DS0102 - Innovation technologique pour analyser, remédier ou réduire les risques environnementaux 2014

Impact des processus de mélange sur les réactions biochimiques dans les environnements terrestres – subsurface mixing and reaction

Hot spots de réactions chimiques et microbiologiques induits par le mélange des eaux

Les réactions biogéochimiques jouent un rôle clé pour déterminer l’évolution de la qualité de l’eau dans les environnements continentaux. Dans ce projet, nous cherchons à comprendre la dynamique des « hot spots » réactifs créés par la mélange d’eaux d’origine et de compositions chimiques différentes.

Ecoulement, mélange et réactivité des eaux dans les environnements continentaux

Lors de son parcours, depuis son infiltration dans le sol, son écoulement dans les roches et sa résurgence dans les sources, les rivières et les lacs ou dans l’océan, l’eau souterraine subit une série de transformations, qui déterminent sa composition chimique. L’eau récemment infiltrée se mélange avec l’eau résidente, créant ainsi des fronts de mélange (régions de gradient de composition chimique) aux géométries complexes. D’autres zones de mélange se retrouvent aux interfaces entre eaux de surface et eaux souterraines, telles que le lit des rivières. Les fronts de mélange réactifs jouent également un rôle fondamental dans de nombreux systèmes industriels (géothermie, séquestration du CO2, recharge artificielle, remédiation des sols contaminé). Ces interfaces de mélange créent des conditions particulièrement favorables pour le déclenchement de réactions biogéochimiques (réactions d’oxydo-réduction, formation de <br />biofilms, dissolution, précipitation…). La question centrale de ce projet est de comprendre comment se développent ces fronts de mélange et de quantifier leur rôle en tant « hot spots » de réaction dans les systèmes naturels.

Lors de son parcours, depuis son infiltration dans le sol, son écoulement dans les roches et sa résurgence dans les sources, les rivières et les lacs ou dans l’océan, l’eau souterraine subit une série de transformations, qui déterminent sa composition chimique. L’eau récemment infiltrée se mélange avec l’eau résidente, créant ainsi des fronts de mélange (régions de gradient de composition chimique) aux géométries complexes. D’autres zones de mélange se retrouvent aux interfaces entre eaux de surface et eaux souterraines, telles que le lit des rivières. Les fronts de mélange réactifs jouent également un rôle fondamental dans de nombreux systèmes industriels (géothermie, séquestration du CO2, recharge artificielle, remédiation des sols contaminé). Ces interfaces de mélange créent des conditions particulièrement favorables pour le déclenchement de réactions biogéochimiques (réactions d’oxydo-réduction, formation de
biofilms, dissolution, précipitation…). La question centrale de ce projet est de comprendre comment se développent ces fronts de mélange et de quantifier leur rôle en tant « hot spots » de réaction dans les systèmes naturels.

Ce projet a abouti à deux découvertes importantes dans le domaine des sciences de la terre d’une part (Bochet et al. Nature Geoscience 2019) et dans le domaine de la physique d’autre part (Turuban et al. Physical Review letters 2018). La première concerne la découverte de « hot
spots » réactifs constitués de bactéries tirant leu énergie de mélange d’eaux de natures chimiques différentes à plusieurs dizaines de mètres de profondeur. La deuxième est la démonstration de la nature chaotique des écoulements souterrains, impliquant que les dynamiques de mélange y sont bien plus rapides que ce que l’on pensait précédemment.

Ces résultats ouvrent de nombreuses perspectives que nous avons commencé à explorer, notamment dans le cadre du projet européen ERC ReactiveFronts. Une collaboration avec Stanford a été initiée pour déterminer l’effet du mélange des fluides sur la dissolution des
roches. Nous travaillons également sur de nouveaux procédés pour visualiser les réactions chimiques dans nos dispositifs microfluidiques, en collaboration avec l’Ecole de Chimie de Rennes. Enfin, nous explorons l’effet du mélange des fluides sur la croissance des bactéries.
Un partenariat avec l’entreprise ANTEA group a été développé pour étudier l’effet du mélange de fluides sur les réactions de colmatage des installations géothermiques.

