La sixième extinction vue à travers un groupe d'invertébrés non charismatiques – LOSERS
Va-t-on réellement perdre le tiers, le quart ou la moitié des espèces d'ici le milieu ou la fin du siècle ? Et, s'il faut encore 250 à 750 ans aux taxonomistes pour "terminer" l'inventaire des espèces de la planète, quelles stratégies faut-il mettre en oeuvre pour faire des collections des musées un outil de réponse à la crise ? L'essentiel de la biodiversité n'est ni médiatique ni charismatique : il s'agit pour l'essentiel d'invertébrés petits et rares, qui n'ont pas reçu de noms scientifiques et/ou n'ont pas fait l'objet de recherches ciblées sur le terrain depuis 30, 50 ou même 100 ans. De ce fait, « crise de la biodiversité » et « sixième extinction » sont des expressions qui s'appuient sur des données factuelles incroyablement ténues. Ainsi, la "Liste Rouge" de l'UICN recense à peine 1.000 espèces animales et végétales éteintes au cours des cinq derniers siècles. Dans le même temps, les systématiciens continuent de décrire chaque année 16.000 nouvelles espèces, qui s'ajoutent aux 1,8 millions déjà connues. Cet énorme décalage dans les chiffres contribue à alimenter un discours "éco-sceptique". Un facteur évident du décalage entre magnitude de la biodiversité et mesure de la crise est que la biodiversité est essentiellement composée d'invertébrés (à 75%) alors que les outils de mesure de l'érosion de la biodiversité sont essentiellement les vertébrés supérieurs. Deuxième facteur, le volume des recherches concernant une espèce d'invertébré est de deux ordres de grandeur inférieur au volume de recherches concernant un tétrapode, et d'un ordre de grandeur inférieure à celui concernant les plantes. Impossible, dans ces conditions, d'enregistrer des déclins de populations si on n'est pas capable d'identifier les espèces concernées et, a fortiori, si l'existence de ces espèces n'est pas encore reconnue. Le paradigme de la conservation des espèces postule que le modèle "vertébrés supérieurs", à base de "Liste Rouge", plans d'action, mobilisation des opinions, voire opérations de sauvetage ex situ, est applicable à toute la biodiversité. Or il est clair qu'on ne créera pas un plan d'action ou une réserve pour chaque espèce d'invertébré menacé. Faut-il se résigner - au nom du réalisme - à voir s'éteindre les invertébrés qui n'intéressent personne ? Plusieurs idées ou pistes ont été proposées ("biodiversity salvage", Frozen Ark, espèces "parapluie"), mais les grands Muséums du monde manquent globalement de cadre théorique et pratique sur la réponse à apporter à l'extinction massive de dizaines (centaines) de milliers d'espèces d'invertébrés. Les scientifiques ne sont certes pas responsables de la 6ème extinction, mais ils doivent avoir des comportements et des stratégies compréhensibles du public en général, et du milieu de la conservation en particulier. Le projet LOSERS vise à quantifier l'extinction contemporaine sur un groupe d'invertébrés, et à proposer le cadre théorique et pratique d'une stratégie institutionnelle sur le rôle et le futur des collections d'histoire naturelle dans un contexte de crise de la biodiversité. Le modèle retenu est celui des mollusques. Il a l'intérêt d'être représenté aussi bien dans les océans que sur les terres émergées, et d'offrir des données historiques et modernes de bonne qualité grâce à un important réseau d'observateurs. Le projet LOSERS est d'abord un projet de recherche fondamentale qui, autour d'un noyau dur de systématiciens des invertébrés, regroupe des spécialistes des probabilités, de l'archéozoologie, de la paléontologie, de l'ethnologie et de la philosophie des sciences. Mais c'est aussi un projet ouvert sur la société "non-académique", avec l'implication d'une entreprise et d'une ONG.
Coordination du projet
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Partenariat
Aide de l'ANR 519 196 euros
Début et durée du projet scientifique :
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