’obtenir des estimations robustes dans un contexte d’enquête.
Enfin, l’appariement avec les données longitudinales riches de CONSTANCES (données sociodémographiques, économiques et de santé) constitue un atout majeur, offrant un cadre unique pour analyser les déterminants des comportements en conditions réelles et sur le long terme.
Le projet BeHealth a permis de démontrer la faisabilité de l’intégration de mesures comportementales complexes dans une grande cohorte en population générale. Les outils développés permettent d’obtenir des mesures robustes et économiquement interprétables des préférences individuelles, tout en respectant les contraintes opérationnelles des enquêtes à grande échelle.
Les résultats empiriques mettent en évidence des associations significatives entre préférences et comportements de santé. En particulier, les préférences face au risque et au temps expliquent une part importante de l’hétérogénéité observée dans la qualité de l’alimentation. De même, les attitudes vis-à-vis de la recherche d’information sont liées aux comportements de consommation d’alcool, avec des résultats suggérant des relations non linéaires et complexes.
Les analyses montrent que ces facteurs comportementaux apportent une information complémentaire aux variables sociodémographiques classiques, bien qu’ils n’expliquent qu’en partie les gradients socioéconomiques de santé. Le projet a également permis de valider des approches d’estimation structurelle dans des échantillons représentatifs, ouvrant la voie à une utilisation plus large de ces méthodes en santé publique.
Enfin, les résultats ont donné lieu à plusieurs articles scientifiques, dont certains sont en cours de révision ou de soumission dans des revues internationales de premier plan.
Le projet BeHealth ouvre des perspectives importantes tant sur le plan scientifique que pour les politiques publiques. Sur le plan méthodologique, les outils développés sont réplicables et adaptables à d’autres contextes, notamment à d’autres cohortes ou enquêtes internationales. Ils constituent une avancée majeure pour la mesure des préférences individuelles à grande échelle.
Sur le plan empirique, les résultats offrent de nouvelles pistes pour mieux comprendre les déterminants des comportements de santé et pour concevoir des interventions plus ciblées.
Le projet contribue également à renforcer le dialogue interdisciplinaire entre économie, épidémiologie et sciences sociales. À terme, il vise à favoriser une meilleure intégration des approches comportementales dans les stratégies de prévention et de promotion de la santé, en tenant compte de la diversité des profils individuels.
Enfin, les données et outils produits dans le cadre de BeHealth constituent une ressource précieuse pour de futurs travaux de recherche, en France et à l’international, et pour le développement de nouvelles collaborations scientifiques.
Dans ce projet, nous proposons la mise en place d’un module de mesure de variables d’économie comportemental au sein de la cohorte épidémiologique Constances afin de mesurer les préférences individuelles des patients vis à vis du risque, de l’ambiguïté et du temps. Ces variables psychologiques et les biais qui y sont potentiellement associés sont les éléments de base des modèles normatifs et descriptifs des comportements de santé en économie de la santé et en économie comportementale.
Dans le WP1, nous mettrons en place le dispositif sur le plan administratif et logistique et adresserons notre module par internet à un sous-échantillon représentatif de la cohorte Constances lors de deux vagues d’interrogation à un an d’écart. Notre objectif est d’obtenir une mesure répétée des préférences individuelles de 5000 volontaires Constances. Nous apparierons les données du module avec les données pertinentes des questionnaires de suivi constances, des examens de santé d’inclusion et du SNIRAM. Le data manager et le statisticien recrutés spécialement pour ce projet (pour respectivement 24 et 18 mois) prépareront alors les bases de données et statistiques préliminaires et travailleront en support des équipes scientifiques en charge des quatre projets de recherche présentés ci-après.
Dans le WP2, nous étudierons l’évolution des préférences individuelles au cours de la vie et notamment les liens causaux et de sélection entre les préférences individuelles et la position socio-économique des patients (WP2.1) et le rôle de l’histoire de santé des patients sur l’évolution des préférences individuelles dans le temps.
Dans le WP3, nous examinerons comment les préférences individuelles conjointement avec des indicateurs de position socio-économiques et de sécurité économique déterminent les choix individuels de comportements de santé en terme de prévention primaire (consommation d’alcool, de tabac et de stupéfiants, manque de sommeil et d’activité physique...) et de prévention secondaire (dépistage du cancer du sein et du col de l’utérus en particulier) (WP3.1) et les choix individuels d’exposition à la pollution et de lieu de résidence (WP3.2).
Les résultats de ces études éclaireront les pouvoirs publics sur les mécanismes de prise de décision médicale et de santé des individus et les inégalités sociales de santé qui en résultent. En outre, la base de données issue du projet BeHealth sera unique et constituera un bien public pour les chercheurs en économie de la santé, en médecine, en épidémiologie et en santé publique au fait des concepts développés en économie comportementale sur les préférences individuelles et les déviations et biais vis à vis de la rationalité économique.
Coordination du projet
Antoine Nebout (Alimentation et Sciences Sociales)
L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.
Partenariat
Edhec EDHEC Business School
PjSE Paris Jourdan Sciences Economiques
LSE London School of Economics / Department of Psychological and Behavioural Science
INSERM - LEASP LABORATOIRE D'EPIDEMIOLOGIE ET ANALYSES EN SANTE PUBLIQUE : RISQUES, MALADIES CHRONIQUES ET HANDICAPS
GREGHEC Groupement de Recherche et d'Etudes en Gestion à HEC
INSERM- Constances COHORTES EPIDEMIOLOGIQUES EN POPULATION
ALISS Alimentation et Sciences Sociales
Aide de l'ANR 330 216 euros
Début et durée du projet scientifique :
octobre 2019
- 48 Mois
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