Les résultats ont été exploités et valorisés dans 7 articles publiés dans des journaux internationaux à comité de lecture. Ces articles sont publiés dans les journaux de référence en mécanique des fluides (Journal of Fluid Mechanics) et en hydrologie (Geophysical Research letters, Advances in Water Resources). Deux articles ont été publiés dans des revues
généralistes à fort impact en géoscience (Nature Geoscience) et en physique (Physical Review)
Letters).

Résumé de soumission

Le mélange des éléments chimiques et des nutriments dans les milieux souterrains (sols, lits de rivière, eau souterraine) est un processus fondamental pour transport des éléments chimiques et des contaminants dans les environnements continentaux. Dans ces milieux, l'activité biochimique est souvent localisée dans des zones de mélange, appelées "hotspots", telles que l'interface entre les eaux souterraines et les eaux de surface. Ces zones de mélange sont généralement caractérisées par une dynamique complexe des écoulements, une saturation en eau potentiellement variable, des conditions redox fluctuantes et des communautés biologiques multifonctionnelles. Bien que des progrès importants aient été obtenus dans la caractérisation et la modélisation des processus de transport dans les milieux souterrains, leur couplage avec les réactions biochimiques reste une question largement ouverte. En particulier, la forte variabilité spatiale des vitesses d'écoulement dans ces milieux induit des fluctuations spatiales significatives des concentrations en soluté, avec pour conséquence une dépendance d’échelle attendue, mais actuellement inconnue, des taux de réaction effectifs. En conséquence, les prédictions effectuées à partir de mesures de laboratoire en batch bien mélangés, peuvent différer par des ordres de grandeur des observations sur le terrain.

L’objectif du projet est de développer et tester un cadre de modélisation du transport réactif dans les milieux souterrains, intégrant la variabilité spatiale des écoulements et des concentrations via de nouveaux concepts de représentation du mélange des fluides dans les milieux poreux. Des retombées scientifiques fondamentales importantes sont attendues pour la prédiction du transport réactif des éléments chimiques dans les systèmes hydrologiques. Des implications fortes sont également prévues à terme pour des applications industrielles, telles que la remédiation des sols et aquifères ou l’exploitation géothermique.

Le projet se décline en trois tâches. La première tâche vise à étendre le cadre théorique de modélisation du mélange des éléments conservatifs dissous dans les milieux poreux, récemment proposé par le responsable scientifique du projet (Le Borgne et al., Phys. Rev. Lett. 2013), à la modélisation des processus réactifs résultant du mélange. L’originalité de l’approche, issue des théories de mélange dans les écoulements turbulents, est de quantifier le couplage entre déformation fluide, transfert de masse diffusif, et réactions chimiques, contrôlant les taux de réaction effectifs dans les fronts de mélange complexes. Des dispositifs expérimentaux milli et micro-fluidiques innovants seront mis en place dans la deuxième tâche du projet, en vue d’imager la distribution spatiale complète des concentrations et des taux de réaction à l’échelle élémentaire du pore. Cette étape de validation des modèles en conditions de laboratoire extrêmement bien contrôlées est indispensable avant l’application à l’échelle de terrain, par essence beaucoup plus complexe. Dans la troisième tâche, l’étape de validation in situ sera entreprise en tirant profit des synergies avec des projets en cours au sein de l’équipe d’hydrogéologie de Rennes (thèse ADEME, ANR stock-en-socle), et en s’appuyant sur les infrastructures expérimentales nationales (observatoire H+, equipex CRITEX), qui fourniront des premières données expérimentales quantitatives permettant d’étudier les taux de réaction in situ dans différents conditions d’écoulement et d’étudier les effets d’échelles sur les taux de réaction effectifs.

Le projet vise ainsi à promouvoir le développement d’une nouvelle activité de recherche basée sur des collaborations interdisciplinaires à l’échelle nationale (Géosciences Rennes, IPR, IRPHE Marseille), ainsi que sur des collaborations internationales bien établies (CSIC Barcelona) et naissantes (UC Davis, CSIRO Melbourne) avec les groupes leaders dans ce domaine.

Coordination du projet

Tanguy Le Borgne (Géosciences Rennes UMR 6118)

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenariat

Université Rennes 1 (UR1) Géosciences Rennes UMR 6118

Aide de l'ANR 295 590 euros
Début et durée du projet scientifique : septembre 2014 - 48 Mois

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